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Editorial

Métastade

Indignant, révoltant, honteux. Les qualificatifs manquaient pour condamner le comportement de certains spectateurs qui ont envahi le terrain à la fin du match opposant les Barea aux Taifas Stars de la Tanzanie dimanche à Mahamasina. Des spectateurs sont passés par delà la grille de protection pour monter sur le terrain et gagner la tribune. Une « tradition » un peu oubliée qui ressurgit là où on s’y attendait le moins. D’ailleurs, ce genre de comportement se voit également dans tous les stades du monde. Pas plus tard que la semaine passée à Belfast, une jeune spectatrice a envahi le terrain pour rejoindre Cristiano Ronaldo lors du match Irlande du Nord-Portugal. Des envahissements de terrain, ce n’est pas l’apanage des spectateurs malgaches.

Des explications pourraient ainsi justifier ce débordement. Comme il s’agit de la dernière prestation à domicile des Barea, les « petits » spectateurs qui n’ont jamais eu le privilège de faire des selfies avec les joueurs, voulaient les voir en chair et en os. L’engoue – ment est le même qu’on soit spectateur payant ou fan sans-le-sou profitant de l’aubaine d’un match gratuit offert par Tonton Raoul. Les Barea malgré leur piètre performance depuis 2020 continuent de fasciner leurs supporters, toutes classes sociales confondues.

Eh oui, assister à un match au stade Barea dans sa forme actuelle ne sera donnée à tout le monde quand l’heure de la gratuité sera terminée. Le président de la République a eu bien raison de faire profiter tout le monde dans un premier temps.

Maintenant il faut comprendre également que ce qui s’est passé à Mahamasina n’est que le parfait reflet du malaise social dans lequel on vit depuis plusieurs décennies. L’anarchie, le vandalisme, l’incivisme, l’irrespect sont les nouvelles normes qui dirigent la société de main de maître. Un stade a-t-il plus de valeur qu’un éclairage public, qu’un bac à ordures, qu’un panneau de signalisation?

Tous les efforts consentis par la CUA pour embellir la capitale sont anéantis par l’incivilité de sa population. Tous les bacs à ordures plantés dans les endroits publics ont été arrachés sans ménagement par des mains criminelles et sans vergogne.

Les curages des canaux d’évacuation sont annihilés du jour au lendemain par des habitants qui se foutent de tout ordre et organisation, qui n’ont aucune notion de bien être, d’un environnement salubre et agréable.

Il faut penser sérieusement à une stratégie avant d’entamer un programme d’assainissement. Il faut peut-être carrément assainir d’abord au niveau de la population. La capitale est peuplée désormais à 80% par des migrants qui ont leur propre culture et mode de vie qui ne sont pas ceux des citadins. Voilà le noeud gordien qui bloque tout effort de développement. On a beau construire un beau stade, installer un téléphérique, bâtir de hôpitaux modernes, créer des rocades … c’est peine perdue si la population est incapable de les apprécier à leurs justes valeurs. Mais le changement de mentalité ne se décrète pas. Surtout si elle se trouve à la… métastade. Cela s’accompagne d’une éducation et d’une instruction.

Pour le moment, la pauvreté fait que la beauté des choses se justifie par sa valeur marchande et non par sa qualité architecturale ni par sa magnificence.

Au stade, deux mondes s’affrontent et leur vision a toutes les chances de ne jamais se rejoindre comme les quatre voies d’une rocade. Il faut bien comprendre qu’une grande partie de la population vit à l’époque du Moyen Âge où l’extrême pauvreté empêchait d’avoir le sens du beau, d’avoir honte ou d’avoir du respect. Ceci explique cela.

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