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Antananarivo – Mineure, orpheline et prostituée

Une orpheline se prostitue pour financer la scolarisation de son frère. L’ONG MYE l’aide à abandonner cette profession.

Soloniaina (le prénom a été changé) a 17 ans. La jeune fille se prostitue du côté d’Andravoa­hangy depuis deux ans. Elle a commencé à 15 ans, contre son gré. Son père est décédé en 2010 et sa mère, quand elle avait 14 ans. « Je ne voulais pas faire ce métier, mais mes parents sont décédés. Personne ne s’occupe plus de moi ni de mon frère, depuis leur décès. Des membres de la famille me demandent d’abandonner ce métier, mais ils ne paient même pas les frais de scolarité de mon frère, je suis donc, obligée de rester dans la rue, le temps de trouver mieux », témoigne la jeune fille.
Elle y gagnerait 10 000 ariary par jour. « Je ne reste pas dans la rue toute la journée. Je quitte les lieux dès que je trouve un peu d’argent, pour payer le loyer, pour acheter à manger, mais surtout pour payer les frais de scolarité de mon frère et assurer qu’il ait un peu d’argent de poche », dit-elle. Son jeune frère, qui ne sait rien de son métier, est en classe de 5e, dans un collège public à Antana­narivo-ville. Elle repose tout son espoir sur lui. « Sa réussite est la seule chose qui compte pour moi, actuellement. Sans diplôme,  je ne peux me permettre d’avoir de grandes ambitions. Mon objectif est de quitter ce métier et de trouver une autre source d’argent », renchérit Soloniaina.

Réinsertion professionnelle
Des mineures comme Soloniaina dans la profession de sexe, commenceraient à gagner du terrain, selon les doléances reçues au sein de la commune urbaine d’Anta­nanarivo. Il y aurait d’autres formes de prostitution. « À part celles qu’on trouve dans la rue, il y a aussi des lycéennes qui enlèvent leur blouse bleue et montent dans une voiture d’un “homme riche”, à la sortie de l’établissement », explique un responsable au sein de la CUA.
L’Organisation non gouvernementale Madagascar Youth Education (ONG MYE) tente une opération de réinsertion professionnelle des femmes prostituées. Elle met en œuvre une activité génératrice de revenues (AGR), avec un fond de 400 000 ariary par bénéficiaire, en moyenne. Le nombre des bénéficiaires de ses activités est de 150 actuellement. Soloniaina fait partie des rares « professionnelles de sexe » mineures à profiter de ce programme.
« Je veux monter une petite épicerie et arrêter d’aller dans la rue », ambitionne la jeune fille. Selon Tojohery Ramaro­mandranto, directeur exécutif de l’ONG MYE, c’est un travail de longue haleine que de ramener ces femmes dans une autre voie. « Sur les 45 femmes avec lesquelles on a commencé le projet, 50 % ont repris le chemin de la prostitution. Il faut beaucoup d’éducation et renforcer l’accompa­gnement pour atteindre les objectifs », conclut-il.

Miangaly Ralitera