Chronique de Vanf Opinions

Le bourreau suidé

Antananarivo et Nice sont jumelées depuis le 15 janvier 1962. Pourquoi ne pas avoir écrit une Chronique scandalisée et d’indignation pour les 292 morts de l’attentat de Bagdad (3 juillet 2016), pour les 43 victimes de l’attentat dans l’aéroport d’Istanbul (28 juin 2016), pour les 19 assassinés de l’attentat d’Abidjan (13 mars 2016)   Ce ne fut pas faute d’avoir négligé ces attaques contre notre Humanité majuscule commune, mais la hiérarchie existe bel et bien dans l’émotion : admettons-le, un attentat contre un café à Paris parle beaucoup plus affectivement à des lecteurs malgaches qu’une lâche attaque contre un parc-jardin à Lahore (c’est au Pakistan). Et encore, cette vile attaque contre des enfants de la minorité chrétienne du Pakistan, un jour de Pâques, nous aurait certainement encore plus parlé que les incompréhensibles tueries sanglantes d’intégristes sunnites contre des civils chiites.
À Louxor, le 17 novembre 1997, 68 touristes étaient assassinés par un commando islamiste qui croira accéder au paradis par un suicide collectif. C’était quatre ans avant les attentats contre les tours jumelles de New York. Mais, personne n’y aura prêté attention, parce qu’une vallée de la Haute-Égypte n’est pas New York.
L’enquête révélera que les touristes de Louxor avaient été fusillés et poignardés. Un mode opératoire «rituélique» qui allait devenir tristement célèbre : des enfants étaient les «saigneurs» désignés pour égorger les soldats de l’armée régulière syrienne dans les ruines dévastées de Palmyre ; des illuminés fanatiques déboulent soudain dans les rues des villes occidentales en brandissant une hache, un coutelas, tout objet contondant pour faire et voir couler le sang.
À Nice, ce 14 juillet 2016, c’est un camion qui déboula dans la foule, zigzagua pour mieux faucher et faire des victimes expiatoires presque sacrificielles.
L’islamiste assassin a été tué par la police. Il vaut mieux. On l’aurait attrapé vivant qu’il aurait eu droit à un procès équitable avec droits absurdes de la défense et vedettariat malsain télévisuel. Eut-il été condamné que ce n’aurait été qu’à une perpétuité prétendument incompressible. Et, une fois emprisonné, il aurait encore profité des failles juridiques d’un système complaisant, pour porter plainte contre l’État, et obtenir que ses moments de foutues prières d’intégriste se déroulent à l’abri d’une caméra de surveillance.
Les mots sont définitivement trop mous. La haine, un sentiment presque cordial. La peine de mort, une charité trop facile.
C’est une guerre. Une guerre entre notre Humanité majuscule et cette barbarie qui n’a plus rien d’humain. Un journal anglais a choisi de montrer la photo d’une poupée ensanglantée gisant aux cotés du corps d’une petite fille recouvert d’une feuille d’aluminium. Quels droits de l’homme accorder encore à cette lâcheté qui refuse de s’inscrire dans la logique de nos codes les plus généreux ?
Cette guerre doit être impitoyable. Parce qu’il s’agit pour nous de la survivre. Pas seulement nos valeurs et nos principes, mais notre enveloppe charnelle sans laquelle tout ne serait que vains et bien grands mots. Il faut les détruire, mais comment faire plus mal encore à un kamikaze qui croit mourir en martyr ? Les anéantir en supprimant leur ressort psychologique. Le fanatique islamiste, l’imam salafiste, l’intégriste wahabite, prétend contrarier notre mode de vie : la mixité dans l’espace public, la liberté corporelle et vestimentaire de la femme, le libre-arbitre alimentaire et alcoolique, la joie de vivre ici-bas en attendant un hypothétique paradis de mille vierges. La logique de la guerre voudrait que nous souillions l’idée que le barbare islamiste se fait de lui et de son mode d’accès au paradis.
Dans son roman «Le supplice de santal», Mo Yan décrit avec une cruelle gourmandise la la carrière de fonctionnaires indispensables, mais méconnus, de la Chine ancienne : les bourreaux. Au rythme d’un réalisme magique à la chinoise, c’est force détails de raffinements dont l’objectif est de maintenir le supplicié en vie jusqu’au summum de souffrances. Pour corrompre l’accès du martyr islamiste à son paradis supposé, je propose qu’on fasse fonctionnaires un troupeau de cochons : le terroriste islamiste n’aurait pas droit à un enterrement, mais serait livré à l’appétit d’un bourreau suidé dont la défécation consécutive lui tiendrait de seule épitaphe.

Par Nasolo-Valiavo Andriamihaja