A la une Chronique

Urbanisme – La Ville des Mille et ses rizières

Charles Aznavour parlait du temps où Montmartre accrochait ses lilas jusque sous les fenêtres Nous irons encore plus loin, le hasard de la farfouille nous ayant mis nez à nez avec un article de Pela Ravalitera, paru dans le journal L’Hebdo de Madagascar de décembre 2006. Cette passionnée d’Histoire de Madagascar parlait du temps où, sur ce qui deviendra le cœur d’Antananarivo, se construisait l’Hôtel de ville, fleuron de ce qui était encore l’avenue Fallières. Le titre s’étendant sur toute la largeur de la page annonçait d’emblée la couleur : un Hôtel de ville sort des rizières !

La première illustration montre l’ancienne mairie à Andohalo, dépassée par l’extension de la ville. Une autre photo rappelle ce qu’était le quartier en 1900 : des rizières, encore des rizières sur fond de collines. Un saut de trente-six ans, et on a droit à une magnifique avenue bordée d’arbres. L’aménagement intérieur de l’Hôtel de ville fleure bon l’opulence et le cuir véritable, comme en témoigne le cabinet de travail de l’administrateur-maire. Et on passe avec une petite douleur à la poitrine côté gauche sur la salle des mariages européens et celle des mariages indigènes : un apartheid qui n’a jamais voulu dire son nom…

Notre propos du jour est dans le corps de l’article, que nous condensons en espérant ne pas le trahir. Jusqu’au XIXè siècle, de vastes rizières coupées par de petites digues s’étendent sur cette partie basse de la ville. Et quand l’inondation la recouvre, il est possible d’aller en pirogue d’Analakely à Ivato en tournant autour de la colline d’Antanimena, rasée depuis pour la construction de la gare de Soarano, sans avoir à se livrer à aucun transbordement. La plaine se transforme en effet en un immense lac, dont les eaux rougeâtres s’étendent vers le Nord, jusque dans le voisinage d’Ambohimanga.

Harmonieux

Tout commence à changer quand, le 13 novembre 1897, le commandant Lyautey, venant d’Ankazobe, entre dans la capitale à la tête d’un convoi de voitures Lefebvre. La file descend sans problème la colline d’Antanimena, suit la route longeant celle d’Ambondrona et les rizières voisines, ouvrant ainsi une voie à travers celles-ci. C’est la révélation.

Tout se transforme alors quand les gens bien informés parlent du chemin de fer qui relie Toamasina à Antananarivo. Soarano est choisi pour l’emplacement de la gare en 1908. Le quartier Nord d’Analakely prend alors vie, grâce à ces changements. La route qui le traverse, élargie en 1910, devient l’avenue Fallières, une des promenades favorites des Tananariviens.

Progressivement les terrains avoisinants sont comblés. Lorsque le gouverneur général Léon-Yves Cayla arrive en 1930, il s’empresse de faire mettre à l’étude un plan d’urbanisme harmonieux. Plus tard dans les années 50, certains chroniqueurs français n’hésitent pas à critiquer tout l’ensemble des bâtiments bordant l’avenue Fallières, devenue l’avenue de la Libération. Ils estiment que le choix de l’unité-type architecturale aurait pu être plus judicieux. Selon eux, le quartier a hérité de M. de Cantelou son goût discutable des pergolas. Et de poursuivre : « C’est une œuvre qui n’a guère résisté à l’épreuve du temps et de la pluie, quand la technique des dalles de béton n’a pas été rigoureusement respectée pour les terrasses ».

Moralité de cette remontée du temps d’avant ? Il n’a guère fallu attendre Tana-Masoandro pour voir les rizières plier leurs épis devant la démographie et l’urbanisme. Le temps est fait pour passer et on peut le regretter, comme les lilas de Montmartre …

1 commentaire

Ce formulaire recueille votre nom et adresse e-mail afin que nous puissions valider votre commentaire. Veuillez consulter notre politique de confidentalité afin de prendre connaissance sur la façon dont nous protégeons vos informations.
Je consens à ce que L'Express de Madagascar collecte mon nom et email..

Cliquez pour commenter

  • cet article fait partie de la fabrique du consentement…on matraqua actuellement la population « tananarivienne » pour qu’elle accepte les nouveaux projets présidentiels..N’oublions pas que Rajoelina était maire d’Antananarivo en son temps et grand maître de la HAT pendant presque 10 ans, en comptant les années de son homme de paille, téléguidé !!