Editorial

Dégêner

Voilà un mot dont le sens est tout autre mais qui est approprié au fait de limoger un DG gênant. On vient donc de dégêner le patron de la Jirama. Nommé en avril 2017 sur appel d’offre, Olivier Aimé Jaomiary n’aura pas réussi à solutionner les problèmes séculaires de la Jirama. Cadre supérieur dans ue socié té de télécommunications en Afrique, on se demande ce qui l’a motivé à s’engouffrer dans cette jungle où la mafia fait la loi qu’est devenue la Jirama en dix ans. Une situation inextricable où d’énormes enjeux financiers opposent l’État et la Jirama aux fournisseurs condamnant les pauvres abonnés à subir les conséquences, sans pouvoir recourir à quoi que ce soit. Depuis vingt ans, la Jirama est devenue le cadre d’un business juteux. Faute d’avoir pu assurer son autonomie à travers les centrales hydroélectriques, la Jirama s’est évertuée à contracter avec des sociétés privées pour l’installation de centrales thermiques pour satisfaire les demandes en énergie aussi bien des entreprises que des particuliers.

Débute alors un cycle infernal qui finira par obérer la Jirama placée sous perfusion pendant la Transition pour être maintenue en vie par gavage par subvention durant le mandat de Rajaonarimampianina. En 2008, pourtant, le bilan de la Jirama était encore nettement positif. Les choses se gâtent quand la Jirama a signé des contrats pour le moins idiots où elle paie ses fournisseurs sur la puissance déclarée et non sur la puissance consommée. Affirmer qu’il y a collusion entre les fournisseurs et la direction de la Jirama est peu dire. C’est d’autant plus vrai que la Jirama payait le gazole plus cher qu’à la pompe. Le pactole que se partagent les acteurs de ce commerce particulier s’élève à des centaines de milliards d’ariary. Mais personne ne sera inquiétée. Du coup la capacité financière de la Jirama est dépassée par le montant de son passif vis-à-vis de ses fournisseurs. L’État est venu à la rescousse injectant chaque année des centaines de milliards d’ariary dans les entonnoirs de la Jirama qui les ingurgite sans que cela améliore ni son portefeuille ni le service fourni aux abonnés. Pire, les bailleurs de fonds ont fini par interdire l’Etat de sauver la Jirama à tous les coups.

Olivier Aimé Jaomiary est venu dans l’intention de nettoyer tout cela, de mettre un peu d’ordre dans la maison. Une mission qui s’avère très vite impossible. Il fait face à de nouveaux problèmes tous les jours dont la grève des syndicats des employés qui réclament sa tête. Il résistera jusqu’à l’arrivée du nouveau gouvernement qui s’implique dans l’affaire. Le Premier ministre s’insurge contre le déséquilibre manifeste du contrat qui lèse la Jirama. Il annonce l’inévitable révision des contrats avec les fournisseurs. Il s’est donné un mois pour tout régler. Le président de la République s’y met également. Mais rien n’y fit. La situation a empiré. Le délestage est revenu plus fort que jamais et les coupures d’eau étendent leur royaume de quelques quartiers chaque jour. Depuis quelques mois, la Jirama fonctionne sur réquisition pour obliger les fournisseurs à livrer du fuel malgré les arriérés qui se chiffrent à des centaines de milliards d’ariary . Aucune issue heureuse n’est perceptible à l’horizon. Le DG a fini par passer à la trappe comme la plupart de ses homologues nommés par le régime HVM. Il est le troisième à être happé par le spoil system après le PCA puis le DGA.

Les abonnés espèrent désormais la fin de la galère après le départ du DG qui est donc selon toute vraisemblance le principal obstacle. À moins que cette saga soit une manière de libérer la voie à un opérateur privé qui va importer du fuel pour la Jirama. Si le DG était le problème, il y a longtemps que la solution aurait été trouvée. Olivier Aimé Jaomiary était le quatrième DG de la Jirama depuis la Transition. Au prochain candidat au suicide par électrocution.

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