Turbulence toxique nationale


Le climat politique traverse l’une de ses phases chroniques de grande turbulence orageuse qui met le pays tout entier en ébullition. Si l’agitation nationale est palpable à travers les symptômes mis en évidence par l’actualité brûlante, embrasée par l’ardeur des querelles politiques, les rafales ont atteint les microcosmes, dont certains se sont avérés n’être que des châteaux de sable ou de cartes qui ont dévoilé leur précarité en étant facilement réduits en ruine par le passage de cette puissante tempête politique que souffle le vent toxique de l’intolérance. Des liens dont les fondations ont été bercées par une illusion de solidité n’ont pas résisté à cette dure épreuve qui fait fi de l’attachement sacré familial, du feu fougueux de l’amour ou de la force de l’amitié. Il y a un récit mythologique qui vient à l’esprit plongé dans un environnement infecté par l’air de la dissension : celui de la pomme de discorde. On raconte qu’au cours du mariage du mortel Pélée avec l’immortelle Néréide Thétis, Éris, déesse de la discorde qui n’a pas été invitée pour de bonnes raisons, déposa une pomme d’or sur laquelle était inscrite une partie importante du portrait de celle à qui elle doit revenir: « À la plus belle ». Un geste simple, mais qui a enclenché un terrible engrenage dont l’issue a été la destruction de la ville de Troie, amorcée par la dispute des trois déesses, Aphrodite, Athéna et Héra, qui se sont disputées ce statut inestimable de reine de beauté de l’Olympe. Aujourd’hui, à Madagascar, le siège présidentiel est une pomme de discorde qui met en branle un mécanisme qui affecte les relations. Et la poignante réplique de Juliette, dans la célèbre pièce de Shakespeare, résonne également comme un écho à ce vacarme politique : « Ô Roméo ! Roméo ! Pourquoi es-tu Roméo ? Renie ton père et abandonne ton nom ; ou, si tu ne le veux pas, jure de m’aimer, et je ne serai plus une Capulet. » L’expression de la détresse d’un cœur privé de son trésor, de l’être aimé, par la rivalité réciproque qui résume les rapports entre les familles Montaigu et Capulet. Un appel à transcender cet obstacle insurmontable qui se dresse entre eux et leur amour, comme le font actuellement nos convictions politiques antagonistes dont le choc fatal a brisé des années de bonne camaraderie, sacrifiées sur l’autel intolérant de la politique. Et ce démon peut maintenant se réjouir en contemplant son œuvre achevée. Ainsi, l’atmosphère, déjà salie par les fumées des feux de brousse, est également polluée par la politique, dont la nocivité se déploie dans cette épidémie de haine. Mais cette discorde qu’elle a inoculée est-elle incurable et ne partira-t-elle pas avec le dénouement de cet épisode politique brûlant ? L’histoire nous donnera la réponse.
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