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Chronique

Pari sur l’inconnu face au Covid

L’Angleterre est une île. Et la Grande-Bretagne, un archipel. Pour appliquer la décision gouvernementale de rouvrir le 12 avril les bars et les restaurants, l’Angleterre, le Pays de Galles, l’Écosse et l’Irlande du Nord, avaient chacun leur calendrier.

L’Union Européenne n’est pas une île, mais son fonctionnement reste celui d’un archipel à 27 pays. Ici, on rouvre. Là, on reconfine. Ailleurs encore, on hésite. La Suède, elle, n’a jamais imposé de confinement ni rendu obligatoire le port d’un masque dans la rue. On lui reproche de compter dix fois plus de morts que ses voisins nordiques, Norvège ou Finlande, avec 13.000 décès pour 10 millions d’habitants. Toujours en Scandinavie, ce 14 avril 2021, le Danemark devenait le premier pays à abandonner définitivement la vaccination par l’AstraZeneca. Pourtant, le pays avait envisagé une réouverture générale pour le 21 mai, date qui devait correspondre à la vaccination totale des plus de 50 ans.

Cette épidémie de coronavirus a pris le monde entier par surprise. Aucune formule toute faite prête-à-s’exporter partout n’existait. Et chaque gouvernement d’improviser au mieux, les plus puissants donnant hasardeusement l’exemple. À commencer par la Chine, dont la politique de confinement drastique de Wuhan (11 millions d’habitants empêchés de circuler du 23 janvier au 8 avril 2020) est devenue, par défaut, le modèle planétaire.

Pour endiguer la première vague, le monde entier s’est résigné, bon gré mal gré, au confinement. Malgré la survenue d’une deuxième vague assortie de divers variants (britannique, brésilien, sud-africain), la lassitude a gagné les populations. La prévision d’une troisième vague imposera aux gouverne­ments et à la gouvernance sanitaire mondiale de trouver une autre solution.

Cette solution serait la vaccination. Tout le monde, à nouveau, est prêt à y souscrire parce qu’au 14 avril 2021, on comptait 2.961.387 morts de par le monde. Mais, voilà que le Danemark bannit l’AstraZeneca. Fin mars, l’Afrique du Sud avait revendu à quatorze pays de l’Union Africaine un million de doses d’AstraZeneca déjà livrées par le Serum Institute of India parce que les analyses effectuées à Johannesburg avaient montré son inefficacité contre le variant local. Par ailleurs, les États-Unis et la Suisse ne l’ont toujours pas autorisé.

Assez logiquement, la Grande-Bretagne avait privilégié «son» vaccin Oxford/AstraZeneca et était sur le point de finaliser l’injection de sa première dose aux 32 millions de plus de 50 ans, quand l’annonce d’une vingtaine de décès suite à cette vaccination, l’a obligé à poursuivre avec Pfizer/BioNTech et Moderna avant la réouverture de ce lundi 12 avril.

L’Union Européenne se reporte sur le vaccin américanoallemand Pfizer/BioNTech dont 250 millions de doses seraient disponibles pour le deuxième trimestre 2021. Juste au moment où le laboratoire américain Johnson & Johnson annonce «retarder le déploiement» de son vaccin unidose.

Pour des pays à faible logistique, ne permettant pas le maintien de la chaîne drastique de froid que nécessitent la plupart des vaccins occidentaux, il reste encore le Sputnik russe (le Président Vladimir Poutine dit s’être vacciné et a invité à suivre son exemple), le Covaxin indien, et les Sinovac et Sinopharm chinois.

L’île Maurice, qui veut absolument rouvrir au tourisme international, a décidé de mettre à profit les différents vaccins qu’ont mis à sa disposition l’Inde et la Chine. Entre-temps, Singapour a décidé de stocker sans l’utiliser le Sinovac suite au doute émis, samedi 10 avril, par un scientifique chinois quant à la faible efficacité des vaccins chinois. Une autre île touristique, Cuba, compte demander l’autorisation d’utiliser en urgence son vaccin national Soberna, encore en phase 3 d’essai clinique, pour vacciner l’ensemble de ses onze millions d’habitants.

À Madagascar, le pic actuel, suite à l’intrusion du variant sud-africain en contexte d’automne austral, provoque la panique: 76% des personnes interrogées (avec les doutes que j’ai toujours émis quant à la crédibilité des sondages sur des «échantillons représentatifs») accepteraient de se faire vacciner. Mais, avec quel vaccin?

AstraZeneca, rebaptisé Covishield, était le candidat préférentiel à cause de sa facilité de conservation et de transport. Mais, c’était avant le désaveu sud-africain et le veto danois. Dans leur «diplomatie du vaccin», des dons «amicaux» de l’Inde, de la Chine ou de la Russie, calmeraient bien d’anxiétés. Parce que Madagascar n’est pas en tête de liste des livraisons au mécanisme de solidarité Covax. Dans tous les cas, à l’instar du confinement ou du déconfine­ment, sinon l’application d’un protocole pharmaceutique lui-même empirique (on nous a toujours dit que l’on ne traitait pas les virus avec de l’antibiotique), la vaccination sera un autre pari sur l’inconnu.

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