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Notes du passé

La « puissance protectrice » pour guider la Grande ile

Au début de 1894, alors que le débarquement et la conquête de Madagascar ne sont pas encore décidés, le gouvernement français projette un nouveau traité avec la «Reine des Hovas ». Cet accord est publié en 1979, dans la revue historique Hier et Aujourd’hui , N°10. Il comporte onze articles et propose dans le premier article que le gouvernement de la République française déclare assumer le protectorat immédiat et exclusif de l’ile de Madagascar. « Il en garantit la défense contre toute attaque venant de l’extérieur et se charge de veiller, à l’intérieur, au maintien de l’ordre public. »
Selon le projet de traité, la « puissance protectrice » pour ne pas dire « colonisatrice », est représentée dans l’ile par le général commandant en chef, revêtu provisoirement des pleins pouvoirs militaires, politiques et administratifs. Son quartier général est, « jusqu’à complète pacification, établi en Imerina » (art.2).
La reine des Hova conserve, sous ce titre, et par délégation personnelle de la « puissance protectrice », l’administration directe des territoires compris « dans un polygone » dont les sommets sont approximativement marqués par les villes de Malatsy, Vohilena, Ampara­faravola, Beparasy, Ivohitrambo , Alakamisy, Vohibola, Midongy, Tsiroanomandidy et Tampomanandrarina, et dont les limites seront fixées dans un délai maximum de (…) mois, de manière à utiliser, autant que possible des lignes naturelles de démarcation. Mais aussi, « elle exercera dans toute l’étendue de ce territoire et sous la réserve des stipulations qui suivent, les droits de souveraineté » (art. 3).
L’armée royale dissoute sera substituée par une « force militaire permanente indigène » d’un effectif total de 8 000 hommes, dont 2 000 gendarmes et 1 000 du corps des douanes. La « puissance protectrice » de cette force militaire consentira à assurer l’organisation et le commandement des militaires de son armée, à qui elle fournira l’habillement et l’armement.
En garantie de remboursement de ce dépenses militaires, « S.M. la Reine concède jusqu’à nouvel ordre, à des agents de la puissance protectrice, la direction et le contrôle du service des douanes qu’elle établira sur les frontières du royaume et donne en gage les trois places de Vohilena, Ambohidratrimo et Fianarantsoa, qui seront occupées militairement et administrées exclusivement par des agents français » (art.4).
À « puissance protectrice » exercera le contrôle direct des relations politiques du royaume, soit avec les puissances européennes, soit avec les autres États malgaches. « À cet effet, le résident général ou un haut fonctionnaire français délégué par lui, aura la direction de l’Office des Affaires étrangères » (art. 5).
À l’article 6, il est prévu que le royaume sera doté d’une Constitution appropriée aux
traditions nationales et offrant les garanties essentielles nécessaires au gouvernement d’un peuple chrétien. Les lois existantes seront révisées dans le même esprit. « La sanction du résident général devra être obtenue avant leur promulgation. »
À l’article 7, par mesure d’ordre et en vue d’accélérer la pacification qui est dans les désirs de la reine et de la « puissance protectrice», « nul étranger ne pourra pénétrer ni circuler dans le royaume, s’il n’est pourvu d’un passeport dûment visé par les autorités et sous les formes qui seront ultérieurement déterminées ».
Des conventions spéciales règleront les relations commerciales du Royaume avec la « puissance protectrice » et avec les territoires voisins, détermineront le mode d’établissement des services publics d’un intérêt commun à l’ile entière et notamment ceux des postes, des télégraphes, de la frappe et de la circulation des monnaies. « S.M. la Reine s’engage à faciliter par tous les moyens en son pouvoir, la construction et l’entretien des voies de communication jugées nécessaires au commerce, extérieur et intérieur, et au maintien de l’ordre et de la sécurité dans le Royaume. »
Dans l’article 9, le libre exercice de tous les cultes chrétiens, du culte islamique et du culte israélite est garanti sur tout le territoire du Royaume. Aucun obstacle ne sera apporté à l’exercice du ministère des divers clergés, sous la réserve que leur action s’exerce exclusivement dans le domaine religieux et, s’ils sont de nationalité étrangère, qu’ils soient pourvus de permis de séjour visés par la chancellerie d’une des résidences françaises et renouvelables annuellement.
Les honneurs seront rendus « en toute circonstance » à la Reine par les représentants de la « puissance protectrice », conformément aux dispositions déjà prises. Elle « aura droit, à l’entrée et au départ dans toute place de garnison occupée par les troupes françaises, à une salve réglementaire de dix-neuf coups de canon ».
Enfin, la « puissance protectrice » assumant la charge de la défense extérieure et du maintien de l’ordre intérieur, il ne sera établi ou réparé des travaux de fortification qu’en vertu d’un accord préalable avec le résident général.

Texte : Pela Ravalitera – Photo : Archives personnelles

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