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Chronique

13, 14 et 15 octobre

«Réconciliation nationale». Un des thèmes de la série de conférences en la mémoire du Professeur Zafy Albert dont le 13 octobre, date anniversaire de son décès en 2017, tombait cette année dans un contexte de réactualisation de la date du 14 octobre, autre anniversaire, celui de la proclamation de la République à Madagascar, en 1958.

Qu’entend-on par «Réconciliation nationale»? Le comité éponyme aurait proposé que les Merina demandent pardon pour ce qui se serait passé à Ifandana, chez les Betsileo du Sud, lors d’une expédition militaire sous le règne de Radama 1er (1811). Et les Merina auraient le droit de demander des excuses pour les razzias esclavagistes d’avant 1792-1802, et la troisième réunification de l’Imerina sous Andrianampoi­nimerina ?

L’histoire des naufragés de Tromelin est célèbre : partie de Bayonne, le 17 novembre 1760, L’Utile, une flûte de de la Compagnie Française des Indes Orientales, s’échoue le 31 juillet 1761 sur l’île de Sable, un ilôt désert de 1 km2. Elle transporte des captifs malgaches destinés à être vendus à l’île de France (aujourd’hui île Maurice). Les 122 hommes d’équipage regagnent Madagascar sur une embarcation de for tune, abandonnant 80 personnes sur l’île, avec trois mois de vivres et la promesse de venir les rechercher. C’est seulement le 29 novembre 1776, quinze ans plus tard, que l’enseigne de vaisseau Jacques Marie Boudin de Tromelin, commandant la corvette La Dauphine, sauve les survivants: sept femmes et un bébé de huit mois.

L’archéologue Max Guérout avait monté une mission scientifique (GRAN: Groupe de recherche en archéologie navale + INRAP: Institut National de recherches archéologiques préventives + PACEA/ Université de Bordeaux 1/CNRS) pour des fouilles sur place. Les universitaires, dont l’archéologue malgache Bako Rasoarifetra, s’accordent pour dire que ces gens étaient originaires des Hautes Terres.

Plus loin, c’est-à-dire ici, mais en la même époque troublée, le Roi Andriamasinavalona lui-même avait été fait prisonnier par l’un de ses fils, l’héritier de la principauté du Marovatana, autour d’Ambohidratrimo. Le second réunificateur de l’Imerina fut vendu à des traitants arabes et le Roi était déjà sur la route vers le pays sakalava quand une cotisation du peuple merina put le racheter en chemin. D’ailleurs, à la mort du fils indigne Antananarivo lui refusa une inhumation dans les Fitomiandalana : le Marovatana barra alors les eaux de l’Andriantany et le Betsimitatatra fut inondé, contraignant le Voromahery à lever l’interdit.

«Réconciliation» de qui avec qui, et de qui avec quoi? Par exemple, comment justifier l’existence bien actuelle de nombreux sites en dehors de l’Imerina qu’on dit «Fady Ambaniandro», alors même qu’en certains endroits, le moindre régiment merina n’est jamais passé ; et alors même que tous les autres Foko de Madagascar viennent s’établir à Antananarivo et en Imerina sans aucune restriction ? Philibert Tsiranana, Zafy Albert, Jean Ralaimongo, ont leur buste dans la ville d’Antananarivo dont le fondateur lui-même, Andrianjaka, est curieusement absent. Pourrait-on, autre exemple, envisager le buste d’Andrianampoini­merina chez ses alliés Antemoro de Vohipeno?

L’Histoire n’est ni linéaire ni manichéenne. Avant la traite européenne, il y eut la traite arabe. Et en amont, il existait bel et bien une traite autochtone. Le racisme, de classe ou de race, sinon simplement de la différence, est «tandra vadin-koditra» de l’histoire de tous les peuples. Quelle est la victime innocente, légitime à exiger des excuses de tout le monde, pour chaque détail de l’Histoire majuscule? Qui aura la supériorité morale minimale pour passer au filtre du XXIème siècle les «travaux pharaoniques» qui ont légué à l’Humanité les Pyramides ou la Muraille de Chine? Le temps fait régulièrement son office, mais à réveiller trop souvent des «fota-mandry», certaines blessures ne cicatrisent jamais. L’Humanité a su beaucoup oublier pour se réconcilier constamment avec ellemême.

Post-scriptum: Le 15 octobre est encore un anniversaire, toujours dans la même veine historique: ce jour-là, en 1896, le général Gallieni, faisait fusiller Ratsimamanga, un Andriana, et Rainandriamampandry, un Hova. Pour l’exemple dissuasif contre la rébellion Menalamba. Deux jours auparavant, le 13 octobre 1896, Rasanjy avait été nommé Premier Ministre, officialisant en quelque sorte son nom en générique de la trahison. Certes, l’histoire, sinon la mémoire collective, peut être injuste quand elle met un seul à l’Index à perpétuité mais qu’elle accorde l’absolution à tant d’autres et non des moindres. Encore une «Réconciliation nationale», mais le choix Merino Ambaniandro de «fota-mandry», la boue qui dort.

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