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Editorial Opinions

Sens dessus des sous

Report de la hausse des tarifs de la Jirama, reprise de l’envoi des gens de maison dans l’enfer de certains pays du Golfe. Pour des cadeaux à l’occasion du 56 me anniversaire de l’indépendance, difficile de trouver mieux.
Alors que le FMI s’est félicité de la décision de l’Etat de réviser à la hausse les tarifs en vigueur de la Jirama, le Président s’est rétracté conscient des conséquences socio-économico-politiques d’une telle décision. Une hausse serait malvenue dans la conjoncture actuelle où la popularité du régime Rajaonarimampianina tend vers moins l’infini. Elle pourrait même être la cause d’un vaste mouvement social de contestation pouvant dériver vers des objectifs politiques. La hausse est d’autant plus injustifiée que la qualité de service offert par la Jirama est déjà nettement en dessous des montants des tarifs actuels. Le délestage est quasi-permanent alors que la facture reste au même chaque mois même si la plupart des abonnés ont recours à un groupe électrogène, à l’énergie solaire, au réchaud à pétrol , à l’éolienne ou à une bougie .
Reste à savoir jusqu’à quand le tarif actuel sera maintenu étant donné que la hausse fait partie des conditionnalités du FMI pour le décaissement des fonds promis à l’issue de la réunion du conseil d’administration en juillet. Il faut s’attendre à ce qu’elle soit appliquée sitôt la fête nationale passée. Ce qui est certain c’est qu’il s’agit d’un sursis pour les usagers mais la punition, c’en est une, sera effective d’ici peu. C’est d’autant plus certain qu’il faudra amortir l’acquisition par une société pétrolière de la nouvelle centrale thermique d’occasion de l’EDF à l’arrêt à la Réunion. Les lendemains s’annoncent ainsi davantage difficiles pour la population qui ne sait plus à quel saint se vouer.
La solution est peut-être la migration, fut-elle vers l’enfer et l’attrait de l’illusion des pays du Golfe et du Moyen-Orient. A défaut de pouvoir créer des emplois en masse, impossible sans une industrialisation et l’arrivée de grands investisseurs, l’Etat a décidé de lever la suspension de l’envoi des domestiques à l’étranger malgré tous les risques encourus et les tortures subies par les candidates. Des mesures assorties de conditions adéquates selon le ministère de l’Emploi et de la formation professionnelle mais on sait que quelles que soient les précautions prises, il s’agit d’abord d’une affaire de gros sous entre les agences de placement d’ici et d’ailleurs sans oublier les autorités qui délivrent les autorisations et les visas de sortie. La filière est tellement juteuse qu’un ancien ministre avait carrément ignoré la décision prise par le gouvernement en continuant d’autoriser les départs.
Malgré les cauchemars et les drames vécus par les candidates à « l’exil doré », la reprise de la migration fera sans nul doute l’objet d’une ruée après un gel de quelques années. L’offre est largement supérieure à la demande. Reste à savoir comment se fera le tri étant donné que le ministère de l’Emploi a imposé certaines conditions entre autres la maîtrise de la langue du pays d’accueil en l’occurrence l’anglais ou l’arabe. Un obstacle dirimant pour beaucoup de candidates dont le niveau d’étude ne dépasse pas le primaire.
Au lieu de chercher des solutions pérennes au chômage, l’Etat continue ainsi à faire dans la facilité et à primer la médiocrité sinon le populisme même si certaines décisions peuvent être assimilées à un crime contre la nation  à l’image du recrutement massif d’enseignants qui sont presque du même niveau que les domestiques. On l’a compris, l’Etat doit faire des sous pour augmenter sa recette. L’argent n’a pas d’odeur, l’important c’est sa valeur .

Par Sylvain Ranjalahy