Accueil » Chronique » Kéré sur triste tropique
Chronique

Kéré sur triste tropique

Sur Europe 1, j’ai entendu un sujet sur la famine qui frappe les populations dans l’extrême Sud de Madagascar. Sauf que, encore une fois, Madagascar est victime de son peu de notoriété. L’annonce était théâtrale: à croire que ce sont les 25 millions de Malgaches qui meurent de faim. Bien entendu qu’il faut se préoccuper du cas de ces populations sans tomber dans les excès, d’abord de la généralisation, ensuite de la folklorisation.

Madagascar, une Grande île, immense, 585.000 km2. Ce n’est pas comme si le 9.3 de Saint-Denis était toute la France. Ni l’ensemble de Bruxelles à l’image du quartier de Molenbeek. Même si tous les pays nordiques arborent la même croix scandinave sur leur drapeau, je doute qu’on puisse faire l’amalgame obligatoire entre le Danemark, la Suède, la Norvège, la Finlande ou l’Islande. Tout aussi absurde de globaliser un générique «Afrique» alors que les 50 États continentaux composent des Afriques, d’ailleurs malmenées par les frontières artificielles au cordeau. Et quand les nationalismes gallois, écossais ou irlandais, s’accommodent de plus en plus difficilement du «fourre tout» britannique, il serait respectueux de l’identité de chacun de les considérer avec le plus grand souci de précision.

Tandis qu’en Imerina, sur les berges de la Sisaony, on suivrait en temps réel les crues à Ampitatafika, dans une zone de confluence des eaux, entre rive gauche de l’Ikopa (certes) mais (aussi) rive droite de la Sisaony. Au Sud, très au Sud, la sécheresse peut sévir dans l’Androy, Ambovombe et Amboasary. Madagascar, île-continent, étirée en longueur et latitude.

Dans une Chronique du 24 février 2020, j’avais imaginé un «projet présidentiel»: celui d’un aqueduc de la solidarité qui alimenterait un gigantesque pipeline à destination du Grand Sud malgache. Via la dépression d’Ivohibe, ce couloir naturel encaissé entre, d’une part Vangaindrano ou Farafangana, et d’autre part Ihosy, on pourrait acheminer un peu de l’eau en abondance dans le Sud-Est pour humecter tout le pays au Sud du Tropique du Capricorne.

Il eût fallu que l’épine dorsale de Madagascar s’inclinât un peu plus vers le Sud-Ouest, afin que les fleuves des hautes terres finissent par se perdre en delta dans ce Grand Sud, orphelin d’un immense lac artificiel. Si seulement, dans la dérive des continents, Madagascar avait pu glisser beaucoup plus au Sud, mettant l’extrême Nord de l’île à la latitude de Sydney, Le Cap ou Buenos Aires. Hiver doux et été tempéré, mais surtout pluviométrie abondante.

Car, le vrai problème reste climatique et environnemental. Dès 1941, un article scientifique sur les climats de Madagascar avait rendu un verdict que ne contredira certainement pas le réchauffement climatique: «Tout le Sud-Ouest de l’île, au Sud d’une ligne allant du cap Saint-Vincent à Fort-Dauphin, est une région semi-désertique. Les pluies y sont insuffisantes. La température moyenne reste élevée. L’évaporation est énorme. Cette situation tient à ce qu’en hiver, la région est entièrement prise dans la zone des hautes pressions tropicales, d’où divergent les vents secs tandis qu’elle est en été «sous le vent» de l’alizé E.-S.-E.»

Un autre «projet présidentiel» moins utopique, planterait un corridor forestier juste sur le Tropique du Capricorne pour transformer les dunes de sable en rizières et champs d’oliviers. Les Israéliens l’ont bien fait dans le désert des Kibboutz.

Parmi sa deux centaines de publications sur Madagascar, Henri Perrier de la Bathie avait commis en mars 1934 un article sur «Les famines du Sud-Ouest de Madagascar. Causes et remèdes». Le problème n’est certainement pas récent. Mais, le retard accumulé aggrave chaque jour un peu plus le drame humain.

Comme un marronnier, j’avais pu également déjà écrire que ce Tropique du Capricorne traverse de nombreux déserts: l’Atacama au Chili, le désert de Namibie, le fameux Outback australien. Dompter l’eau des cyclones pour arroser le sable. Impensable, impossible, utopique et absurde. Dans son énormité faussement désinvolte, cette boutade résume l’enjeu dans le Grand Sud de Madagascar.

Commenter

Ce formulaire recueille votre nom et adresse e-mail afin que nous puissions valider votre commentaire. Veuillez consulter notre politique de confidentalité afin de prendre connaissance sur la façon dont nous protégeons vos informations.
Je consens à ce que L'Express de Madagascar collecte mon nom et email..

Cliquez pour commenter