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Editorial

Des ardoises effacées

S’endetter pour se passer des dettes. La formule d’une subtilité imparable a été celle de Didier Ratsiraka. Quand il était contraint d’amorcer les premières délicates négociations avec le Fonds monétaire international, FMI, et la Banque mondiale au début des années 80. Cela, après l’échec cuisant de l’économie planifiée, calquée sur le modèle soviétique. En sus, la faillite des entreprises sorties des terres par les fameux investissements à outrance, soutenus par ses amis plus ou moins fréquentables à cette époque où la guerre froide a chauffé l’atmosphère politique en Afrique.

Au bout de cinq ans de révolution nationale démocratique, un prélude au vrai socialisme, les Malgaches manquaient de tout. Faire la queue à l’aube pour avoir un peu de riz, de l’huile, du savon et du sucre. Les belles dames partaient à La Réunion ou Maurice pour ramener des futilités. Des déodorants, des chocolats ou des sous-pulls, très à la mode et en vogue. Un signe extérieur de richesse.

Mais la théorie de Didier Ratsiraka n’a pas empêché son pouvoir révolutionnaire d’être happé par l’engrenage de la dette. Sous la férule du Programme d’ajustement structurel du FMI, une mise au PAS de l’économie, en quelque sorte. Où il était désormais question de libéralisme à petite dose. La bouée de sauvetage venait là où Didier Ratsiraka l’attendait le moins. En visite à Madagascar en septembre 1989, le président français François Mitterrand, a décidé de supprimer une partie des dettes malgaches contractées avec la France, d’un montant de 4 milliards FF.

Selon des indiscrétions qui ont fuité, cette générosité de « Tonton », a été acquise après l’acceptation de Didier Ratsiraka de déporter en France le commandant Richard Hygin Andriamaholison, accusé d’atteinte à la sûreté de l’État en 1976, condamné à la perpétuité en octobre 1983 et purgeait sa peine dans des conditions carcérales déplorables. Marié à une Française, il jouissait d’une double- nationalité, franco-malgache. D’où la crédibilité de cette monnaie de change. La censure étant ce qu’elle était, personne n’a osé dévoiler le dessous de ce secret de polichinelle.

En 2004, Marc Ravalomanana a obtenu de l’Initiative pour les pays pauvres très endettés, IPPTE, de nombreux aménagements des dettes accumulées par les régimes successifs. Par exemple, reports des échéances, rachats par d’autres pays pour financer des projets environnementaux. Un match de football entre les ministres du gouvernement de Me Jacques Sylla et des représentants des organismes internationaux, et des diplomates, au eu lieu au stade de Mahamasina plein comme un œuf, pour saluer cette délivrance.

Aujourd’hui, le coronavirus est venu à la rescousse. Le FMI vient d’alléger le fardeau financier pour affronter dans les meilleures conditions la propagation du mal. Il est attendu que les économies dégagées de tout cela soient allouées à la relance des filières économiques sinistrées. Au lieu d’être affectées à des aides sociales à tout vent aux plus démunis parmi nous.

1 commentaire

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  • quelle conclusion ! le coronavirus une rescousse ! la remise en question des aides sociales, à vous les démunis, vous voilà prévenus ! le cynisme est glaçant, le propos surréaliste