Notes du passé

Le prestige de l’armée anglaise comme appât

À partir du roi Radama Ier, l’armée merina s’est occidentalisée.

Le gouverneur de Maurice, Sir Robert Farquhar n’a jamais douté que le jeune roi de l’Imerina n’acceptera d’alliance que par le biais d’une démarche d’amitié. Ainsi, il envoie plusieurs émissaires- dont le premier, le vieux traitant Chardenoux que son père, de son vivant, et lui-même ont très bien connu- pour inviter des enfants de sa famille afin de « puiser des connaissances » auprès de lui à Maurice. Radama Ier y envoie ses deux jeunes frères, Ratafika et Rahovy, et quelques hauts personnages de la Cour.

Sir Robert Farquhar espère ainsi que le compte-rendu des deux jeunes gens à leur retour au pays, renforcera l’intérêt du roi merina pour les techniques occidentales. Et effectivement, les deux princes vivent une expérience remarquable à Maurice. Raombana (Histoires ) écrit qu’ils « ont acquis quelques rudiments de culture anglaise. Endoctrinés ou sincèrement convaincus, ils se prennent d’amitié pour leur précepteur, James Hastie, pour leur père Sir Robert Farquhar, et ils se trouvent tout disposés à les aider dans leurs prochaines entreprises auprès du roi des Merina ». Notamment, en ce qui concerne l’abolition de la traite d’esclaves.
Le deuxième émissaire du gouverneur de Maurice, comme l’écrivent Ludvig Munthe, Charles Ravoajanahary et Simon Ayache dans leurs études sur « Radama I et les Anglais » (Omaly sy Anio, 1876), est le capitaine Lesage. Et comme les trois auteurs le font remarquer, il joue une nouvelle carte, « prévue efficace : le prestige de ses soldats ». Il offre ainsi à Radama d’acquérir « bientôt grâce à son appui, une aussi belle armée invincible à Madagascar ». Officier de l’armée britannique, aide de camp du gouverneur de Maurice, Lesage ne connait pas aussi bien la Grande ile comme Chardenoux. « Mais au stade où sont parvenues les négociations anglo-merina, c’est un militaire qui doit mener le jeu », précisent les trois auteurs.

D’après ces derniers, Lesage n’obtient pas encore l’abolition de la Traite, il fera cependant merveille en amenant Radama à signer, le 4 juin 1817, un traité d’amitié, et « en l’engageant de fait, dans des réformes militaires et même une première campagne de conquête vers Tamatave qui le rendront désormais tributaire de l’alliance anglaise ». Mais de son côté, le roi merina fait comprendre ce qu’il veut. Ainsi, résument les trois historiens, dans une ambiance désormais plus confiante, « les intentions des deux parties apparaissent plus claires, les contacts plus faciles, les moyens mieux adaptés ».

Lesage compose d’ailleurs habilement son escorte afin de répondre en tout point à l’attente de Radama lors de leur première rencontre : un médecin, un interprète, des négociants, et surtout trente soldats aux splendides uniformes de l’armée des Indes. Radama, quant à lui, envoie au-devant de lui, quatre-vingts notables entourés d’esclaves porteurs de cadeaux, une foule d’hommes et de femmes somptueusement vêtus. « Tout le monde chante et danse. Les soldats de Radama, tous convoqués, rangés sur deux lignes entre lesquelles passent les Anglais, tirent sans cesse de multiples salves, enveloppant leurs hôtes d’une continuelle fumée. Assis sur son trône, au milieu de ses ministres et de ses gardes, Radama les reçoit de la plus courtoise façon. »

Les pourparlers commencent quelques jours après l’entrée solennelle à Antananarivo, quand Lesage et ses soldats se remettent d’une grave fièvre, « qui emporte d’abord leur infortuné médecin ». Lesage parle de la traite plus longuement que Chardenoux, mais il renonce aussi vite que lui à un engagement précis de la part du roi. « Mais les paroles de Radama semblent contenir une demi-promesse. Elles laissent au moins espérer qu’il pourra envisager une négociation particulière sur ce point, dans un avenir plus ou moins proche. »

Lesage sait aussi couper les discussions par le spectacle de ses soldats « manœuvrant impeccablement » à la grande admiration du roi.
« Radama voit parfaitement désormais ce qu’il va gagner à l’alliance britannique. » Raombana, dans ses Histoires, montre clairement le véritable nœud des négociations qui débutent en 1816 jusqu’au traité du 23 octobre 1817.

« On lui fit bien comprendre que s’il y consentait (à l’abolition de la Traite), s’il passait (avec les Anglais) un traité écrit, il deviendrait bientôt, grâce aux instructeurs que lui laisserait Lesage, maître de tout Madagascar. Ces paroles frappèrent le roi très profondément ; aussi après consultation des principaux représentants de la noblesse et des chefs du peuple, fut-il décidé d’accepter les clauses proposées par le capitaine anglais, car l’idée d’être bientôt en mesure de conquérir tout Madagascar, pour lui seul, agit puissamment sur son esprit, et c’est pourquoi il se résolut à accepter la demande du capitaine nageais, c’est-à-dire de passer avec lui un traité écrit et lui promettre de ne plus exporter d’esclaves de ses États. »

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