Editorial

Treize mai…pris

Une nouvelle réforme et quatre nouvelles universités prévues dans la nouvelle loi de finances. L’enseignement a été a l’honneur en ce mois de mai quarante-sept ans après la révolution de 1972 qui avait commencé par une grève estudiantine. À l’origine des revendications sur la malgachisation de l’enseignement pour qu’il soit plus adapté aux réalités et réponde mieux aux besoins du pays.

Quarante-deux ans après, on n’a pas encore vu le bout du tunnel. On a presque abandonné la malgachisation qui a sacrifié plusieurs générations d’élèves et d’étudiants. On ne fait pas encore ce que l’on veut et ce qui est mieux pour le développement. On fait des réformes dans l’enseignement parce que les bailleurs de fonds le veulent et non pas parce qu’on sent qu’il faut un autre système pour produire des cadres utiles et nécessaires pour le développement. Le Programme sectoriel de l’enseignement est financé par la Banque Mondiale à hauteur de plusieurs dizaines de milliers de dollars. C’était déjà ainsi avec la fameuse approche par compétence et le cycle primaire de neuf ans imposée à l’époque de Ravalomanana. Un projet qui a disparu avec lui quand il dut quitter le pouvoir suite à un coup d’État. L’expérience n’a pas été poursuivie bien qu’elle n’a pas été foncièrement négative. Et on essaie un autre avec des réformes superficielles relatives à la longueur du cycle primaire et secondaire ainsi qu’au calendrier scolaire. Elles étaient assorties de recrutement d’enseignants dont la qualification laissait à désirer. Les résultats ne se sont pas fait attendre avec une baisse importante du taux de réussite aux examens à tous les niveaux.

Et dès que le pouvoir a changé de main, les réformes entamées ont été abandonnées illico presto. On a repris l’ancien calendrier tout en rejetant les nouveaux cycles. Puis on essaie maintenant une nouvelle orientation dans le secondaire. S’est-on posé les bonnes questions avant de procéder à ces nouvelles réformes ou se contente-t-on de reprendre des formules qui ont réussi ailleurs ? Un demi-siècle après 72, on ne sait pas encore où on va, ce qu’on veut. Et on va construire treize nouvelles universités pour engloutir les dizaines de milliers de nouveaux bacheliers sans trouver des solutions pérennes aux éternels problèmes. Une université ce n’est pas qu’un mur. Celles qui existent vivotent avec un budget réduit au tiers, souffrent de la vétusté des infrastructures, manquent cruellement de matériel pour répondre aux exigences du nouveau système LMD et font un mano a mano permanent avec la grève. Si on peut régler une bonne fois pour toutes les problèmes d’effectifs des enseignants, d’indemnités des enseignants, les problèmes de bourses des étudiants, réhabiliter les poulaillers d’Ankatso 1 et 2, l’écurie de Vontovorona et les autres campus en provinces, on aura déjà fait un grand pas.

On pourra se targuer d’être le pays qui compte le plus d’universités en Afrique mais si ce ne sont que des chefs d’œuvres en architecture pour épater la galerie sans personnel suffisant et qualifié pour les faire fonctionner, on risque de revivre l’époque des éléphants blancs des années révolutionnaires. Quatre universités ou treize mépris aux réalités. Rien ne sert de courir, il faut partir à point. Fut-il un TGV.

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