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Editorial

Nuit torride

La belle solidarité montrée par les motards lors des funérailles de Natou, jeune homme tué en pleine nuit sur la rocade d’Ambohitrimanjaka alors qu’il se rendait à son travail sur son scooter, n’a pas effrayé les bandits. Pas plus tard que dimanche, un autre motard s’est fait agresser exactement de la même manière que Natou avec un coup de bois rond. Il a eu plus de chance et l’a échappé belle bien que sérieusement blessé. Une voiture circulant la nuit a été également victime de coup de pierre lancé de nulle part. Et ce n’est certainement pas fini. D’autres victimes sont à craindre si aucune mesure n’est pas prise. Les nouvelles routes sont devenues les repaires de prédilection des bandits. Parfois dépourvu d’éclairage comme c’est justement le cas sur la route digue, ces axes sont devenus mortels pour les usagers obligés de circuler la nuit par nécessité. C’est trop facile de dire que la solution c’est de ne pas sortir la nuit ou de pas emprunter ces axes alors qu’il n’y en a pas d’autre pour rentrer chez vous.

L’insécurité ambiante prend de plus en plus des proportions inouïes. On sait très bien que la répression policière ne pourra jamais venir à bout du banditisme qui croit de façon exponentielle dans le terrain fertile de la pauvreté mais au moins on prend des mesures dissuasives à défaut de pouvoir l’annihiler.

La nuit des policiers sont postés en permanence dans certains carrefours qui ne sont pas réputés pour être infestés de malfrats. Il suffit de transposer cette disposition là où c’est nécessaire. Mettre des vigies sur cette route ne constitue pas la mer à boire. Et de façon systématique et pérenne. C’est mieux que les patrouilles dont la présence est éphémère. Les bandits attendent justement qu’elles lèvent le pied pour sévir.

L’écart social dont l’ampleur croît de jour en jour, l’inégalité de classe, fait que la violence est devenue naturelle pour combler le retard. Des millions de jeunes naissent sans état civil, ne vont pas à l’école, n’ont pas d’emploi, n’ont pas d’avenir. Ils constituent une bombe à retardement pour la société. On se trouve peut-être sur le même niveau de violence que l’Afrique du Sud où il est conseillé de ne pas marcher à pied dans certains quartiers, certaines villes. L’écart entre Noirs et Blancs reste flagrant après l’indépendance. Ce qui justifie les pillages de l’année dernière dont prétexte est l’incarcération pour corruption du président de la République Jacob Zuma, icône de l’ANC.

D’ailleurs, il n’y a pas que les rues qui sont devenues dangereuses. Même chez soi, on n’est pas à l’abri d’un assaut. On ne dort que d’un seul œil, d’une seule oreille. L’un guette le retour de l’eau de la Jirama, l’autre surveille tout mouvement suspect, tout bruit inhabituel. Un calvaire.

1 commentaire

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  • Quel portrait !
    On pourrait y ajouter une remarque, quand un Ministre démissionne de son poste pour des soupçons de délits gravissimes, à la tête de la Justice notamment, on est pas loin de toucher le fond.
    Dès lors qu’un ménage ne sera pas fait au plus haut niveau hiérarchique, le banditisme dépeint dans l’éditorial continuera à s’inspirer naturellement des gabegies de haut vol, la pauvreté achevant de favoriser cette tendance.