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Les promesses (tenues) de Trump

«L’élection de Donald Trump va être un séisme pour le monde» (Le Monde, 9 novembre 2016) prédisait le célèbre quotidien français. Le Monde, né à l’époque, 1944, de l’arrivée d’une certaine idée gaullienne de la France au pouvoir, allait bâtir sa réputation d’indépendance et son prestige intellectuel sur l’opposition à la politique, sinon à la personne, du général de Gaulle, dont toute la France commémore ces jours derniers le cinquantenaire de la mort.

J’avais pu m’abreuver des éditos et chroniques du Monde, voilà 30 ans, durant mes études de droit. Dans la collection vieillissante de la BU (bibliothèque universitaire) d’Ankatso, lesdites «plumes» étaient d’ailleurs déjà d’anciennes signatures. Ou de la question existentielle: «Que reste-t-il du Monde?»

Pour ma part, j’ai retrouvé trois de mes Chroni­ques de la période 2016-2017: avant l’élection de Donald Trump, juste après l’élection de Donald Trump, et les premières décisions du Président Donald Trump. Quatre ans plus tard, il ne fut finalement rien des prédictions nostradamussiennes du Monde.

CHRONIQUE DE VANF (7 novembre 2016)

Donald Trump: un Américain ordinaire

C’était bien la première fois que je regardais le «Tonight Show». Et seule la présence de Donald Trump m’y incita. On en a dit tellement de choses, en mal, du candidat républicain à la présidence des États-Unis d’Amérique, que je voulus le voir s’exprimer sans le prisme des médias.

Quand on lui a demandé pourquoi quelqu’un voudrait devenir président, Donald Trump a répondu assez facilement: «pour aider les gens, et si on veut vraiment faire quelque chose pour eux, c’est le meilleur poste». Bien sûr, ce serait naïveté que de le croire aussi ingénument. Et certainement que lui même ne devrait pas nourrir trop d’illusions non plus. Barack Obama, qu’on attendait comme un Messie, simplement parce qu’il était le premier homme Noir à devenir président des États-Unis, n’a pas réussi de miracle ni transformé la société américaine par un coup de baguette magique.

Juste avant cette élection présidentielle aux États-Unis, qui ne peut laisser indifférent le citoyen le plus marginal du village planétaire, j’ai également pu voir «Le pont aux espions», un film de Steven Spielberg (2015), avec l’acteur Tom Hanks campant James Britt Donovan (1916-1970), un avocat de Brooklyn qui s’est rendu célèbre pour avoir défendu un espion Est-Allemand dans un contexte d’hystérie anti-communiste maccarthyste (Joseph MacCarthy est mort en mai 1957 ; Rudolf Abel est arrêté par le FBI, le 21 juin 1957).

Ce n’est pas un hasard: Tom Hanks collabore depuis longtemps avec une chaîne du groupe Time Warner, HBO, qui produit des séries historiques. Dont l’histoire de John Adams, avocat défendant les soldats britanniques accusés de l’incident sanglant de Boston, le 5 mars 1770, quand les troupes britanniques firent feu sur une foule américaine hostile. Dans un contexte indépendantiste (6 ans avant la déclaration d’indépendance des Treize colonies d’Amérique), c’est donc un futur «Père Fondateur», premier vice-président des États-Unis et deuxième président après George Washington, qui assura la défense de «l’ennemi», droit dans son principe: «y a-t-il d’autre camp que la défense de la justice»?

187 ans plus tard, James Donovan adoptera la même posture: «si le monde libre n’est pas fidèle à son propre code moral, il ne restera plus aucune société dont d’autres pourraient vouloir s’inspirer». Dans le film, Steven Spielberg met en scène l’affronte­ment entre l’avocat d’ascendance irlandaise et un agent secret d’origine allemande: «Je suis Irlandais, vous êtes Allemand. Qu’est-ce qui fait de nous des Américains sinon le respect de la Constitution?».

L’Amérique donc, mais laquelle? Celle de John Adams, de James Donovan, de Steven Spielberg et de Tom Hanks ou celle de Donald Trump ? Donald Trump me semble un Américain bien ordinaire qui ne révolutionnera pas son pays, ni en mieux ni en pire, mais vous avez le droit de penser comme Stéphane Bussard, un éditorialiste du quotidien suisse «Le Temps» (5 janvier 2016): «Steven Spielberg n’a pas choisi le personnage de James Donovan par hasard. L’avocat de Brooklyn a incarné la probité d’un homme de loi refusant de bafouer les principes de l’État de droit pour défendre sa cause dans une époque où il ne faisait pas bon défendre la cause humaine d’un espion soviétique. Face à des Donald Trump qui profitent d’un climat de peur découlant du terrorisme international et à tous ceux qui sont prêts à violer la Constitution pour protéger l’Amérique, James Donovan rappelle que l’éthique et la conscience professionnelle sont de meilleures conseillères».

CHRONIQUE DE VANF (10 novembre 2016)

Donald Trump, c’est (désormais) l’Amérique

Et pourtant. Les sondages avaient donné Donald Trump perdant à chacun des «débats» contre Hillary Clinton. Les mêmes sondages avaient accordé jusqu’à douze points d’avance à la candidate démo­crate. Le tout dernier sondage d’avant scrutin de NBC et du Wall Street Journal créditait encore Hillary Clinton de 44% des voix contre 40% à Donald Trump. Les sondages se trompent, souvent. Mais, on continuera à mener des sondages pour brasser des conjectures et affiner des analyses sur la base erronée d’échantillons prétendument représentatifs.

Victoire d’un OVNI politique regardé de travers par les ténors du parti qu’il était censé représenter. L’ancien président George W. Bush a voté blanc. Auparavant, après la révélation d’une vidéo vieille de onze ans, où Donald Trump tenait des «propos de vestiaires» sur les femmes, John McCain, candidat malheureux à l’élection présidentielle de 2008, avait déclaré qu’il ne voterait pas pour le candidat du parti républicain. Bien plus tôt encore dans le proces­- sus électoral, Mitt Romney, candidat malheureux à l’élection présidentielle de 2012, s’était ouvertement opposé à la candidature de Donald Trump, l’accusant de «trickle-down racism, trickle-down bigotry, trickledown misogyny».

Le Président Trump sera-t-il différent du candidat Trump? Érigera-t-il vraiment ce mur entre les ÉtatsUnis et le Mexique? Déportera-t-il vraiment les douze millions d’immigrants sans-papiers? Taxera-t-il vraiment à hauteur de 45% les importations de Chine? Interdira-t-il vraiment l’accès de l’Amérique aux Musulmans ? Légitimera-t-il vraiment la torture contre les terroristes islamistes? Retirera-t-il les États-Unis de l’OTAN? Aidera-t-il Vladimir Poutine à maintenir Bachar al-Assad au pouvoir en Syrie?

Les analystes et les médias internationaux affirment qu’on ne connaît pas le programme de Donald Trump. «Make America Great Again» (Rendre à l’Amérique sa grandeur) et «America First» (L’Améri­- que d’abord): n’est-ce pas déjà tout un programme?

CHRONIQUE DE VANF (30 janvier 2017)

Les promesses de Trump et la promesse du Bouddhisme

Je ne comprends pas les cris de vierges effarou­chées des démocraties européennes quand la démocratie américaine a parlé. On reproche suffisam­- ment assez aux hommes politiques de ne jamais tenir leurs promesses qu’il faudrait plutôt féliciter Donald Trump de s’en tenir aux engagements qui l’ont faire élire par 62 millions de ses compatriotes.

«Halte à l’immigration clandestine», «stand-by à la venue de musulmans de pays à hauts risques intégristes». Au nom de toutes nos lâchetés politiquement correctes, il faut saluer le courage à rebours du Président des États-Unis. Il avait dit «America First», et il fait du «America First».

«Madagascar First», «ny Gasy aloha»: tout le monde n’a pas les libéralités suicidaires de Madagascar, qui délivre des visas à vue à des musulmanes, justement hors de vue derrière leur voile intégral. Et si j’avais été un électeur de Donald Trump, je lui aurais fait le reproche de ne pas être allé au bout de sa logique en épargnant l’Arabie saoudite de sa liste à risques: c’est pourtant le siège social et le principal actionnaire de l’islamisme wahhabite, celui qui emprisonne la femme dans la camisole de ce sinistre voile islamiste intégral, celui qui interdit à la femme de conduire sa propre voiture, celui qui proscrit la conviviale mixité homme-femme dans l’espace public.

Si le couple franco-allemand, François Hollande et Angela Merkel en tête, veut ouvrir les frontières de la France ou de l’Allemagne à des millions de réfugiés musulmans, sans d’ailleurs qu’aient été consultés les principaux concernés, Français, Allemands, mais aussi les autres Européens de l’Espace Schengen, si donc l’Europe veut se donner une ambition d’accueil dont elle n’a pas les moyens de contrôle ni de traçabilité, en quoi les électeurs de Donald Trump devraient-ils en être comptables?

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