Réorganiser les communes rurales pour développer l’ile


La dissolution du Mouvement démocratique de la rénovation malgache (MDRM) est décrétée au lendemain des évènements de 1947. Les autres partis, comme le Parti des déshérités de Madagascar (Padesm), perdent leur influence dans le contexte de la crise de conscience générale. La disparition du parti de la Rénovation malgache et l’internement de ses chefs ne marquent pas pourtant la fin du nationalisme malgache. L’histoire des peuples et des nations montre que l’évolution vers la liberté est irréversible. Selon les auteurs du livre d’Histoire de Madagascar de 1968, destinée aux lycéens des classes Terminales, la politique d’assimilation, au lendemain des évènements de 1947, est définitivement révolue dans l’esprit des Malgaches. « L’irréparable est accompli. L’autonomie, ny Fahaleovantena, apparait au plus grand nombre comme la seule voie possible. De plus en plus nombreux, des Européens acceptent l’idée de cette évolution. » La période douloureuse de l’après-1947 est marquée par une crise de conscience plus réaliste des problèmes de la Grande ile. Dans les régions marginales notamment, les populations sensibilisées par les évènements, « s’intéressent davantage aux propos des gens instruits, instituteurs, médecins… L’unité est en marche ». En décembre 1953, ce courant d’idée se matérialise dans le communiqué des Vicaires et préfets apostoliques de Madagascar à tous les fidèles. Se prononçant sur le problème de l’Indépendance, et pour répondre à « ceux qui se posent la question de la légitimité de leur désir », le communiqué conclut à « la légitimité de l’aspiration à l’indépendance comme aussi de tout effort pour y parvenir ». C’est aussi la position du clergé protestant. Depuis l’initiative du Comité de Madagascar en 1951, « un mouvement profond se développe en faveur de l’amnistie des condamnés politiques », mouvement qui trouve en France une audience de plus en plus grande. Ainsi l’on voit que l’année 1953 marque un tournant important de l’évolution politique. Sur un tout autre plan, l’économie malgache déjà mise à mal sous la deuxième guerre mondiale, sort très faible de l’insurrection. « En 1947, les exportations équilibrent à peine en valeur les importations. L’année suivante, elles ne représentent plus que les deux tiers de ces importations. » Hormis l’année 1950 presque équilibrée, le déficit est du même ordre jusqu’en 1953. Il faut relever les ruines, réorganiser les structures agricoles, ranimer l’économie. Le Fonds d’investissement pour le développement économique et social (Fides) est l’organisme financier créé par la France en 1946, pour réaliser « un plan décennal de développement, arrêté la même année pour les Territoires d’Outre-mer ». Dès 1950, successeur du haut commissaire Pierre de Chevigné, Robert Bargues entreprend à Madagascar la réalisation de cette tâche. Les subventions annuelles du Fides, c’est-à-dire la contribution de la Métropole et du Territoire, sont destinées à l’accroissement de la production, aux réalisations scolaires et hospitalières. Les réalisations de Robert Bargues portent essentiellement sur la réorganisation des communes rurales malgaches. La création des « Communes autochtones rurales» intervient en juin 1950. Elles résultent d’une longue série d’enquêtes et d’efforts « visant à créer la cellule de base du développement ». Leur autogestion financière, agricole, suppose la possibilité de trouver des cadres locaux pour cette « rénovation rurale ». « Aussi, malgré les efforts de l’Adminis­tration, ces Fokonolona modernes connaissent-ils des difficultés nombreuses. » Beaucoup de modifications sont apportées à ces institutions pour les rendre plus efficaces. Modernisées sous la forme des coopératives rurales agricoles (Cram), elles sont encadrées par les secteurs de paysannat et réunies dans les Groupements de collectivités. Le manque de démonstrateurs et de cadres compétents compromet le déroulement de l’expérience. Avant 1952, l’équipement de base reçoit la plus grande part des subventions du Fides. Par la suite, les problèmes sociaux et ceux de la production passent au premier plan, cependant que l’on envisage la réalisation de projets régionaux inscrits dans le plan Rotival. Ces travaux devront commencer dans le cadre de l’application du Plan quadriennal, en 1954.
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