Editorial

Can…asson

Un tirage au sort a priori favorable. Le Sénégalais El Hadji Diouf n’a pas eu la main lourde en plaçant Madagascar dans le même groupe que le Nigeria, la Guinée et le Burundi pour la phase finale de la Can 2019 en Égypte du 19 juin au 21 juillet. Les deux premiers sont de vieilles connaissances qui se sont frottées aux joueurs malgaches dans le passé avec plus ou moins de bonheur. Le troisième n’a eu qu’une occasion de rencontrer une équipe malgache au niveau des clubs.
Pour sa première participation à la Can, Madagascar peut en principe faire bonne figure surtout avec l’apport de plusieurs joueurs expatriés évoluant dans les championnats européens. Mais il n’y a pas que la qualité des joueurs qui conditionne le succès dans une grande compétition. Il faut d’abord un staff professionnel à tous les niveaux et un programme de préparation adéquat. Ce qui peut justement constituer un sérieux handicap pour les Barea. Justement le coach Nicolas Dupuis ne peut pas s’appuyer sur un staff professionnel sauf peut-être au plan technique. Le plan administratif et logistique reste le néant pour le moment. L’inexistence d’une véritable fédération complique la situation.
Or la préparation devait avoir commencé dès la sortie des groupes. Les entraîneurs du Nigeria et de la Guinée sont par exemple venus à Alexandrie où jouera le groupe B. Histoire de voir le stade, le climat, les hôtels, les terrains d’entraînement et de réserver dès à présent les meilleurs endroits afin de réunir les conditions optimales pour leurs équipes. Là commence la clé du succès. C’est une pratique classique pour toutes les grandes équipes. Pour le moment, personne ne s’en occupe au niveau des Barea. D’ailleurs c’est un travail qui nécessite de l’expérience. On ne peut donc pas désigner quelqu’un au pied levé pour accomplir cette tâche. Il faut un véritable professionnel à l’image du responsable des équipements, du kinésithérapeute, du diététicien, du psychologue, du responsable administratif… Le staff d’une équipe nationale est au moins composé d’une quinzaine de personnes rémunérées selon leurs compétences. On se souvient de l’entraîneur français Rabier recruté pour diriger les Barea en 2010-2011 qui avait exigé tout un staff pro rémunéré au tarif européen. Même son propre salaire n’a pas pu être réglé malgré les engagements de l’État et il était parti sur la pointe des crampons.
Ce n’est donc pas sur le terrain que les Barea risquent d’être battus mais dans les coulisses. Sans véritable staff, il est impossible de prétendre tenir tête à des équipes rompues à la Can comme les Super Eagles et le Sili National. On a vu la grande décontraction, voire l’absence totale de discipline qui a précédé le match retour et la cuisante défaite à domicile contre le Soudan en novembre. Certains joueurs n’en faisaient qu’à leur tête et ont complètement snobé l’organisation mise en place par le fédération et se sont laissés manipuler par des politiciens en mal de voix.
C’est d’autant plus vrai que le programme de préparation des Barea est assez léger pour affûter des joueurs dont les matches officiels sont à la fois l’entraînement, l’occasion de jouer ensemble. Plusieurs test-matches sont nécessaires pour mettre les choses au point, rouler l’effectif et trouver le bon ensemble, le bon tandem. C’est là que le soutien de l’État est nécessaire. Il faut d’abord donner les moyens de bien se préparer à l’équipe et ne pas se contenter de récupérer les bons résultats accomplis avec un miracle divin à l’arrivée. Autrement, on risque de jouer le can…asson dans cette toute première participation.

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