Chronique

Tout ce «Made in China» chez Alibaba

Le «Made in Germany» ne devait pas être ce label de qualité et de robustesse qu’on connaît. Avec le «Merchandise Marks Act» du 23 août 1887, les Britanniques entendaient protéger la supériorité supposée de leurs productions nationales contre les «Manufactured in Germany», les «Mode de Paris» ou les montres suisses en quête de British hall mark. Sauf que les produits allemands avaient déjà commencé à convaincre les consommateurs britanniques eux-mêmes. Et qu’aucune mesure de protectionnisme ne peut marcher quand les consommateurs ne s’y trompent pas.

Le «Made in Japan» avait été le fruit d’un patient d’apprentissage industriel depuis qu’en 1873, le Japon envoya une mission de 25 personnes observer l’Exposition universelle de Vienne. L’un d’eux, Hirayama Eizô, se rendra également à l’Exposition universelle de Philadelphie en 1876. Dans la foulée, l’école d’ingénieurs, actuellement Tokyo Institute of Technology, ouvre en 1881. Depuis, l’industrie japonaise a légué au monde la montre à quartz Seiko (1969), la cassette-vidéo VHS de JVC (1976) ou le Walkman Sony (1979). Sans oublier des noms qui font partie du paysage : Yamaha, Honda, Kawasaki, Toshiba, Nec, Sharp, Panasonic, Casio, TDK, Hitachi, Epson, Pioneer, Fuji Photo Film, Nikon, Canon, Olympus, Pentax, Bridgestone, Kenwood…

Sur le même schéma, un «Made in Taïwan» eut sa notoriété dans les années 1990-2000 : Acer, Asus. Le «Made in Korea», s’inspirant de la méthode japonaise, compte aujourd’hui des marques mondialement connues et reconnues : les smartphones Samsung, les téléviseurs LG, les voitures Hyundai et Kia, les pneumatiques Hankook et Kumho…

Depuis que «l’usine du monde» tourne à plein, le «Made in China» inonde le marché mondial. Masques contre le Covid-19, thermomètres, vêtements, sneakers, jouets, outillages, électroménagers, électroniques, smartphones, automobiles… Si au «Vita sinoa» colle encore une image bas de gamme dans le choix des matériaux comme dans la finition et la robustesse, les amateurs de smartphones se fient déjà aux marques chinoises Oppo, Vivo, Lenovo, OnePlus, Xiaomi, ZTE ou Tecno. Une forêt de «Made in China» de qualité, derrière l’arbre Huawei, intrônisé en rival de Samsung et Apple. Un savoir-faire acquis par le transfert des technologies à fabriquer les produits rivaux : Motorola, Google, Apple.

Dans le secteur automobile, les marques chinoises, d’abord baroques, puis exotiques, sont maintenant prises au sérieux par les marques occidentales les plus prestigieuses. Volkswagen fut le premier constructeur étranger à s’implanter en Chine, dès 1978, collaborant avec SAIC (1984), FAW (1991) et JAC (2017). BMW travaille déjà avec Brilliance Automotive (2003) avant une récente joint-venture avec Great Wall (2019). En 2018, le patron de Geely, déjà propriétaire de Volvo, est entré à hauteur de 10% dans l’actionnariat de Daimler auquel appartient Mercedes-Benz et en 2019, BYD et Daimler ont lancé Denza, marque de voitures éléctriques. L’association avec Jaguar-Land Rover donne immédiatement plus de légitimité à Cheery (2012) comme le nom Peugeot-Citroën rassure derrière Dongfeng (1992).

En 1977, la Chine représentait 3% du PNB mondial. Quarante et un ans plus tard, la part de la Chine dans le PIB mondial s’élève à 18,7%, devançant désormais les USA (15,16%). Entretemps, Deng Xiaoping (1904-1997) a lancé son «économie socialiste de marché» : création de quatre zones économiques spéciales, lancement du programme des «Quatre Modernisations» (industrie, agriculture, recherche, défense), déjà conçu par Deng Xiaoping lui-même en 1964.

Un pays qui fabrique des sous-marins ou des porte-avions et capable d’envoyer une fusée sur la Lune (janvier 2019), ne peut être manchot. Il manque au «Made in China» quelque chose du domaine de l’aura. La réputation du «Made in Germany» qui se revendique désormais «Deutsche Qualität». Un lien affectif envers les produits (Adidas contre Puma, Mac versus PC), un signe extérieur dont on puisse s’enorgueillir (Mercedes, Rolex), l’adhésion à une philosophie de vie ou son illusion (les Kombi et Coccinelle de VW, l’Apple de Steve Jobs)… Et des ambassadeurs sexy.

Le grand public ignore que le chinois Alibaba s’est imposé comme le concurrent mondial d’Amazon, «le Google de l’objet». Son fondateur est désormais tellement riche que, le 22 mars 2020, Jack Ma a envoyé 5,4 millions de masques médicaux et 1 million de tests de dépistage du Covid-19 à Addis-Abeba, confiant à l’Éthiopie le soin de les dispatcher aux autres pays d’Afrique. Dans la caverne «Alibaba», les cyberconsommateurs du village planétaire ont déjà l’embarras du choix parmi les «Made in China» de la

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