Opinions

Texto de Ravel – Une tâche inachevée

Plus de quatre femmes sur dix interrogées dans 51 pays interrogés estiment qu’elles n’ont d’autres choix que d’accepter les demandes sexuelles de leur partenaire, a déclaré le FNUAP, l’agence des Nations Unies pour la santé sexuelle et procréa­tive. Ces mêmes femmes seraient également incapables de prendre des décisions pour tomber enceinte et accéder aux soins de santé pour elles-mêmes. Il y a quelques semaines est sorti l’état de la population mondiale 2019 dans lequel le FNUAP apporte ses conclusions concernant les femmes âgées de 15 à 49 ans. Un beau pavé de cent quatre-vingt pages que l’immense majorité des femmes décrites dedans n’auront pas l’opportunité de lire.
Dans le contexte local où il y a comme un vent de revendications féministes et féminines qui commence à souffler, prenons le temps de parler de « certaines choses ». Des choses qui pourront peut-être faire ouvrir les yeux à ces femmes et ces hommes qui nous voient encore comme « fanaka malemy ». Pour ceux qui ne le savent pas, c’est le qualificatif donné à la femme dans la culture malgache. Certes, une précision s’impose car c’est une expression Merina mais il existe très surement des expressions similaires dans les autres groupes sociaux de l’île.
Fanaka, c’est le mobilier de maison. Malemy veut dire fragile. La femme est un fragile mobilier de maison. Cela peut être mignon voire un signe de tendresse. N’est-ce presque pas la même chose quand on dit à son amoureux « mon gros nounours adoré » ? Mais dans la réalité, çà n’a rien de chou. Le mobilier ne doit rien dire et est juste là pour orner l’homme et la maison.
Dans beaucoup de cas, la femme n’a pas le droit de sortir. C’était dans les années noires me
diriez-vous ? Pas vraiment. De nombreuses femmes n’ont pas encore le droit de travailler
et sont assignées à rester chez elle pour faire les tâches ménagères et s’occuper des enfants. C’est au fin fond de la brousse, pour
les femmes qui ne sont pas allées à l’école penseriez-vous ? Ce serait intéressant d’avoir ce genre de statistique pour la seule ville d’Antananarivo afin de mettre des chiffres sur la réalité des choses.
Le mobilier n’a pas d’avis, ne prend pas de décision, à part le menu du jour. Elle ne peut s’engager que sur le « socialement respectable » c’est-à-dire dans les associations à l’église et au sein de la famille. Elle n’a pas à vouloir parler de politique ou a une vision similaire à celui de son homme. Le mobilier, on s’assoit dessus. La vie de famille, la vie de couple est une croix à porter dit l’expression « tokatrano fiafiana ». Une croix pour qui ? Généralement pour les femmes. Quand les problèmes arrivent, nos mères nous répètent très (trop) souvent cette expression pour nous faire accepter ce que leurs mères leur ont dit d’accepter car leurs propres mères à elles ont vécu ainsi.
Malemy. La femme serait fragile. Certains diront que ce n’est pas totalement faux. On ne va pas débattre sur les conditions physiques ou psychologiques des unes et des autres. Le focus étant que la femme est considérée comme un objet fragile. Et quand on est fragile, on a intérêt à rester bien silencieuse dans son coin sinon…on peut bien être cassée. Le père a le droit de casser l’objet, le frère, l’oncle et ne parlons pas du mari ou du conjoint.
« Je n’ai pas vu les changements dont les gens parlent » confie Um Ahmed, une Egyptienne, dans cet état de la population mondiale 2019 du FNUAP. Comme elle, beaucoup de femmes Malgaches se demandent où est le changement que l’on clame ici et là. Où sont passés tous les millions d’euros et de dollars qu’on a injectés dans l’administration malagasy, dans les voyages et formations à l’extérieur, dans les contrats de prestation de services au nom de l’égalité du genre et de la promotion de la femme.

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