Editorial

Mauvais sénat… rio

Fernand Jeannot entre dans la légende. Il est le premier sénateur déchu de l’histoire de toutes les républiques. La faute en est à la Constitution et à la Haute Cour Constitutionnelle. Alors que jusque là les parlementaires retournent leur veste à qui mieux mieux sans que cela constitue un crime, voilà le pauvre Jeannot voué aux gémonies pour avoir choisi l’écurie gagnante au détriment du Tim qui l’a fait sénateur. En 2015, quand Christine Razanamahasoa alors députée Mapar avait déposé la même requête à la HCC contre ses pairs partis rejoindre le camp du HVM contre espèces sonnantes et trébuchantes, acte interdit par l’article 72 de la Constitution, la HCC avait sèchement répondu que les députés n’étaient pas la propriété de leur parti et ont liberté totale de choisir leur allié.
Le même article s’applique aux sénateurs élus ou désignés. Fernand Jeannot pensait donc être à l’abri d’une déchéance et avait même eu la correction de déposer sa démission au sein de son parti avant de se porter candidat sous la bannière IRD. Mal lui en prit avec cette surprenante décision de la HCC qui a encore sous les bras une requête en déchéance contre dix-huit députés déposée par Hanitra Razafimanantsoa en 2018 et sur laquelle la HCC n’a jamais statué.
La déchéance de Fernand Jeannot ressemble ainsi à une mascarades qui arrange tout le monde. La HCC soigne son image de chien berger, garde-chiourme de la Constitution. Le Tim se réjouit d’avoir puni un élu qui fait le trottoir. L’IRD se marre d’avoir dépouillé le Tim d’un futur député. Et Fernand Jeannot n’a rien perdu, sauf son honneur, en quittant une institution qui vit ses dernières heures et qui serait dépourvue de budget dans la loi de finances rectificative. Si Fernand Jeannot n’était pas déchu, il aurait risqué une disqualification. En quelque sorte, c’était un nouveau pacte de non agression pour tout le monde.
Voilà donc comment on triture cette Constitution qui fera l’objet d’une révision bientôt. Son imperfection permet de l’interpréter selon les intérêts en présence et les enjeux du moment. Une Constitution à géométrie variable, au sens large et élastique voulu par son auteur. On espère que celle qui va la remplacer sera plus sérieuse, plus précise, plus cohérente et plus complète. Elle doit être facile à lire et accessible à tous les citoyens y compris ceux qui n’ont pas fait d’études supérieures. Sa complexité fait que 90 % des électeurs et 95% des Malgaches ne l’ont jamais lue.
Le drame est que même le président de la République semble ne pas l’avoir bien lue au point de demander l’avis de la HCC. C’est plutôt l’inverse qui aurait dû se passer. Pour les articles équivoques, la HCC aurait dû demander l’esprit du Président pour en savoir le sens et la portée. C’est comme si on demandait à Mandela le sens d’une citation de Gandhi. Il est tout à fait normal si Rajoelina est furieux après l’avis rendu par la HCC à propos du projet de référendum puisqu’il n’était pas conforme à l’esprit et la logique que le Président voulait insuffler à la loi. Depuis l’interprétation de l’article 54 relatif à la nomination du Premier ministre en 2014, la HCC avait abusé de l’esprit de la loi avant de retrouver ses esprits en 2018.
Autant de volte-face et de tête à queue qui a écorné sérieusement la crédibilité de la HCC victime d’un mauvais sénat.. rio.

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