Accueil » Notes du passé » Les prisonniers politiques sous le régime PSD libérés
Notes du passé

Les prisonniers politiques sous le régime PSD libérés

Étudiants, enseignants, travailleurs, tous dans le même combat.

Les Notes poursuivent ce jour, les séries des évènements marquants l’après-Indépendance. Le samedi 27 mai 1972, le général de division Gabriel Ramanantsoa présente les membres de son gouvernement, des hommes « choisis pour donner l’exemple de l’austérité, de la discipline et de l’intégrité, des militaires et des techniciens », précise-t-il. Ce qui devra se concrétiser par le nettoyage de l’administration en luttant contre la corruption.

Il ajoute qu’avec les chefs de province déjà en place, « les ministres reflètent l’Unité nationale ». Unité nationale dont le président Philibert Tsiranana demeure « le symbole », souligne le chef du gouvernement en répondant à la question des manifestants de la Place du Treize-Mai, et « il n’est pas bon qu’il s’en aille et se démette de ses fonctions de président de la République, d’autant qu’il m’a déjà donné tous les pouvoirs ».

Ces premières semaines à la tête du régime transitoire lui permettent de prendre des décisions politiques. Après la libération d’André Resampa, c’est au tour de Régis Rakotonirina et ses camarades d’activisme d’être libérés, le 16 juin 1972. Et le 18 juin, Monja Jaona, grand patriote du Sud, et cent trente trois membres de son parti, le Monima, passent leurs premiers instants de liberté à Toliara, au milieu d’une foule de partisans et d’admirateurs.

Parallèlement, pour le bien du pays, la vie politique sera mise en sommeil, lance le général Gabriel Ramanantsoa, lorsqu’il livre l’ébauche de son programme d’actions sur la Place du Treize-Mai. Une annonce que « la foule compacte, massée au tour du légendaire podium, salua glacialement sur le moment », indique le chroniqueur Randria­marozaka de la Revue de Madagascar. Mais, ajoute ce dernier, après quelques mois de recul, bien des citoyens en comprennent toute la signification. Depuis 1958, explique-t-il, « la politique a opéré des miracles à bon marché ». Autrement dit, elle a fait de nouveaux riches, dont la plupart « n’ont ni la volonté ni la qualification nécessaire pour faire marcher à souhait les affaires du pays ».

Néanmoins, les grands partis politiques existants restent prêts pour reprendre leur rôle. Ils font une mutation et se transforment en simples organisations. Ainsi, par exemple, le PSD devient PSM, l’AKFM devient KDRSM… À la demande des grévistes, en effet, le gouvernement de militaires et de techniciens ne restera pas longtemps au pouvoir et laissera la place à un gouvernement composé entièrement de civils. Selon le ministre des Affaires étrangères, Didier Ratsiraka, au moment de son départ pour Rabat pour participer à la Conférence au sommet de l’OUA, début juin 1972, l’une des raisons de cette mise en sommeil de la politique politicienne, est la volonté du chef du gouvernement « de mettre l’unité nationale à l’abri des luttes intestines des factions politiques ».

Le général Gabriel Ramanan­tsoa, qui ne veut pas être perturbé par des manifestations incessantes, résume ainsi les réformes réclamées par les manifestants: « C’est une tâche ardue, mais exaltante. Elle ne peut être menée à bien que si l’ordre et la raison triomphent des querelles périmées, des ambitions sordides et des jeux stériles de la politique qui nous a déjà fait tant de mal. »

Et dans un autre discours, il renforce cette idée : « Je sais compter sur la compréhension de tous pour que ne soit pas perdu de vue l’intérêt primordial que j’attache, avec mon gouvernement, à l’instauration d’une nouvelle éthique, dont la sérénité ne s’accommode pas de la politique et exclut toute velléité de désordre. »

Comme autre nouveauté que le gouvernement Ramanantsoa compte apporter, il veut se pencher plus spécialement sur les conditions des populations les plus défavorisées. Notamment des jeunes. Les évènements de mai 1972 démontrent que de jeunes Tananariviens, « pris hâtivement et injustement » pour des voyous irrécupérables, sont en réalité, des personnes dignes de considération, capables de prouver qu’ils ont quelque chose à apporter pour bâtir une nation nouvelle. Ils sont portefaix, débardeurs, sans occupations précises. Leur terrain de prédilection est Analakely. Mais on les retrouve dans les autres quartiers populeux de la capitale.

Ils revendiquent l’appellation collective de ZWAM, « Zatovo western amicale malagasy » ou Amicale des jeunes westerns malgaches. « Très imagé et riche, leur argot est à la mode parmi les jeunes. » Ils sont appelés pour représenter à part entière, les petites gens et les nécessiteux au sein du Comité commun permanent exécutif du mouvement de grève (KIM).

Le gouvernement Ramanantsoa place, enfin, son gouvernement sous le signe du dialogue, « car il est indispensable que chaque citoyen apporte sa contribution à l’œuvre d’édification que nous entamons. Mais qu’il n’oublie pas que ses droits sont limités par l’intérêt général. »

Commenter

Ce formulaire recueille votre nom et adresse e-mail afin que nous puissions valider votre commentaire. Veuillez consulter notre politique de confidentalité afin de prendre connaissance sur la façon dont nous protégeons vos informations.
Je consens à ce que L'Express de Madagascar collecte mon nom et email..

Cliquez pour commenter

Voir aussi