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Chronique

1972, c’était déjà demain

Le 18 mai 1972, un président de la République en fin de cycle remettait les pleins pouvoirs au général de division Gabriel Ramanantsoa. La Transition sera légitimée par le référendum constitutionnel, du 8 octobre 1972, dont la loi constitutionnelle, promulguée le 7 novembre, relégua la constitution du 29 avril 1959 au rang de loi ordinaire. En fait de «Politique générale du Gouvernement», j’ai retrouvé le texte du discours-programme radiotélévisé que prononça le général Ramanantsoa, le 27 juillet 1972 (Bulletin de Madagascar, novembre-décembre 1972, n°318-319, pp.711-720).

Avec l’objectif annoncé de «combler le fossé qui sépare le Fanjakana de la Population», en dépolitisant l’Administration et la Fonction publique, ce discours avait commencé par dresser une analyse «sans complaisance» de la situation: «Douze années, après le 26 juin 1960, que constatons-nous? Une économie dont la maîtrise nous échappe et dont la croissance, déjà largement absorbée par la démographie et la hausse des prix, ne profite qu’à une minorité ; un fossé qui s’élargit entre les nantis et les déshérités, entre les villes et les campagnes ; un système d’enseignement attardé et inadapté aux réalités, aux besoins du pays; surtout, chose grave, une altération profonde de la morale dans la vie publique comme dans le domaine des affaires».

Déplorant comparativement «le grand nombre des départements ministériels de la précédente période» et «le nombre restreint des inspecteurs d’État», le Chef de Gouvernement regretta que certaines investigations ne soient toujours pas achevées, alors que leurs résultats auraient fait «l’objet des suites qui s’imposent».

Théâtral ou dramatique, le général Ramanantsoa avait prévenu «ne plus se contenter d’expédients, ni de solutions de fortune» et qu’il lui fallait des «mesures radicales» et de «véritables mutations». Dans le même registre, on imagine difficilement les dirigeants actuels annoncer: «Il nous faut accepter les sacrifices avec d’autant plus de courage qu’ils ne seront consentis que pour hâter l’avènement d’une ère de prospérité et d’égalité dans une société plus humaine et plus fraternelle».

Parmi les constats récurrents, suivis de promesses tout aussi sempiternelles, figurait déjà le développement du Sud: «une attention particulière et soutenue sera consacrée au Sud qui a douloureusement souffert, et de tous temps, de l’oubli ou de la désaffection des hommes». Gouverneurs généraux d’une longue parenthèse coloniale; Présidents successifs des première, deuxième, troisième et quatrième, République; Chefs de Gouvernement de multiples transitions: tous, à un moment ou à un autre, auront eu ces mots d’empathie sans que s’améliorât jamais la condition du Sud. Pire que «l’oubli ou la désaffection des hommes», la géographie, son climat et une aridité consécutive. L’Humanité agissante triomphera-t-elle un jour de cette loi de la Nature?

Un an avant la révision des Accords de coopération avec la France (4 juin 1973), le Chef de Gouvernement avait annoncé que «le Gouvernement s’engage à maîtriser ou à faire prendre le contrôle des secteurs importants». Et qu’au regard de l’extérieur, «l’instauration d’une réelle souveraineté nationale nous conduit à reconsidérer la nature et le contenu de nos engagements vis-à-vis de tous nos partenaires».

Concernant l’agriculture, il était également déjà question de «mesures dans le domaine du crédit agricole et du désenclavement des zones de production». Tandis que, «pour certains produits-clés, tels que le riz, l’État mènera une double action: favoriser la production et assumer directement la commercialisation». Les artisans devaient bénéficier d’un «fonds national de garantie» et d’une «réforme de l’organisation du crédit». Quant à l’industrie, devenue de transformation, lui étaient promis le drainage des capitaux nationaux et l’appel aux investisseurs étrangers

La «révolution» était promise dans le domaine culturel, et en particulier dans l’Enseignement. Avec l’objectif de démocratiser et de malgachiser «d’une façon intelligente et réaliste»: «Démocratiser, c’est donner à tous des chances égales d’accéder au savoir et de se faire éduquer», «Malgachiser, c’est adapter non seulement le programme mais également les méthodes, aux réalités et aux besoins de la Nation». Et comme credo: «L’art et la culture ne demeureront plus l’apanage d’une classe d’initiés ou de privilégiés». Ils durent être nombreux, activistes des journées de mai 1972, qui applaudirent à ces deux mots, encore neufs et innocents: «démocratiser et malgachiser».

Comme un écho familier, presque contemporain, d’actualité en somme, l’engagement qu’en matière de santé publique, on allait «supprimer le déséquilibre entre les villes et les campagnes, en assurant à tous un égal accès à la médecine». D’une part, rapprocher les facilités médicales du plus grand nombre, d’autre part, améliorer la formation. Malheureusement, cinquante ans plus tard, l’Académie Militaire d’Antsirabe, pourtant située dans une des trois ou quatre principales villes de Madagascar, doit faire évacuer ses élèves-officiers à l’article de la mort sur la Capitale Antananarivo, à trois heures de route. Tandis que les autorités gouvernementales elles-mêmes préfèrent une «Evasan» (évacuation sanitaire à l’étranger) plutôt que de s’en remettre aux structures locales.

Enfin, éternel va-et-vient, la promesse qu’en matière d’information, on va «instaurer l’objectivité et le dialogue». L’aveu naïf qu’on a «trop souffert des effets néfastes d’une certaine propagande politique ou partisane». Et la parole, que ne tiendra aucun de ses successeurs, de «repousser toute appréciation partiale de l’actualité et des événements, laissant à chacun le soin d’interpréter selon sa propre conviction».

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