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Opinions Texto de Ravel

Choyer les symboles

« L’indépendance n’est pas un état de chose. C’est un devoir », annonce Václav Havel dans son livre  Méditations d’été. L’acquisition de l’indépendance de notre pays a nécessité des sacrifices humains dont nos générations actuelles n’ont plus vraiment souvenance ni notion d’ampleur. Les nationalistes, qui ont combattu afin qu’en 1956 la loi-cadre Defferre soit acceptée par la France, ont compris qu’il fallait assumer le devoir sacré de rébellion pour arracher la liberté de notre Nation.
Pour mémoire, cette loi-cadre a permis le suffrage universel et l’élection du président de la nouvelle République de Madagascar. L’acceptation par les Malagasy par référendum de faire partie de la Communauté française laissa néanmoins à la « mère-patrie » une large mainmise sur la vie économique, la défense, les relations internationales et les ressources de Madagascar. En 1960, grâce au vent mondial de la décolonisation, notre île obtient une pseudo-indépendance, à l’instar des autres anciennes colonies de la France en Afrique. Tout un symbole pour des millions de Malagasy. Mais finalement, l’emblème n’était que pure utopie. En vérité, cette émancipation tant espérée n’était que la façade d’une nou­velle tactique géopolitique internationale de circonstance, permettant une forme « moderne » d’assujettissement des pays anciennement colonisés. À cette situation de manipulation, les réponses extrémistes depuis la deuxième république ont fait plonger notre pays dans une pauvreté de plus en plus cuisante.
L’on ne peut renier l’histoire, mais des leçons doivent être prises. Le déni des responsabilités de chacun n’est nullement une solution. Si une véritable émancipation n’a jamais vu le jour, c’est que des devoirs n’ont pas été remplis. Michel Polac rappelle que « ces droits dont on jouit si peu, nous ont surtout imposé des devoirs ». À l’heure actuelle, c’est l’engagement de tout un chacun pour un réel développement de notre pays, qui importe. Car tous les maux que nous vivons après cinquante-six années d’affranchissement ne sont pas la seule responsabilité de nos dirigeants, de notre ancien colonisateur ni des autres puissances mondiales. C’est ainsi que je me permets de contredire Jean-Charles Harvey. « L’indépendance! Vain mot! On dépend toujours de son milieu » pense-t-il. Car notre milieu, c’est nous qui le façonnons, c’est notre devoir de le changer et de lutter pour son amélioration vers notre idéal commun.
Chacun à son niveau, par les moyens qu’il a (financiers, compétences, matériels, connaissances, etc.) peut et doit être un acteur de changement positif. Il n’y a ni grands ni petits actes citoyens, toutes les initiatives sont louables et doivent être des sources d’inspiration pour les autres. L’indépendance est un état, un combat de tous les jours et non un acquis à mettre dans les placards et à ressortir une fois par an à travers des festivités
souvent inutiles. Chérir sa patrie c’est choyer des symboles qui rendent vivantes notre
libération, notre culture, nos valeurs. C’est, par exemple, connaitre par cœur l’hymne national, connaître la signification du drapeau de notre nation. C’est également connaître notre histoire, nos racines. La souveraineté c’est avoir sa terre dans la peau, dans la tête et dans les actes.
Cela implique des actions et des engagements au quotidien, des gestes simples mais ayant des significations fortes. Bien parler le malagasy, choisir d’acheter autant que possible les produits locaux, s’intéresser à la vie de la nation, partager les points positifs que nous vivons, adopter une vie citoyenne en apprenant à nos descendants nos valeurs, notre culture.Choyer les symboles c’est redonner vie à la liberté qui a été si chèrement payée par nos patriotes morts durant la colonisation. Il est aussi important de se remémorer qu’il n’y a pas de hasard. Cela dit, nos dirigeants gagneraient plus à mettre en avant nos symboles et nos valeurs pour le bien de la postérité, plutôt qu’en persistant dans des initiatives farfelues.

Par Mbolatiana Raveloarimisa