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Bemiray – Jean-Michel Hoerner – « Tout le monde veut moins de touristes mais qui paient plus »

Le Pr Jean-Michel Hoerner a reçu le prix 2006 d’Eurhodip, une association internationale ayant  pour objectif principal de favoriser la qualité, la vitalité  et la réputation de l’enseignement et de la formation  du tourisme et de l’hôtellerie.

À travers une interview qu’il a réalisée il y a quatorze ans, mais qui reste d’actualité, Tom Andriamanoro fournit quelques pistes pour développer le tourisme à Madagascar. Il évoque également, dans cette fournée du Bemiray, le problème de l’approvisionnement en électricité. Donc autant de grains à moudre pour nos dirigeants qui ambitionnent de rattraper, en cinq ans, le retard de développement de cinquante-neuf années de notre pays.

Jean-Michel Hoerner, professeur d’université spécialiste
de tourisme.

Plus qu’une journée et l’International Tourism Fair Madagascar (ITM), édition 2019, fermera ses portes. Pour rester dans ce contexte du voyage, il ne serait pas hors de propos de reprendre dans ces colonnes une interview de Jean-Michel Hoerner, doyen de la Faculté de Tourisme de Perpignan, réalisée en 2005 par Tom Andriamanoro. Certaines vérités du tourisme restent, par-delà le temps qui passe. Extraits.

Monsieur le doyen, au début des années 1960, Madagascar avait le choix entre, d’une part, créer une compagnie aérienne nationale avec ce que cela suppose comme acquis techniques, et ouvrir tout grand son ciel en misant sur l’hôtellerie. Elle a choisi la première option, était-ce une erreur ?

Prenons l’exemple de Maurice. Quand, au tout début, elle a lancé le tourisme sans compagnie nationale, 90% des recettes revenaient dans les pays émetteurs. La création d’Air Mauritius a permis d’en garder plus de la moitié. À cette époque, le choix d’avoir une compagnie nationale était fondamental. Mais les choses ont aussi évolué dans l’hôtellerie. Il y a des emplois de base, des emplois intermédiaires de techniciens et de techniciens supérieurs, et de plus en plus d’emplois de direction jusqu’au general manager. Le tourisme est devenu une industrie où les concurrences sont très fortes, où les problèmes de rentabilité existent. Comme dans toutes les industries, on y a aussi besoin de haut de gamme. Et n’oubliez pas qu’aujourd’hui le monde aérien fait partie de l’industrie du tourisme.

Parlons de la formation de ces cadres supérieurs appliquée au cas de Madagascar…
Quand j’ai commencé à former des gens en France en 1991, j’ai eu tous les professionnels contre moi, comme quoi on n’a pas besoin de bac+4 ou de bac+5. Finalement tout le monde s’y est fait. L’objectif serait donc que Madagascar puisse disposer de cadres nationaux qui seront les vrais piliers du tourisme, car étant les plus à même d’appréhender certains aspects de la société et de la pensée malgaches. Les plus motivés aussi pour ce qui est du développement, non seulement de leur entreprise mais aussi de leur pays. Le directeur du marketing de (la chaîne hôtelière) Mercure m’avait dit un jour que le problème n°1 au niveau de l’encadrement c’est l’interculturalité.

Le Pr Jean-Michel Hoerner a reçu le prix 2006 d’Eurhodip, une association internationale ayant
pour objectif principal de favoriser la qualité, la vitalité
et la réputation de l’enseignement et de la formation
du tourisme et de l’hôtellerie.

Quel serait le cursus à suivre ?
À Madagascar, l’enseignement du tourisme est lié au ministère du Tourisme. C’est aussi le cas de l’Espagne, mais pas de la France où il relève de l’Éducation nationale. L’idée serait de partir de structures existantes comme l’INTH (Institut national de tourisme et d’hôtellerie), et de demander à l’Université de s’y associer. Le diplôme devrait être un Master 1 ou 2 pour respecter ce qui se fait partout dans le monde. Des Universités, comme la mienne ou celle de Grenoble, seraient a priori partantes dans ce genre d’entreprise. Le corps enseignant rassemblerait des universitaires, des enseignants de technologie touristique, des professionnels, sans oublier les échanges d’enseignants entre pays. Aux meilleurs étudiants serait proposé un premier semestre dans un Master 2 en France avant d’entamer ici même le second semestre et le dernier stage. C’est important car l’industrie touristique va de pair avec la mondialisation, et il y a encore à Madagascar une professionnalisation qui demande à être étoffée.

Pouvez-vous expliciter votre idée d’un « développement pensé » ?
L’action à mener est claire : un, former les managers avec un enseignement approprié. Deux, que les professionnels réfléchissent à la meilleure démarche pour élever le niveau du tourisme, et il n’y a pas de raison que cette recherche soit laissée aux gens de l’extérieur.

Quel est le profil d’hôtel et, par extension, de tourisme dont Madagascar a besoin ?
Je pense que Madagascar n’a pas à se poser ce genre de question. L’essentiel est de contrôler les implantations, éviter le saccage de l’environnement, et respecter les populations dans leur authenticité.

La 8è édition de l’ITM se tient au CCI Ivato du 13 au 16 juin.

Est-ce une bonne chose d’avoir une approche quantitative des arrivées touristiques, ne vaut-il pas mieux avoir un nombre de touristes limité, mais à haute valeur ajoutée ?
Tout le monde veut moins de touristes mais qui paient plus. C’est l’idéal. Mais, entre cet idéal et la réalité, on est quelquefois obligé d’en accueillir plus, quitte à subir une certaine gêne. C’est le cas d’un pays que je ne nommerai pas, qui en reçoit 13 millions. On y rentre sans rien remplir, sans visa, et ces 13 millions de touristes ont complètement changé le visage du pays.

Le tourisme n’est-il pas générateur d’un monde parallèle dont l’opulence est perçu comme une insulte au regard de la pauvreté de certain pays récepteur ?
J’ai fait ma thèse sur le sous-développement, et en tant que chercheur j’ai souvent travaillé au milieu de gens très pauvres. J’ai parfois eu l’expérience ou la sensation de ce genre de contradiction. Mais pensons à ce qui s’est passé après le tsunami. Certains se sont dit que ce n’est plus possible que des touristes viennent encore dans des endroits où il y a eu tant de morts. D’autres, au contraire, étaient
d’avis que, pour les rescapés, la vie continue, et qu’ils doivent retrouver au plus vite leur travail. Vu sous cet angle, même les plus pauvres sont finalement contents qu’il y ait une activité rémunératrice et créatrice d’emplois comme le tourisme.

Jean-Louis Thémis Randriantiana
a été élu Chef de l’année 2008 au Québec.

Rétro pêle-mêle

2005. Le Chef Dybala, un ancien professionnel allemand de la cuisine, occupe sa retraite à bourlinguer de pays en pays. C’est ainsi qu’avant l’Ouzbekistan il est resté deux mois à Fianarantsoa où il a principalement formé des formateurs. Comme il aime le répéter, dans l’hôtellerie et le tourisme ce sont les petits détails qui font les grandes différences.
2008. Jean-Louis Thémis Randriantiana, ancien apprenti cuisinier au Madagascar Hilton poursuit sa carrière au Canada où il est élu par ses pairs « Chef de l’année 2008 » du Québec. Chef Thémis, comme on l’appelle dans son pays d’adoption, enseigne l’art culinaire à l’Institut national de tourisme et d’hôtellerie de Québec, et travaille également pour une chaine de télévision.

La centrale thermique à fuel lourd d’Ambohimanambola approvisionne, en partie, en électricité la capitale.

Électricité en Afrique – Un courant alternatif

Tous les pays africains ne sont pas le Maroc ou l’Afrique du Sud qui ont pu retenir et appliquer la solution des petites centrales nucléaires pour contribuer à la production de leur électricité. À voir l’histoire de cette électricité en Afrique, on constate que le problème énergétique a longtemps été une plaie. Par son poids dans les coûts des facteurs, il a retardé d’autant le développement en faisant fuir les investisseurs. Il fut un temps, par exemple où, au Sénégal, les délestages de la Sénélec ont été une des plus grosses épines au pied des gouvernements successifs. Au Kenya entre 1999 et 2001, les entreprises ne disposaient que de trente-deux heures d’électricité par semaine. Le Bénin a, lui aussi, déjà connu des périodes sombres au sens propre du terme, avec une obligation d’alterner les heures avec et sans électricité.

Madagascar doit miser sur l’hydroélectricité et le solaire.

Démotivation
Dixième plus gros producteur de pétrole au monde avec ses 2,5 millions de barils par jour, le Nigeria a assez de ressources pour alimenter toute sa sous-région pendant une éternité. Malgré un potentiel hydro-énergétique abondant, c’est aujourd’hui encore, le pays d’Afrique qui consomme le plus de groupes électrogènes. La dichotomie établie parfois hâtivement entre pays producteurs de pétrole et pays non producteurs, entre le thermique et l’hydraulique n’est pas toujours justifiée dans les faits. Des pays comme le Cameroun ou le Ghana, qui ont opté pour l’hydraulique, ont à un moment ou un autre souffert autant que les autres.
Deux raisons ont toujours été pointées du doigt : la vétusté des infrastructures, et les problèmes de gouvernance, entrainant la démotivation du personnel et l’ampleur de la corruption et des fraudes. Au Nigeria toujours, on avait à un certain moment estimé les pertes annuelles à 800 millions de dollars, du seul fait de l’inefficacité de la National Electric Power Authority (NEPA), surnommée la « Société de production d’obscurité »… Madagascar n’a pas fait exception. Mais il a le soleil, l’eau et le vent qui sont autant d’alternatives intarissables, et le temps est venu pour qu’il s’y intéresse. Que la lumière soit, et la lumière fut. Une vérité aussi vieille que la Genèse ?

Le Qatari Nasser Al-Attiyah et le Français Mathieu Baumel, vainqueurs du Dakar 2019 couru en Amérique latine depuis 2009.
Le pilote japonais Hiroshi Masuoka, vainqueur du Dakar 2002, devance l’Allemande Jutta Kleinschmidt
lors de la dernière étape du rallye
auto-moto, courue autour du Lac Rose (boucle de 69 km).

Sport automobile – Les quarante ans du Dakar

Le méga-raid créé en 1979 par Thierry Sabine fête cette année ses quarante ans. On se souvient encore que, sur ses trente ans célébrés en 2009, flottait une bien triste atmosphère de fin de quelque chose, un peu comme si on dépouillait le Dakar de sa substance pour lui permettre de continuer à être couru. Finis les arrivées vrombissantes des machines sur les rives du Lac Rose qui doit son nom à sa teneur en sel, un des hauts-lieux du tourisme sénégalais. Fini la parade de clôture dans les rues de Dakar. À partir de cette année, le Dakar cessait d’être africain pour devenir Dakar sous les Andes, là-bas en Amérique latine. La raison de ce changement de continent était l’assassinat de quatre touristes français en Mauritanie, un pays traditionnellement sur la trajectoire de la course. Le nouvel itinéraire ne manquait pas de difficultés, donc d’attrait et de charme : une boucle de 9 000 kilomètres entre Argentine et Chili, dont 6 000 de spéciale à travers le désert d’Atacama, la Cordillère des Andes, et la Patagonie. La direction de la course n’excluait pas un retour en Afrique quand le contexte géopolitique et la situation sécuritaire le permettront. Un retour s’apparentant à la ligne d’horizon puisque, à la place des immensités africaines, l’avenir du Dakar est déjà tracé dans les dunes du Moyen-Orient.

Lettres sans frontières – Qui te délivrera Algérie ?

Un foyer proche et lointain éclairait l’espace. Les champs grésillaient. Un immense cheval bondit vers le ciel et hennit. La vieille terre se tut. Et le feu blanc s’éteignit.
Les cigales seules continuaient sans défaillance à creuser le jour de leur tarière.
– L’as-tu vu, le cheval qui a traversé le ciel ?
– Non, Commandar. Il ne pourrait y avoir de cheval qui vole. Tu rêves. Les flammes qui tombent du ciel te tournent la tête. Et tu vois des choses.
– Toi, tu n’as rien vu. C’est pourquoi tu parles comme ça.
Omar s’étendit à l’ombre déchiquetée d’un olivier. Pour quelle raison n’avait-il rien vu ? Commandar lui raconta ce que les fellahs avaient observé au cours d’une nuit :
« La lune d’été écumait au-dessus des abîmes noirs qui s’ouvraient entre les monts. Ce n’était plus la nuit. L’air, la terre resplendissaient. On pouvait distinguer chaque touffe d’herbe, chaque motte. L’air, la terre et la nuit respiraient d’un souffle imperceptible. Soudain, un bruit de sabots frappant le sol se répercuta à travers la campagne. Tous les fellahs se dressèrent sur leur séant. Le bruit se rapprocha encore. Ce fut comme un tonnerre roulant d’une extrémité à l’autre de la contrée. Plus aucun fellah n’avait sommeil. Certains qui s’étaient installés devant leurs gourbis virent sous les murailles de Mansourah un cheval blanc, sans selle, sans rênes, sans cavalier, sans harnais, la crinière secouée par une course folle. Un cheval sans selle ni rênes dont la blancheur les éblouit. Et la bête prodigieuse s’enfonça dans les ténèbres.
Quelques minutes à peine s’étaient écoulées, et le galop retentit de nouveau, martelant la nuit. Le cheval reparut sous les remparts de Mansourah. Il fit une seconde fois le tour de l’antique cité disparue. Les tours sarrazines profilaient leurs ombres intenses dans la clarté nocturne. Galope, cheval du peuple ! » Omar s’endormit dans l’herbe ardente. Commandar murmura pour lui tout seul dans une réflexion entêtée.
« Et depuis, ceux qui cherchent une issue à leur sort, ceux qui cherchent leur terre, qui veulent s’affranchir et affranchir leur sol, se réveillent chaque nuit et tendent l’oreille. La folie de la liberté leur est montée au cerveau. Qui te délivrera, Algérie ? Ton peuple marche sur les routes et te cherche ».

 

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