Editorial

Prison virtuelle

En voilà une bonne idée. La mise sous contrôle judiciaire au lieu de la détention préventive. La mesure a été appliquée à quelques uns des suspects de l’affaire de fuite de sujet au baccalauréat. La justice estime que leur implication est plus ou moins relative dans cette triste affaire qui a entaché l’examen du baccalauréat. Ils sont tenus de ne pas quitter la capitale et de se présenter à la justice hebdomadairement. Autrement leur liberté est limitée mais on a là le sens clair de la liberté provisoire. La mesure a ceci de positif qu’elle évite un surencombrement des prisons où les conditions de détention sont inhumaines sinon dégradantes. Ensuite, il évite à beaucoup de personnes dont la culpabilité est discutable d’éviter la douloureuse peine de prison avec toutes ces conséquences pour leur famille et leur entourage. Qu’on le veuille ou non, c’est un passage qui marque dans une vie surtout si on est innocent. On a beau dire que la prison est une exception, le fait est que les prisons abritent beaucoup plus de détenus qu’il n’en faut avec une grande majorité en détention préventive dont certains sont là depuis plusieurs années sans jamais avoir été jugés comme l’a constaté Amnesty International.

Le président de la République a annoncé procéder bientôt à gracier les détenus ayant commis des délits mineurs dans le but justement de désengorger les prisons et de remettre en liberté ceux qui ailleurs auraient droit à une liberté sous caution. Une bonne initiative qui devrait être accompagnée d’une réelle volonté d’en finir avec les détentions préventives abusives et insensées à l’endroit des voleurs de poulet ou des voleuses de shampoing dans un grand magasin. Il y aura toujours plus de délinquants en herbe que de chenapans graciés dans cette pauvreté. Pour cent naissances au quotidien, quatre-vingt-dix sont condamnés à un sort qu’il n’aurait pas souhaité. Dès leur naissance, des milliers voire des millions d’enfants n’ont pas de copie d’acte d’État civil donc voués à vivre dans la rue, vivier du banditisme.

La détention préventive est la manne nourricière de la corruption dans le monde judiciaire. La justice peut ainsi redorer son blason, regagner l’estime et la confiance des justiciables si la détention préventive est réservée seulement à ceux qui le méritent réellement. L’État fait ainsi d’une pierre deux coups. Assainir la Justice et essaimer les prisons.

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