UKRAINE - Madagascar condamne la guerre mais reste neutre


Le Premier ministre donne de plus amples explications sur la prise de position de Madagascar aux Nations Unies, mercredi. Il affirme que malgré ce vote, le pays reste neutre. Une réponse diplomatique. À entendre Christian Ntsay, Premier ministre, Madagascar veut ménager la chèvre et le chou sur la question de la guerre en Ukraine. En réponse à la presse, hier, en marge d’un double événement à l’hôtel de ville d’Ananalakely, le locataire de Mahazoarivo a déclaré, «nous condamnons la guerre entre la Russie et l’Ukraine, dans son ensemble, mais nous ne prenons pas parti, ni pour l’un, ni pour l’autre». Madagascar fait partie des cent quarante-trois pays qui ont voté en faveur d’une résolution de l’Organisation des Nations Unies (ONU), condamnant les référendums organisés par la Russie, pour l’annexion de quatre régions ukrainiennes. Jusqu’ici, le ministère des Affaires étrangères n’a pipé mot sur la question. C’est donc le chef du gouvernement qui s’est mouillé face à la presse, hier. Selon Christian Ntsay, la position de la Grande île sur la guerre en Ukraine reste la neutralité. «Madagascar n’a pas du tout changé d’avis. Notre politique diplomatique est claire, nous ne pouvons pas prendre parti pour un tel ou un tel. Nous avons posé comme principe que notre priorité est l'intérêt du pays», explique le Premier ministre. Les revendications de la rétrocession des Iles éparses se trouvent, de prime abord, en toile de fond de la prise de position à New York. «Nous sommes également victimes d’une occupation illégale de notre territoire. Il est légitime que nous prenions cette position et refusions l’atteinte à l’intégrité territoriale d’un pays», ajoute le Premier ministre. La résolution adoptée à l’ONU mercredi est intitulée «Intégrité territoriale de l’Ukraine : défense des principes consacrés par la Charte des Nations Unies». Selon un article publié sur le site d’information de l’ONU, la plupart des pays qui ont voté pour l’adoption de cette résolution ont affirmé «voter pour la charte des Nations Unies». La souveraineté et l’intégrité territoriale, suivant les valeurs onusiennes sont justement les principaux arguments de Madagascar dans ses revendications de rétrocession des Iles éparses. Égalité de considération Les débats et différentes prises de position internationales en matière de souveraineté et d'intégrité territoriale, dans le contexte de la guerre en Ukraine, confirment les revendications malgaches sur les Iles éparses pour les observateurs. À la tribune des Nations Unies, le 21 septembre, Andry Rajoelina, président de la République, a déclaré, «(...) nous espérons pouvoir compter sur le soutien des Nations Unies pour parvenir enfin à une solution concertée, juste et apaisée». La dernière résolution onusienne sur les Iles éparses date de 1980. L’ONU avait affirmé «son regret», sur le fait que la résolution de 1979 n’a pas été suivie d’acte et a demandé que «cela soit effectif de façon urgente». Dans la résolution de 1979, les Nations Unies ont demandé à la France d’initier «sans tarder», des négociations avec Mada­gascar «pour la réintégration des îles qui ont été séparées de Madagascar de façon arbitraire». La Grande île avait obtenu gain de cause, essentiellement, avec le soutien des pays non-alignés. Il est probable que la prise de position de Madagascar aux Nations Unies, mercredi, soit accueillie avec satisfecit par ceux qui soutiennent l’Ukraine. La réponse du Premier ministre, hier, pourrait aussi être une manière de ne pas froisser les Russes. L’autre ligne de la politique diplomatique de Madagascar est, en effet, la coopération tous azimuts. Mais, la Russie est aussi la seule grande puissance à avoir affirmé officiellement son soutien aux revendications de Madagascar pour la rétrocession des Iles éparses. Réagissant au vote de mercredi par un communiqué publié hier, et partagé par son ambassade, le ministère des Affaires étrangères russe assène, «les déclarations des États-Unis et d’autres membres de l’OTAN [Organisation du traité de l’Atlantique Nord] concernant l’attachement au droit international ne sont rien d’autre qu’une manifestation de doubles standards (...)». Madagascar escompte de la communauté internationale, notamment, des Occidentaux, une égalité de considération sur l’application du principe de l’intégrité territoriale d’un État et l’appel à son respect sur le dossier Iles éparses. Un diplomate affirme, toutefois, que les chances pour que d’autres grandes puissances ou des États européens se dressent officiellement contre la France dans cette affaire, sont quasiment nulles.
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