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Notes du passé

Différents niveaux de vie des Français à Tana

Sous la colonisation, la célébration du 14 juillet est notamment marquée par un défilé des troupes sur l’avenue Fallières (aujourd’hui de l’Indépendance).

En 1968, Antananarivo compte quelque dix sept mille étrangers. Et si la majorité des Malgaches ne disposent que d’un pouvoir d’achat modeste, parfois très faible, il serait également faux de croire que tous les membres de la minorité étrangère vivent dans l’aisance. « Des riches et des pauvres existent parmi eux, bien que la moyenne des revenus soit tout de même plus élevée que la moyenne malgache »,  écrit Gerald Donque, enseignant-chercheur dans une étude sur la population et la société tananariviennes en 1968.

En outre, d’importantes différences existent entre eux, selon leur race et leur nationalité. L’auteur distingue ainsi cinq grandes catégories d’étrangers : les Français, les Comoriens, les Karana (Indiens, Pakistanais et apatrides d’origines indienne et pakistanaise), les Chinois et les autres Occidentaux.

Les Français constituent la communauté étrangère la plus nombreuse, mais aussi la plus diversifiée. Ils se différencient d’abord par leur origine. Une bonne partie d’entre eux vient de La Réunion, plus rarement de Maurice, ou de Madagascar même. Le reste vient de la Métropole (la région parisienne et l’Ouest breton notamment, mais aussi le Sud), parfois des départements antillais, d’Indochine ou du Maghreb. « Ces deux dernières catégories résultent de l’exode des Français d’Indochine une dizaine d’années plus tôt, ou du refoulement des Français de souche algérienne en 1965. »

Beaucoup de Français, bien qu’ils ne soient pas Zanatany ou « fils du pays » (nés dans l’île), y sont cependant installés depuis longtemps. Gerald Donque cite le cas de sept cent soixante dix Français nés en France qui résident à Antananarivo depuis au moins trente ans, et de trois cent quatre vingt deux autres depuis une quarantaine d’années. Avec les Zanatany, ils constituent un groupe de huit mille personnes (sur un total de dix sept mille en 1962), « solidement implantées à Madagascar et, dans l’ensemble, ne songeant pas à rentrer en Métropole». Néanmoins, la malgachisation des cadres du secteur public, les nouvelles mesures qui limitent désormais à six ans le séjour, dans un même pays, des assistants techniques français et qui font partir de Madagascar ceux qui ont plus de quatorze ans de service, atténuent ce caractère d’ancienneté de l’implantation des Français à Antananarivo.

Ensuite, une différence dans le niveau de vie est constatée. « On aurait tort de croire que tous les Français d’Antananarivo jouissent d’un haut niveau de vie.» Beaucoup son t du genre « petits Blancs », citadins que « le faible degré d’instruction et l’absence de qualification professionnelle » écartent des postes à haut salaire. Gerald Donque parle de 1,3 % d’illettrés parmi la population française et de « 12,3% du reste qui n’a pas atteint le niveau de l’enseignement primaire » ! Il s’agit surtout de Français de souche ou de Réunionnais contraints par là d’accepter des emplois subalternes de plus en plus réduits avec la malgachisation des postes.

Tout cela amène l’enseignant-chercheur à catégoriser les Français d’Antananarivo en trois groupes, mis à part le personnel diplomatique et consulaire et les familles de militaires. Il y a, primo, les assistants et conseillers techniques ainsi que les assimilés des administrations malgaches, surtout de l’enseignement, aux « traitements assez hauts » ; secundo les industriels, grands commerçants et cadres supérieurs des firmes au niveau de vie très élevé ; tertio, les petits salariés du commerce et de l’industrie, cadres subalternes, ouvriers et employés des entreprises tananariviennes… Les deux premières catégories jouent un rôle considérable dans l’administration et l’économie tananariviennes et malgaches. « Un rôle hors de proportion avec leur importance numérique, héritage de la colonisation et du sous-développement qui ne semble pas devoir cesser bientôt. »

Les Français de la capitale sont bien acceptés des Malgaches. Aucune ségrégation n’a jamais existé, « au moins en droit », et leur logement s’insère dans les quartiers où les Malgaches sont toujours les plus nombreux. « Néanmoins, les rapports avec ces derniers sont assez rares, autrement que sur le plan professionnel. » D’ailleurs, lorsqu’ils existent, ils se situent au niveau des classes les plus aisées et les plus occidentalisées de la société nationale. Car « pour le petit peuple, le Français demeure le patron » !

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