Notes du passé

La préséance d’Andriamisara

Une vue de « Alan’Andriamisara », la Forêt d’Andriamisara.

Combien d’Andria­misara y at-il dans l’histoire de Mada­gascar, à demande la psychosociologue Syzy Ramamonji­soa ? Et qu’est-ce qui opposent étrangers vahiny et maitres de la Terre Mananadabo ? (lire précédente Note). Pour répondre à cette
dernière question, elle passe au crible les traditions orales du Menabe.
Selon celles-ci, Andriamisara serait le fils d’Andriamandazoala. Ce dernier est réputé pour être un « étranger » (vahiny) venu du Sud-est. Et c’est de lui qu’est issue la dynastie des Maroseranana, de par son mariage avec une fille d’Andrianalimbe qui est un maitre de la terre hirijy. « il a dû apporter de nouvelles techniques du Sud-est où déjà avaient eu lieu des mélanges avec les arabisés temoro ».
L’auteure explique que son nom « Celui qui flétrit la forêt » décrit, selon la tradition sakalava, ce qui le caractérise. Andria­mandazoala introduit une technique agricole qu’il a dû apprendre aux maitres de la terre pasteurs et nomades. Il les aide à devenir sédentaires parce que la nourriture obtenue à partir du tavy, suffit à les fixer au même endroit.

Andrianalimbe a alors deux filles. C’est l’ainée Ravolafeno que rencontre en premier Andria­mandazoala. Il en conçoit un violent désir et la demande en mariage à Andrianalimbe, mais ce dernier refuse. Il rencontre par la suite la cadette, Volamary. Il en devient amoureux et la demande en mariage. Andrianalimbe accepte et Volamary devient sa première épouse. Andriamandazoala et Ravolafeno sont cependant encore amoureux l’un de l’autre et ils continuent à se fréquenter et à la fin, Ravolafeno tombe enceinte avant sa cadette. Elle met au monde Andriamisara. Sa sœur cadette tombe elle aussi enceinte et donne naissance à Andriamandresy.

Les traditions orales relatent qu’Andriamisara ne règne pas, qu’il n’assiste même pas aux réunions du Conseil des Sages organisés par son père et qu’il préfère faire de la sculpture et s’initier aux pratiques divinatoires. Les deux frères, dit-on, sont enterrés dans le Menabe, mais c’est Andriamandresy qui est le roi régnant. Donc c’est dans sa descendance que normalement, on aurait dû prendre les rois qui se succèdent au pouvoir dans le Menabe. Mais chaque fois qu’il y a invocation des ancêtres royaux, Andriamisara passe en premier et l’invocation s’énonce ainsi : « Par Andriamisara et Andriamandresy ! » On voit ainsi la place occupée par Andriamisara.
Suzy Ramamonjisoa indique que, si l’on considère les lois établies par les maitres de la terre du côté de la mère, « c’est lui le véritable ainé ». Mais si l’on examine, en revanche, les règles de succession du côté du père, c’est Andria­mandresy, fils de la première femme légitime, qui est l’ainé et c’est lui qui passe en premier au devant de cette loi édictée par son père qui est « étranger ». Et c’est la descendance d’Andria­mandresy qui aurait dû hériter du pouvoir politique par le biais paternel.

La descendance d’Andria­misara hérite par le biais maternel du pouvoir religieux. La croyance que les ancêtres royaux reviennent pour aider les vivants est une croyance qui existe déjà chez les maitres de la terre. « Le transport des reliques, dady, chaque fois qu’une guerre avait lieu, était déjà pratiqué par les maitres de la terre parce qu’on pensait que les ancêtres aidaient au combat quand ils étaient présents. »

Les traditions sakalava sur le culte des dady et l’appel du tromba sont relatées par le observateurs comme ayant dû apparaitre à la période d’Andriamisara et d’Andriandahifotsy. Notons que la psychosociologue signale que le mot tromba a trois acceptions. La première est la force, jery ou hasina en merina émanant d’un roi quand il est retourné à l’état d’ancêtre, Zanahary. Le roi défunt devient objet de culte et sa force, tromba, peut se manifester. La deuxième signification parle de la personne sur laquelle repose le tromba ou qu’il possède. Cette personne est aussi appelée saha ou champ. Et enfin le terme veut dire les divers rituels tels les réunions, liturgies, invocations en son honneur, avec chants, instruments de musique, litanies aux ancêtres, encens, etc. pour que le tromba se montre et parle. Et d’après l’auteure, « les trois acceptions sont souvent confondues, mais c’est surtout la première qui est vraie». Les descendants d’Andria­misara sont appelés. Ce sont eux qui portent les reliques des rois successifs du Menabe, chaque fois qu’il y a un changement de résidence royale, par exemple sous Andriandahifotsy et sous Andriamandisoarivo, et à chaque Bain royal ou Fitampoha.

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