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Laconisme – Les leçons de game of thrones

On connaitra bientôt la conclusion de Game of Thrones après avoir enduré des jours, des mois et des années la torture mentale que nous font subir les spéculations, les différentes théories que la longue attente élabore dans nos têtes. Jamais épilogue n’a été l’objet d’une impatience aussi insoutenable. Hier enfin, le début de la fin, intensément attendue comme le messie, nous a été servi.
Deux ans plus tard, le plaisir de retrouver l’univers de fantasy créé par George R.R Martin et présenté, à chaque épisode, dans le générique culte inzappable et envoûtant qui est devenu le nec plus ultra des génériques, n’a rien perdu de sa puissance captivante. De la recette secrète suivie par l’auteur, on connait au moins une des indications : une bonne dose de violence.
« Ce qu’on ne doit point voir, qu’un récit nous l’expose : Les yeux en le voyant saisiront mieux la chose ; Mais il est des objets que l’art judicieux doit offrir à l’oreille et reculer des yeux. » C’est ainsi que Boileau résume la règle de la bienséance à laquelle le théâtre classique se soumettait. Alors quand un phénomène sans précédent de la pop culture, un des sujets de prédilection de la pop philosophie, Game of Thrones, dans lequel on verse du sang tout en pratiquant l’inceste, frappe par son côté qui fait fi des tabous, se permet de dévoiler la cruauté, habituellement occultée par la censure de la pudeur, on comprend qu’il est plus affilé à Shakespeare qu’au classicisme.
Tout au long des sept premières saisons, l’anatomie des marches du pouvoir s’est présentée nue, scannée en dévoilant un squelette corrompu par la violence. « When you play the Game of Thrones you win or you die. » (« Quand on joue au jeu des Trônes, soit on gagne, soit on meurt. ») disait Cersei Lannister dans le septième épisode de la première saison.
L’objet des obsessions qui plongent l’univers de Game of Thrones dans une interminable guerre civile est le Trône de fer, un siège inconfortable froid et dur, forgé par le roi Aegon Ier avec les épées de tous ses ennemis vaincus. Symbole du pouvoir, aussi ensorcelant qu’hypnotique, qui enivre la raison embrasée de la volonté de puissance.
Ainsi devient-on les spectateurs de la férocité immanente à la conquête et à la conservation du pouvoir. Les décapitations, dont la scène toujours pas digérée de la lame du bourreau Ilyn Payne qui achève Ned Stark dès la première saison, inondent la série. S’exprime alors une cruauté sans borne qui va jusqu’à poignarder le ventre d’une femme enceinte lors des sanglantes noces pourpres qui ont partiellement décimé la famille Stark.
Une violence omniprésente, encore plus pervertie par le fanatisme religieux. Combien ont été traumatisés par l’histoire qui rappelle le destin tragique d’Iphigénie sacrifiée par son père Agamemnon pour que les vents puissent pousser la flotte grecque vers Troie. Dans la saison 5 de Game of Thrones, Stannis Baratheon, un des nombreux rois autoproclamés de la série, conseillé par la prêtresse rouge de son dieu R’hllor, sacrifie sa fille au bûcher. La fin de Shireen Baratheon, brûlée vive comme sacrifice au Seigneur de la Lumière, et le traumatisme vécu par les téléspectateurs, pour qui Stannis Baratheon est à jamais impardonnable, nous conscientisent sur le danger de l’extrémisme religieux dont les plus illustres représentants sont les adeptes de la Foi militante dirigée par le Grand Moineau.
Mais la violence dans Game of Thrones est aussi, selon la philosophe Marianne Chaillan, auteur de Game of Thrones, une métaphysique des meurtres (2016), un sujet qui se trouve au centre des débats entre utilitaristes et déontologistes. L’utilitarisme c’est : « Agis toujours de telle sorte qu’il en résulte la plus grande quantité de bonheur pour le plus grand nombre ». Ainsi pour Tywin Lannister, le carnage des Noces Pourpres, qu’il a commanditées, a une raison utilitariste : mettre fin à la guerre qui dévaste Westeros. Pour un déontologiste « Certaines actions sont moralement interdites, quelles que soient les conséquences ». Tyrion Lannister, fils de Tywin et aussi machiavélien que son père, a pourtant choisi le camp déontologiste : « Démeuré seul avec son fils Tyrion, ils (Tywin et Tyrion) discutent de cet acte qui aux yeux de Tyrion est barbare et contrevient aux lois de l’hospitalité. »
La dernière saison a donc démarré et nous apportera sûrement des surprises ultimes, des rebondis­sements qui alimenteront d’autres discus­sions à caractère philosophique. Mais pour l’instant, profitons de ces 6 (comme le nombre d’épisodes de cette huitième saison) dernières semaines de la série.

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