PERSPECTIVES PISCICOLES - Les voyants sont au vert


Faisant partie des filières qui ont été fortement frappées par la crise pandémique, les activités piscicoles sont désormais dans une phase de reprise. Les acteurs de la filière sont optimistes et parient notamment sur les innovations portées par les départements ministériels concernés et les partenaires techniques et financiers, pour progresser. Les difficultés pour les producteurs de se déplacer afin d’écouler leurs marchandises, durant la période de Covid, ont entrainé, pour la filière, des pertes importantes. La crise sanitaire a beaucoup perturbé les activités piscicoles. Dans les principales grandes villes du pays, les poissons sont des produits qui se vendent pourtant assez bien. Désormais, l’heure est à la reprise. D’autant que selon une récente étude, établie en collaboration avec l’organisation IED Afrique (Innovation, développement et environnement), « le risque de saturation du marché du poisson est faible car la demande en poisson est largement supérieure à l’offre » à Madagascar. Les consommateurs, bien que malmenés par l’inflation, sont friands de poissons que les éleveurs produisent en abondance dans les rizières de quelques régions du pays, notamment la carpe commune (Cyprinus carpio) et le tilapia du Nil (Oreochromis niloticus). Ce sont les variétés les mieux adaptées, d’après les études effectuées jusqu’à présent, parmi une vingtaine d’espèces, introduite depuis les années 50, en pleine période coloniale dans le pays. Et selon les analystes, la demande est appelée à croître rapidement. La capitale et ses environs immédiats auraient, à titre d’exemple, besoin d’environ 12 tonnes de poissons par jour, alors que l’offre ne représente même pas le tiers de cette demande. La consommation de produits halieutiques est, pour le moment, estimée à un peu plus de 5 kilos par an par habitant dans la Grande ile. Une consommation très limitée quand on se réfère aux 78,5 kg par habitant des Coréens. Même sur le continent africain, Madagascar est parmi les pays qui consomment peu de poissons. Au niveau mondial, la moyenne de la consommation est, en effet, de 20 kg par habitant par an. Pendant des décennies, l’essentiel de la consommation malgache provient de la pêche. La pisciculture a été inculquée progressivement afin de booster l’offre. La rizipisciculture, l’élevage de poissons dans les rizières, est ainsi devenue une pratique courante chez des paysans de différentes régions du pays, dont le Centre, l’Est, le Centre-Sud (Ihorombe) et les principaux greniers à riz du pays. Le pays compte actuellement environ deux cents producteurs d’alevins pour promouvoir le secteur. Mais il faut également préciser qu’il ne suffit pas de se lancer pour réussir dans cette activité. « Il faut une bonne maîtrise de l’eau, notamment en saison des pluies », explique un producteur. Dans les vallées, il faut absolument se focaliser sur les rizières situées à mi-pente, en raison de leur sol fertile et afin d’éviter les risques d’inondations qui pourraient s’avérer dangereuses pour l’élevage de poissons. Le potentiel est malgré tout énorme, car le pays dispose d’environ 150 000 hectares de rizières propices à la rizipisciculture. Les spécialistes parlent aussi de 160 000 hectares de plans d’eau convenables à la pisciculture. [caption id="attachment_152761" align="alignright" width="583"] La filière piscicole produit actuellement 30 000 tonnes de poissons.[/caption]

Aménagement de zones dédiées

D’une manière générale, l’élevage peut se terminer à la fin de la saison rizicole. Dès la période de la récolte, les poissons sont déjà exploitables, soit pour la vente, soit pour l’autoconsommation. Ils peuvent être également déplacés dans des étangs peu profonds pour faciliter la reprise de l’élevage, à la prochaine saison rizicole. Le phénomène d’insécurité fait aussi partie des menaces pour la pisciculture. Le vol de poissons existe bel et bien. Ainsi, les exploitants agricoles sont parfois contraints de se limiter aux rizières situées à proximité des lieux d’habitation pour l’élevage de poissons. Madagascar compte beaucoup sur sa production piscicole pour doper son économie bleue. C’est dans ce cadre qu’a été lancé le projet de construction de dix Zones d’Émergence Piscicole (ZEP) qui prévoit la production de 27 000 tonnes de poissons, ainsi que des hangars de marché, des unités de transformation et des unités de froid pour le développement de la chaîne de valeurs. On sait, en outre, que l’investissement public au profit de l’économie bleue se renforce. Ces dernières années, les spécialistes de la filière ont toujours plaidé pour que des projets ambitieux portent le secteur de la pisciculture afin d’acter sa véritable émergence. C’est un secteur encore sous-exploité. « La filière est particulièrement prometteuse du fait de son potentiel pour accroître les recettes en devises grâce aux exportations, ainsi que pour sa participation à l’amélioration des revenus des paysans », précise Jean-Claude Rabe, un dirigeant de coopérative. Sans oublier l’apport en poissons pour le marché local, à l’emploi qu’elle génère et à sa capacité à contribuer dans la lutte contre l’insécurité alimentaire. Les futures ZEP sont appelées à transformer la filière. Dans le cadre de l’appui aux petites et micro-entreprises opérant dans la pisciculture, de nombreuses études et autres ateliers ont été initiés. Les rencontres et les réflexions ont été axées sur les perspectives, les problèmes ainsi que les recommandations des professionnels. Les analystes rappellent que les enquêtes menées par la FAO affichent un gap de production de l’ordre de près de 60 000 tonnes pour satisfaire tout juste la demande locale. La pisciculture présente, en outre, des avantages très pratiques. Citons notamment le besoin limité en superficie, la possibilité d’accroître rapidement la production et l’opportunité d’élever plusieurs espèces en même temps. De plus, on soutient que la création des ZEP répond aux trois points toujours soulevés pour que les activités piscicoles puissent se développer rapidement. En premier lieu, le coût élevé du matériel comme les filets spéciaux qui combinent praticité et solidité. Ensuite, il y a les tracas liés à la régularisation administrative des projets. Et enfin, un accompagnement technique et financier mené dans le cadre d’un programme intégré. La filière dispose d’une stratégie nationale pour son développement. Mais les exemples de succès ne sont pas encore assez nombreux. On peut citer parmi les zones les plus prometteuses, Ambatolampy, Manambato et Itasy. Partant de ces constats, des initiatives d’accompagnement des pisciculteurs tendaient alors à se multiplier, à l’instar du Projet d’appui au renforcement des organisations professionnelles et aux services agricoles (Aropa). Notons aussi l’opération de multiplication des Écloseries paysannes de formation. Ces structures ont été implantées afin que les groupes de pisciculteurs puissent se former ensemble aux techniques de production d’alevins. Des espaces de dialogue et d’échange ont été créés afin de favoriser le partage de savoir-faire et de connaissances entre pisciculteurs expérimentés et débutants. Ce sont aussi des lieux d’expérimentation et d’innovation. Du côté du ministère de la Pêche et de l’économie bleue, des réflexions et des descentes sur le terrain ont été opérées avant la mise en orbite du projet. Le Dr Mahatante Tsimanaoraty Paubert a, en effet, programmé de nombreuses visites afin de constater de visu les problèmes rencontrés par les pisciculteurs pour préparer des solutions adaptées et se conformant aux ambitions d’émergence du pays.

Pisciculture Plusieurs organisations en appui

[caption id="attachment_152760" align="alignleft" width="549"] Les formations pour les pisciculteurs se multiplient.[/caption] La filière piscicole bénéficie de plus en plus du soutien des bailleurs de fonds et de l’appui technique et financier des organisations de diverses natures. Le ministère de la Pêche et de l'économie bleue a ainsi attribué un certificat de reconnaissance à l’ONG allemande Welthungerhilfe Madagascar (WHH) grâce au développement du secteur piscicole dans la région Atsimo-Atsinanana. À travers le Programme AFAFI-Sud, WWH et Fiantso Madagascar ont pu développer cent quatre-vingt étangs répartis dans plusieurs fokontany, dans la commune rurale de Soamanova, du district de Farafangana. Le programme compte mettre en place plus de mille trois cents champs écoles paysannes, avec des filières diver­si­fiées, parmi eux la pisciculture. Welthungerhilfe (Aide contre la faim dans le monde), est une organisation qui veille à ce que « les estomacs soient pleins », mais travaille aussi à donner à tous les hommes la possibilité d'assurer eux-mêmes une alimentation saine et durable. Relevons aussi la réalisation des infrastructures de l’Union des coopératives Tilapia Est à Toamasina. Celle-ci a été lancée en 2014, avec l’appui de l’ONG norvégienne « Norges Vel », et regroupe huit coopératives de base composées de quatre cents pisciculteurs. Les infrastructures sont un local technique pour la réception, le lavage et le conditionnement sous glace et sous froid positif des tilapias produits, avec une capacité de stockage journalière de 5 tonnes et un bureau administratif et technique de l’Union des coopératives Tilapia Est. Mais il y a aussi les accompagnements apportés par les entreprises. L’année dernière, par exemple, le ministre Mahatante Tsimanaoraty Paubert a signé un protocole d’accord avec Agrival, dont les objectifs principaux sont d’augmenter la production de poissons d’eau douce de 150 000 tonnes à 200 000 tonnes par an, au lieu des 30 000 tonnes actuels et de professionnaliser le secteur piscicole national. « Pratiquée en étangs ou en rizipisci­culture, cette activité génère d’importants revenus pour les paysans et c’est une source d’entrée de devises grâce aux exportations. Pourtant, à ce jour, la pisciculture reste un secteur sous-exploité dans le pays par faute de structuration ainsi que l’absence de formation et d’équipement de production », explique-t-on à cette occasion. Ainsi, les partenaires se sont convenus et se proposent d’apporter chacun leur savoir-faire et leurs compétences dans la mise en œuvre d’un plan d’approvisionnement d’intrants, d’équipements techniques, de formation et de partage des résultats d’expérimentation au bénéfice des pisciculteurs. Des expérimentations piscicoles sont aussi effectuées dans l’enceinte de la société Agrival à Ambohibao. Un plan de formation piscicole a été conçu, en cohérence avec la Stratégie nationale pour le développement de l’aquaculture à Madagascar et le Plan de développement de l’aquaculture en eau continentale. L’accord prévoit aussi l’appui à la structuration des filières piscicoles, la professionnalisation des acteurs et la promotion de la consommation de provendes pour les poissons.

VERBATIM

Mahatante Tsimanaoraty Paubert, ministre de la Pêche et de l’économie bleue « Il faut développer des solutions approfondies pour progresser vers un taux d’emploi optimal, tout en renforçant les opportunités entrepreneuriales pour les jeunes. D’ailleurs, dans cette optique, le ministère de la Pêche et de l’économie bleue a mis en place des actions concrètes pour améliorer les compétences des jeunes. Des programmes de formation ciblés ont été initiés, notamment dans les secteurs de la pisciculture et de la pêche, afin d’augmenter les compétences professionnelles et d’encourager l’auto-emploi. C’est aussi dans cette perspective que le projet de Zones d’émergence piscicole a été mis en route. » Valérie Zafindravaka, secrétaire exécutif du Programme Fihariana  « Le programme national de l’entrepreneuriat Fihariana a lancé le produit Fia by Fihariana pour permettre aux pisciculteurs de bénéficier d’un prêt allant de 7 840 000 à 184 240 000 ariary, et ce, avec un taux d’intérêt bonifié de 9% par an. La durée de remboursement s’étale sur une période de trente-six mois, au maximum. Nous nous engageons à accompagner les pisciculteurs qui désirent lancer leurs projets en leur offrant, entre autres, une assistance technique, une éducation financière et un appui à la gestion de leurs activités. Ils peuvent être en même temps des coopératives ou groupements de pisciculteurs opérant dans les dix zones d’émergence piscicoles mises en place. Au terme de ce projet, une augmentation de l’ordre de 90% de l’approvisionnement en poissons sur le marché est attendue. »

FILIÈRE PISCICOLE EN CHIFFRES

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