Editorial

Le chaud et le froid

Ils sont partis les uns après les autres. Manandafy Rakotonirina vient d’emboîter le pas au Général Rakotoarison, à Germain Rakotonirainy, Jules Razafindrakoto, Guy Willy Razanamasy, Herizo Razafimahaleo, Gisèle Rabesahala, Andriamanjato Richard, Pierre Tsiranana, Albert Zafy, Ruffine Tsiranana… C’est donc tout un pan de l’histoire qui s’écroule , c’est toute une époque qui s’en va, c’est une page qui tourne. Parmi eux Manandafy Rakotonirina a occupé une place à part. Il a été de toutes les révolutions. Déclencheur des événements de 1972, initiateur du vent du changement de 1991, porteur d’eau de la crise de 2002, opposant des putschistes de 2009, c’est une encyclopédie qui disparaît. Même amputé d’une jambe, Koto n’a jamais abdiqué. Il a toujours honoré les grands rendez-vous politiques.
Sa conviction, son engagement, son patriotisme l’ont souvent conduit en prison ou en résidence surveillée mais cela ne l’a jamais effrayé. Mieux, il n’a jamais gardé rancune ni à Ratsiraka qui l’a mis en résidence surveillée en 1976, ni au colonel Charles Randrianasoavina qui l’avait rudoyé à l’hôtel Carlton en 2010.
L’histoire retiendra de Manandafy Rakotonirina l’archétype du vrai politicien qui vit pour ses idées et ses convictions, qui lutte pour le credo du parti prolétarien qu’il a créé, qui milite pour la lutte des classes. Une idéologie avec laquelle il s’est présenté à la présidentielle de 1989 contre Ratsiraka, et en 1992 .
Teigneux et obstiné, Koto a des qualités indéniables de leader qui a convaincu les cadres intellectuels des années 70 et 80 rassemblés au sein des Rouges et Experts. Il est resté fidèle à son parti jusqu’au bout sans dévier de son chemin, malgré les péripéties et les tentations et les appels des sirènes.
Manandafy Rakotonirina incarne l’image d’un politicien modeste qui n’a ni grande villa ni grosse voiture. Il a toujours vécu dans un HLM à Ampefiloha. Une race dont il était la dernière espèce. Avec lui disparaît une pratique politique dans un parti structuré, discipliné et puissant avec des membres sur tout le territoire national avec un objectif clair et un positionnement sans équivoque. Le MFM était le parti le plus redouté par l’Arema de Ratsiraka. Le Mafana a soufflé le chaud et le froid dans le microcosme politique de l’époque à tel point que l’amiral a préféré « l’amadouer » au lieu de le laisser fronder, son exercice de prédilection.
Le drame aujourd’hui est que tous les grands politiciens sont partis sans avoir pensé un seul instant à se faire cloner. Il n’y a aucune possibilité de relève pour perpétuer les valeurs de la pratique politique de l’époque. Les partis sont aujourd’hui tout sauf une structure pour défendre des idées, débattre les problèmes nationaux, éduquer la population. Quand on voit que plus des 2/3 des candidats aux prochaines législatives sont des indépendants, on doit admettre que les partis politiques sont totalement décrédibilisés à cause de la mauvaise conduite des leaders politiques. À se demander si on doit encore permettre l’existence de ces particules complètement inutiles, germes de la corruption et de la déliquescence de l’État.

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