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Chronique

Le gros mot d’après délestage

Dans notre pays, le voisinage salue le retour de la lumière, comme sans doute les peuples anciens accueillaient le soleil après une éclipse, par une clameur de joie. C’est ainsi qu’on sait que le délestage est fini.

Cela se passe généralement après le délestage du début de soirée. Pour l’autre délestage, à 5 heures du matin, les gens doivent être trop occupés à se préparer pour l’école ou le travail, à moins que la pâleur du jour naissant lisse le passage de l’obscurité à la pénombre.

Les anciens d’avant l’électricité, avait-on coutume de dire, «matory miaraka amin’ny akoho» : leur horloge biologique, comme celle des poules, était calée sur la course du soleil. Fée électricité aura permis à l’Humanité de s’affranchir de cette fatalité, et d’animal essentiellement diurne, le genre humain se découvrit des possibilités noctambules.

Je me demande toujours ce que les astronautes voient de Madagascar depuis la station spatiale. Tandis que le Rwanda à l’Ouest, La Réunion et Maurice à l’Est, doivent briller de mille feux, notre île apparaît comme un grand trou noir. Ou un paysclignotant, quelques loupiotes éparses s’allumant et s’éteignant au gré du délestage tournant.

En cet automne austral, il fait encore nuit à 5 heures du matin. Mais, la population, même des villes, aura appris à vivre avec les bonnes vieilles bougies ou des lampes rechargeables. Un peu plus embêtant quand l’eau dans le chauffe-eau (électrique) refroidit après la deuxième douche. Là encore, des succédanés existent, mais des procédés d’un temps qu’on croyait révolu ou auxquels on a uniquement recours le temps de vacances au dépaysement dont la rusticité fait déjà l’exotisme.

Dans notre pays, on sait construire des stades pour assister régulièrement à l’élimination de l’équipe nationale. Panem et circenses en mode des «pains» et des jeux. De quoi en oublier d’investir dans une vraie politique nationale énergétique. L’alizé souffle en permanence, l’ensoleillement est optimal, la mer bat inlassablement nos 5000 kilomètres de côtes, mais notre électricité est essentiellement thermique. Et encore, si le pétrole était local, mais on utilise celui importé depuis l’Arabie, transporté par des tankers de location, et vendu au prix fort par un oligopole de compagnies privées. Il y aurait légitimement à proférer des gros mots, mais on se contentera d’un seul qui fait peur à tout le monde : nationalisation.

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