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Transport régional – Business lucratif des passeurs clandestins

Les places dans ces camions de marchandises valent de l’or . 

Décuplés, de 40 000 à plus de 500 000 ariary. Les frais de transport en partance d’Antananarivo pour remonter vers la région Nord du pays ne sont plus à la portée du premier venu. Ils sont près d’une vingtaine de rabatteurs à s’attrouper du côté de la gare routière Maki pour guetter d’éventuels voyageurs désireux de fuir la capitale. « Êtes-vous en quête d’une autorisation de sortie ? Nous pouvons vous la procurer. Nous avons des véhicules sur lesquels vous pouvez voyager sans histoire sur la RN 4 », chuchote l’un d’eux.

D’autres proposent de ramener de potentiels voyageurs à l’ancien stationnement d’Ambodivona pour discuter avec les responsables des camions de marchandises. Ces derniers, qui sont libres de circuler à travers le pays, sont devenus les principaux arguments des passeurs clandestins pour persuader les voyageurs à court d’alternative. Pourtant, il est désormais strictement interdit, à tout véhicule de sortir et d’entrer dans ces régions, même pour les véhicules en possession d’une autorisation délivrée par le Centre de commandement de la lutte contre le coronavirus.

« Ma demande d’autorisation de sortie de la capitale a été refoulée par deux fois, par les autorités compétentes. C’est alors que des rabatteurs m’ont convaincu de recourir à ces moyens réprimandables contre un montant total de 300 000 ariary pour arriver à destination », témoigne un habitant du Nord de l’île bloqué à Antananarivo. Ce dernier s’est embarqué à bord d’un camion de marchandises à destination d’Antsohihy. Contrôlé à un barrage sanitaire au niveau d’Ankazobe, il est resté bloqué dans cette localité pendant deux jours.

Facture salée

« C’est grâce à la location d’un véhicule appartenant à une autorité locale que nous avons pu reprendre la route jusqu’à Mahatsinjo. Location qui nous aura coûté près de 200 000 ariary. De là nous avons pu rejoindre Ambondromamy à bord d’un autre véhicule de location appartenant, encore une fois, à une autre autorité locale. Un tronçon de route qui nous aura coûté cinq cent mille ariary. Ce n’est qu’à Ambondromamy que nous avons pu trouver un taxi-brousse pour nous conduire à notre destination finale pour cinquante mille ariary », rajoute le voyageur. Sans compter les frais d’hébergement et de nourriture. Au total, il aura dépensé un peu moins d’un million d’ariary pour arriver à destination, en déjouant les blocus sanitaires sur la Nationale 4 et 6. D’autres chauffeurs de camions de marchandises proposent la place de deuxième aide-chauffeur à plus de 150 000 ariary aux voyageurs clandestins.

Alors que les autorisations de circuler- hormis pour cause de funérailles, d’évacuation sanitaire, ou d’ordre de mission claire pour les agents de l’État- ne sont plus délivrées, et les passeurs clandestins y trouvent leur compte. Sans parler des nombreux autres voyageurs qui n’ont pas pu passer les barrages et dont les frais de transport ont tout même été empochés par les passeurs et les rabatteurs clandestins.

Pour rappel, plusieurs véhicules ont été mis en fourrière dont plusieurs taxi-brousses et des voitures particulières, qui ont été pris en flagrant délit de transport de passagers en sortant clandestinement d’Analamanga. Au début du confinement, on se rappelle de la ruée vers la demande d’attestation de circulation auprès du CCO Covid-19. Après le déconfinement partiel et les mesures y afférentes, on a constaté des signes concrets de relâchement. La Police nationale a ainsi averti que de sévères sanctions seront appliquées à l’encontre des contrevenants.