Editorial

Refondation

La fièvre Barea est plus ou moins tombée. Les joueurs se sont vu remettre le Chevalier de l’ordre national. C’est plutôt intéressant pour une place en quarts de finale et la sixième place au classement final de la CAN. Dans le passé, une telle distinction a été offerte par le président Tsiranana à Jean Louis Ravelomanantsoa, le finaliste olympique du 100m aux J.O de Mexico en 1968, aux basketteuses championnes d’Afrique en 1970, par Ratsiraka à la nageuse Bako Ratsifandrihamanana pour ses nombreuses médailles aux Jeux Africains du Caire en 1991, par Albert Zafy à Dally et Natacha Randriantefy, médaillées d’or aux Jeux africains de Harare en 1995, par Ratsiraka à Parfait Rakotonindriana champion du monde de boxe savate en 1998….
L’État avait réservé un accueil chaleureux à Jean Louis Ravelomanantsoa et aux basketteuses mais cela n’avait rien à voir avec le retour des Barea, samedi. On a eu la preuve que rien n’est plus fédérateur que le sport. Il ne faut pas aller trop vite en besogne en anticipant que grâce aux Barea, tous les problèmes ont été résolus, tous les différends politiques ont été aplanis. Il ne faut pas rêver au-delà de cette place en quarts de finale. Maintenant il faut savoir perpétuer cette lancée. Cela ne se fera pas à coup de générosité bien calculée ni par une campagne de communication musclée. Il va falloir tout revoir et en finir avec les méthodes artisanales, à l’image de la préparation des Jeux des îles et de la Chan où les athlètes vivent en assistanat et manquent de tout. Alors que les Barea ont été saturés de primes, les athlètes pour les JIOI et les footballeurs de la CHAN ont dû se contenter des subsides de leur ministre coach. Un système aléatoire comme programme de développement alors qu’on s’attend à finir premier.
On empoigne le problème par l’aval avec des solutions pommades comme l’attrait des primes. La réalité du terrain a montré que cela n’avait pas permis de battre la Tunisie.
Il faut d’abord que l’État définisse la place qu’il veuille bien accorder au sport. Loisirs, entretien, performance ou levier du développement.
Pour le moment, on reste dans le domaine du sport loisirs. Si on veut migrer dans le sport de performance, c’est toute une conception, toute une structure qu’il faut revoir. Hélas, dans l’IEM , il n’y a que de bonnes intentions avec la construction d’infrastructures sans une réelle politique cohérente de développement. On ne peut pas prétendre grimper au sommet quand la place du sport à l’école et dans la société est accessoire. Quand l’emploi du temps au niveau scolaire et universitaire ne permet plus la pratique sportive. Quand les terrains de sports sont transformés en marchés ou buildings. Quand l’épreuve d’éducation physique est dotée d’un coefficient décimal aux examens, voire facultative. Quand les cadres sportifs ( PDG ou prof de gym, ou éducateurs sportifs) ne sont pas considérés au même titre que les profs de maths ou de philo. Quand les diplômes d’entraîneur n’ont aucune valeur marchande et servent à orner les murs du salon.
L’État, à travers l’École nationale supérieure de sport, a formé plus d’un millier de techniciens qui auraient dû être déployés au niveau des fédérations en tant que DTN ou entraîneurs mais la plupart sont au chômage.
C’est toute une incohérence qu’il faut réajuster. Les Barea ont remis les pendules à l’heure et ont ouvert les yeux des autorités quant a la puissance du sport performant. Outre ce magnifique élan populaire, il y a eu l’économie générée par les produits dérivés du succès des Barea même si c’est plutôt l’informel qui en a tiré profit faute justement d’une structure professionnelle pour gérer un tel événement. Autrement dit, et n’en déplaise à certaines susceptibilités, il va falloir procéder à une véritable refondation. Comment admettre qu’il faut dénicher vingt-deux binationaux à travers le monde pour arriver en quarts de finale dans un pays de 25 millions d’habitants composés de 65% de jeunes de moins de 25 ans. Pour le moment on s’attend à finir derrière les îles éparses aux Jeux des îles .

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