Notes du passé

Les Sorabe, témoignage sacré de la tradition

Les principaux comptoirs de commerce fondés par les Arabes et Arabisants (Persans islamisés, Indiens islamisés…).

Parmi les traditions orales, les Sorabe sont les plus connus. Selon les chercheurs, ils ont un caractère très local et ne concerne qu’un « petit nombre de groupes et des aires relativement réduites ».
Les auteurs de l’Histoire de Madagascar de 1967, présentent les Sorabe comme un ensemble de documents en caractères arabes. C’est dans les régions par où les influences de la langue arabe ont pénétré à Madagascar, que l’on trouve les premiers documents malgaches écrits. « De nombreux Sorabe sont rédigés en langue malgache, mais les caractères utilisés sont arabes. » D’après Jacques Dez, l’alphabet arabico-malgache aurait été inventé dans le contexte des échanges entre les Antalaotra et les autres populations de l’ile.
Le support est « un papier analogue » au papier antemoro, précisent les auteurs de l’Histoire de Madagascar de 1967, « actuellement fabriqué non loin d’Ambalavao ». La matière première, le havoha donne des feuilles résistantes et le texte, comme l’arabe, se lit de la droite vers la gauche.

Les Sorabe ont un caractère sacré. Par le fond, car ils remontent aux temps mythologiques et relatent des évènements souvent liés aux généalogies. Et surtout par la forme mystérieuse car ils utilisent des formules magiques. « Ils sont le témoignage le plus concret et le plus sacré de la tradition qui relie le clan à sa souche originelle. »
Poursuivant leur explication, les mêmes auteurs précisent que les Sorabe résultent des rapports avec les commerçants arabes ou avec des populations africaines métissées d’Arabes voire même des Indonésiens. Contacts commerciaux sans doute, mais aussi influences dans le domaine de la magie, de l’astrologie, influences religieuses. Ces valeurs culturelles, ajoutent-ils, se mêlent, s’atténuent dans le contexte des valeurs plus anciennes considérées « comme le fonds- la base- culturel malgache ».

Les Sorabe auraient été rédigés vers le XVIIe siècle. « Sa rédaction est donc relativement récente. » Toutefois, leur contenu se rapporte à des périodes plus lointaines. « Ils ont ainsi fixé par écrit des récits, un patrimoine de souvenirs, de rites jalousement conservés par les groupes qui les possèdent. ».Dans leur livre sur « Les Malgaches du Sud-Est » (1959), Hubert Deschamps et Suzanne Vianès écrivent notamment: «Fait unique dans l’histoire de Madagascar, nous possédons des documents écrits sur l’origine des Antemoro. » Ces derniers, affirment-ils, sont très fiers de leur « grande écriture », manuscrits historico-religieux très répandus parmi eux et « entourés de la plus grande vénération, du plus profond respect» parce qu’ils représentent en quelque sorte l’héritage reçu de leurs ancêtres prestigieux venus de La Mecque et transmis fidèlement de génération en génération.

Les deux auteurs présentent les Sorabe comme des feuillets de papier de fabrication locale, cousus en cahiers et reliés en peau de bœuf grossièrement tannée et ayant généralement conservé ses poils, la couleur de la couverture servant à désigner le manuscrit qui ne porte jamais de titre. Parlant de la préparation du papier, ils confirment qu’il est fait de l’écorce de l’arbre havoha, réduite en pâte puis bouillie longuement avec une forte lessive de cendres, puis étalée sur des moules, séchée au soleil et glacée ensuite à l’aide d’eau de riz.
« Le papier obtenu (satary) était d’une finesse variable, mais ne buvait pas l’encre ». De son côté, Etienne de Flacourt indique que « l’encre se fait avec la décoction du bois nommée ‘arandranto’ (copalier) qu’on laisse jusqu’à ce qu’elle soit bien épaisse ».
Les Sorabe sont enfermés dans une sorte d’étui en vannerie (sandrify), généralement rangé lui-même dans un coffre situé au nord-est de la maison. Hubert Deschamps et Suzanne Vianès soulignent que la Bibliothèque Nationale possède des Sorabe fort anciens et contemporains de Flacourt (XVIIe siècle) au nombre de neuf. L’Académie Malgache détient également une vingtaine de ces manuscrits, « d’importance variable, dont la plupart sont des copies datant du début du XXe siècle, offertes par des voyageurs ». Ils signalent enfin que le grand nombre de ces écrits appartient à des collections privées, notamment chez les Antemoro.

Commenter

Ce formulaire recueille votre nom et adresse e-mail afin que nous puissions valider votre commentaire. Veuillez consulter notre politique de confidentalité afin de prendre connaissance sur la façon dont nous protégeons vos informations.
Je consens à ce que L'Express de Madagascar collecte mon nom et email..

Cliquez pour commenter