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Chronique

Histo-Géo malgache

La principale revendication du 13 mai 1972 concernait la malgachisation du contenu de l’enseignement, encore indexé sur le programme français, douze longues années après le retour de l’indépendance. Apprendre la géographie de l’île-continent, connaître l’histoire particulière de ses «Foko» ou l’histoire nationale telle que comprise par chacun des «Foko». Il nous aurait fallu des manuels d’histo-géo aussi attrayants que les livres qui racontent la géographie et l’histoire de la France, de la Méditerranée, de l’Europe. Je reprends en les associant à deux anciennes Chroniques («Chacun son équinoxe» du 21 mars 2014 et «Les grandes découvertes n’ont rien découvert» du 8 septembre 2018) qui se complètent dans une certaine idée de notre «histogéo».

I.GÉOGRAPHIE

À propos de notre partie, australe, et plutôt tropicale, de la Terre, les thèses les plus caricaturales avaient pu écrire que, comme la nature pourvoyait à tout, il suffisait de se baisser pour ramasser les tubercules et tendre les bras pour attraper les fruits. Un monde de cueillette, sans valeur ajoutée humaine.

Nous n’avons pas l’hydrométrie que permettent les réservoirs des massifs glaciers. J’envie aux pays du Nord le vert de leurs pâturages, le large lit de ces fleuves qui irriguent tout un continent et relient des régions aux connexions sinon improbables : axes de commerce, autoroutes d’échanges culturels, usine à électricité. Tout ce qui manque à Madagascar, finalement : notre sol ferralitique sous un soleil de plomb ne permet qu’une herbe rêche, au vert fané, maigre fourrage pour bête de somme.

Je rêve d’une dérive inachevée des continents qui aurait fini par mettre la rade de Diégo-Suraz juste au Sud du Tropique du Capricorne. Et donc en zone tempérée comme l’Argentine. Ou tant qu’à faire, une remontée de FortDauphin vers les précipitations des zones équatoriales. Comme Kalimantan. Nos voies d’eau ne sont pas au long cours, entre étiage pangalanes («ampangalana» en malgache, «pangkalan» en melayu) et falaises sans écluses, tandis que les grandes civilisations ont grandi au bord de fleuves majeurs : Mékong, Nil, Tigre et Euphrate.

Je nous aurais voulu des Danube, des Rhin, des Seine, pour voir s’élever autant de Vienne, de Cologne ou de Paris. Las, le Larousse ne consacre que de courtes lignes à nos rivières : «Ikopa : rivière de Madagascar, drainant la région d’Antananarivo, affluent de la Betsiboka, (rive gauche), 400 kms ; Betsiboka : rivière de Madagascar, née au coeur de l’Imerina, tributaire du canal de Mozambique (520 kms)».

Le Mékong, et ses 4200 kms, concerne 6 pays : Chine, Birmanie, Laos, Thaïlande, Cambodge, Vietnam. En voguant sur le canal Rhin-Main-Danube, l’Europe se traverse de la Mer du Nord jusqu’à la Mer noire. Que la chaîne d’Ankaratra ne nous ait pas été leurs Alpes, pour de grands desseins sur l’Ikopa. À l’instar de Paris, protégé par les lacs réservoirs sur la Seine (1966 : lac de la forêt d’Orient, 205 millions de m3 ; 1990 : lac du Temple,170 millions de m3 ; 1974 : lac du Der-Chantecoq, 350 millions de m3) les petits affluents de l’Ikopa s’étaleraient en lacs d’altitude avant de se perdre inutilement à la mer. Lacs de régulation, écrêteurs de crues ou réservoirs pour pallier l’étiage. Projets hydroélectriques. Navigation jusqu’au Canal de Mozambique. Des navires de mer parviendraient jusqu’à Maevatanana où un trafic fluvial prendrait le relais jusqu’à Antananarivo, par un jeu d’écluses digne du canal de Panama.

II.HISTOIRE

23 février 1488 : Barthélemy Diaz passe le cap de Bonne-Espérance

12 octobre 1492 : Christophe Colomb jette l’ancre sur une île des Antilles

20 mai 1498 : Vasco de Gama arrive en Inde

22 avril 1500 : Pedro Alvares débarque au Brésil

6 septembre 1522 : «arrivée» du premier tour du monde à la voile

Partant de Séville (Andalousie, Espagne), le 10 août 1519, Fernand de Magellan commande une flotte qui cherche à rallier les Moluques (Indonésie actuelle) par la route atlantique. Magellan meurt aux Philippines d’une flèche empoisonnée, le 27 avril 1521, mais les dix-huit rescapés de la grande aventure achèvent la circumnavigation en mouillant à Sanlucar (Andalousie, Espagne), le 6 septembre 1522.

Avant que Portugais et Espagnols ne partent explorer le monde, inaugurant dans les livres d’histoire le chapitre des «Grandes Découvertes», les Chinois avaient conduit leurs jonques dans l’Océan Indien jusqu’à l’Afrique de l’Est, de 1405 à 1430. Auparavant, la thalassocratie de Srivijaya (7ème au 13ème siècle) avaient envoyé ses navires à balancier vers l’Ouest. Mais, contrairement aux Européens ou aux Arabes (Zanzibar signifie «pays des Noirs»), les uns et les autres n’ont pas baptisé à tour de bras les terres «nouvelles» à leur connaissance mais que peuplaient de longue date des gens peu soucieux de figurer ou pas sur une mappemonde.

Comme le chante si justement Michel Sardou, «Quand le vieux Magellan, découvrit le détroit, il y avait des enfants, qui s’y baignaient déjà». Sauf que ces enfants-là, pas plus que leurs parents et ancêtres, n’avaient tenu un journal de leur «grande découverte».

Dans notre Océan Indien, les textes arabes anciens mentionnent une population «Waq-Waq» : Gabriel Ferrand l’avait déjà identifié avec «Vahoaka», le peuple, les sujets dont le chef était l’Andriambahoaka ; Christian Otto Dahl a pour sa part conclu que «le nom indonésien des immigrants à Madagascar fut wakuak» (Malgache et Maanjan, p.359).

Les différents cartographes des siècles passés avaient attribué à notre Grande île des noms (Menuthias, Mogelasio, Malichu, Comorbimam, SaintLaurent) sans bien entendu consulter ses habitants. Le 1er juillet 1665, semble-t-il que Louis XIV imposa à l’île Saint-Laurent le nom d’île Dauphine : Andrianjaka et ses contemporains ne pouvaient pas être concernés par cette lubie lointaine dont ils n’avaient aucune idée. Le 10 août 1500, quand le vieux Diego Dias «découvrit» Madagascar, il y avait des gens qui y vivaient déjà sans avoir attendu d’être indexés dans les livres d’histoire.

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