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Eau précieuse

L’eau c’est la vie. Une leçon qui a été bien implantée dans le cerveau « savant» d’homo-sapiens qui l’a tant de fois digérée que son omniprésence a fini par la rendre insipide. Ce n’est que quand l’eau se fait rare que cette richesse, dont l’abondance a engendré l’erreur qui l’a dévalorisée au profit de l’or et d’autres pacotilles, est enfin vue comme le plus précieux des trésors à préserver. À trop vouloir s’attacher aux feux des plaisirs éphémères qui étouffent la terre en ce moment avec leurs avatars que sont, entre autres, cette pratique archaïque de la culture sur brûlis, les fumées nocives qui constituent désormais l’essentiel de l’atmosphère urbaine, l’eau déserte de plus en plus ce milieu qui lui est devenu hostile.

Sur les réseaux sociaux, se diffuse ce film de la fuite de l’eau. La sècheresse, associée habituellement au sud, semble s’étendre et poursuivre une marche vers la désertification générale. Voir des images des lacs ou des fleuves qui ont été abandonnés par l’or bleu, des rizières qui semblent supplier que tombe la précieuse ressource, est maintenant aussi traumatisant que subir le visionnage des vidéos des actes criminels les plus abjects. Car l’eau est, elle aussi, la victime d’un crime abominable qui se commet, pourtant, encore quotidiennement : le massacre infreinable de la nature dont on purge maintenant la peine prononcée par le tribunal naturel. La raréfaction de l’eau n’est qu’une des sanctions issues de ce procès que la nature intente contre l’humanité.

Doris Lessing a raconté, dans son Roman Mara et Dann (1999), les pérégrinations de deux adolescents qui errent dans un continent africain du futur totalement mortifié par la sècheresse. Fruit de l’imagination de la romancière ou vision prophétique d’un monde qui semble emprunter, inexorablement, la route de la désolation. L’homme, poussé par ces tendances suicidaires inconscientes qui chassent, petit à petit, l’eau de sa planète, devient une menace pour lui-même et peut être la cause principale de son extinction vers laquelle on semble s’acheminer sauf si l’argent dépensé en organisation des différentes COP servait enfin le monde que ces dernières prétendent vouloir sauver.

Encore impassible, malgré l’avant gout de l’enfer que nous font connaître les morsures atroces du soleil qui sévit avec de plus en plus de mordant, l’être humain doit pourtant ingérer la peur. Car la peur doit être présente pour rétablir l’ordre dans ce monde où, sans crainte, ces criminels qui menacent l’avenir du genre humain continuent de brûler la terre nourricière. C’est cette appréhension de l’avenir, pour l’instant pas en faveur de la présence future de l’eau sur terre et, par extension, de la survie de l’humanité, qui doit maintenant gouverner nos actes. Une utilité de la peur que le philosophe Hans Jonas appelle « Heuristique de la peur ».

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