Accueil » Editorial » Tarif unique
Editorial

Tarif unique

Mécanique. Les décisions de justice contre l’atteinte à la sûreté de l’état ont de quoi étonner ces derniers temps. En l’espace d’un mois deux illustres opposants ont été condamnés à la même peine pour des actes différents. Un tarif unique semble avoir été préalablement établi pour les amateurs du soi-disant crime ou délit.

Que les auteurs de ces actes soient condamnés si des preuves irréfutables existent, il n’y a aucune discussion à faire. Mais les procès et les jugements semblent prendre l’allure d’un folklore. Pour une charge d’atteinte à la sûreté de l’état, on était condamné à la déportation ou à 20 ans de travaux forcés sinon la perpétuité il y a 40 ans. On se demande si le code pénal a changé avec la Constitution pour fixer la peine à 44 mois pour ce crime.

La justice a intérêt à mettre de l’ordre dans sa maison si elle veut vraiment reconquérir la confiance des justiciables. Quand on prolonge d’un mois la détention préventive d’un prévenu la veille de son procès, cela laisserait croire que le verdict a été déjà prononcé quelque part. On peut condamner qui on veut quand on veut, mais la justice a l’obligation de mettre les formes, de faire semblant de respecter les procédures pour donner une crédibilité à ses jugements. On peut faire du théâtre, de la comédie pour prononcer le même verdict au lieu de montrer sa puissance et son omnipotence en maltraitant un prévenu. La pilule passerait mieux, le jugement ne se serait pas celui d’un vainqueur. La justice ne sert pas à opprimer.

Aujourd’hui tout laisse croire que la justice fonctionne de façon mécanique et que la tenue du procès est le seul droit accordé aux prévenus. Quand les juges ne posent qu’une seule question classique et basique à un prévenu classé complice qui se retrouve condamné à une lourde peine, qu’aucun témoin à charge ou à décharge n’a pas été entendu, qu’aucune preuve tangible n’a été apportée à l’audience, on se demande s’il s’agit d’un procès équitable ou d’une mascarade. Une atteinte à la sûreté de l’état est une accusation grave pour être jugée de façon expéditive. Ailleurs, un tel procès peut durer des semaines voire des mois.

Le retour de la confiance des justiciables vis à vis de la justice dépend plus du respect des règles classiques et sacrées d’une procédure judiciaire, des droits des accusés que de l’arrestation systématique de tous les énergumènes politiques. C’est l’abus qu’il ne faut pas commettre pour ne pas partager le sort des régimes antérieurs. On ouvre un boulevard vers le totalitarisme quand la justice se dévie de ses principes d’impartialité et d’équité, quand la justice sert d’autre intérêt que celui de la population et celui du droit.

On ne peut pas redorer le blason de la justice avec des manières qui sont loin de respecter les normes élémentaires requises. On ne peut faire de nouveau confiance à la justice en allant d’un extrême à l’autre en croyant que les mêmes causes ne produiront pas les mêmes effets. Le cercle est vicieux et infernal.

Commenter

Ce formulaire recueille votre nom et adresse e-mail afin que nous puissions valider votre commentaire. Veuillez consulter notre politique de confidentalité afin de prendre connaissance sur la façon dont nous protégeons vos informations.
Je consens à ce que L'Express de Madagascar collecte mon nom et email..

Cliquez pour commenter

Voir aussi