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Villes – Fianarantsoa à travers les âges

La Ville Haute de Fianarantsoa, avec son Rova et plusieurs édifices cultuels.

Ranavalona II fit en 1873, un voyage à Fianarantsoa, rapporté en ces termes par le Père Delbosc : « Le 4 septembre, la Reine faisait son entrée solennelle dans la capitale des Betsileo. Elle était enveloppée dans un manteau jaune, la tête ornée d’une magnifique couronne, et protégée par un grand parasol rouge. » Le 23 du même mois, elle a annoncé la promulgation du Code des 118 articles, un ensemble de lois dont plusieurs se rapportaient à la liberté de culte. La concurrence était lancée, notamment entre la Mission protestante française (MPF), la London Missionary Society (LMS), les Jésuites, les Frères des écoles chrétiennes et autres Sœurs de Saint Joseph de Cluny. Les protestants avaient déjà une longueur d’avance avec les temples d’Antranobiriky (1859), Ambalavao (1864), Randzavola Ivohidahy (1868). Une certaine image dévote ne quittera plus Fianarantsoa et sa région, depuis les Enfants du réveil de Soatanàna, tout de blanc vêtus, aux moines trappistes de Maromby.

La cathédrale catholique, un des monuments de la vieille ville.

Viscéralement fianarois ou citoyen du monde par son art ? Son plus célèbre citoyen, le photographe Pierrot Men, est intarissable quand il s’agit de défendre Fianarantsoa : « Ce n’est pas un bled perdu, notamment sur le plan culturel. Je ne reconnais, à aucun endroit, le privilège ou l’exclusivité de la culture. » Sur le plan professionnel, on ne peut que rester admiratif devant son parcours. Ses expositions et participations de par le monde ne se comptent plus. Citons, parmi les plus éloignées dans le temps, les Rencontres de la photographie africaine de Bamako (1996, 1998, 2001), la galerie La Bohême de Neuchâtel (1990), le Fries Museum de Leeuwarden, Hollande (2000), le Spazio Oberdan, Milan (2002) et bien d’autres encore.

Le WMW à la rescousse

Fianarantsoa perdrait un peu d’elle-même sans le chemin de fer la reliant à la côte Est. Cette ligne a frôlé la mort dans les années 90, et son sauvetage a été dû à un vaste mouvement de solidarité notamment en Suisse, avec à sa tête un vétéran de l’humanitaire, Frank West. Laissons la parole à un quotidien de la Suisse romande de l’époque : « Pour répondre à la première urgence, Frank West s’attaque à un tronçon pentu de vingt kilomètres devenu dangereux. À ce titre, il cherche 40 000 traverses de bois ou de métal, ainsi que des voies. Le Bahn et le Martigny-Châtelard ont offert chacun 600 mètres de rail. Les chemins de fer du Jura et le Furka-Oberalp ont cédé respectivement deux et cinq kilomètres. Quant au Nyort-Saint Cergue-Morez, il a offert quatre wagons de marchandises décorés par l’artiste-peintre genevois Vincent Pasquier ».

Le marché de Fianarantsoa-ambony n’a rien à envier à ceux des autres quartiers de la ville.

La Vieille Ville de Fianarantsoa, avec le labyrinthe de ses « elakelatrano » et le fouillis de ses maisons aux tuiles patinées par le temps, est le seul endroit de Madagascar où des constructions datant du XIXe siècle forment encore une entité architecturale cohérente. Un décret municipal l’a classée « zone protégée à intérêt historique et architectural » et, depuis 2002, c’est l’Association Heritsialonina qui se charge de sa protection et de sa valorisation. Ce « Tanàna Ambony » a fait partie des cent sites les plus menacés du World Monument Watch, en 2008. Lancé en 1995, Ce « WMW » est le plus important programme de promotion et de protection de sites entrepris par le World Monument Fund dont le siège est à New York. La liste est réactualisée tous les deux ans et couvre sans distinction toutes les périodes allant de l’Antiquité à l’ère moderne. Sur la liste 2008, la Vieille Ville de Fianarantsoa côtoyait des sites et monuments prestigieux d’une soixantaine de pays dont l’Afghanistan, le Bengladesh, le Guatemala, l’inde, le Mexique, les territoires palestiniens, le Pérou, la Turquie. Mais s’y est-on seulement intéressé, même de très loin, à Madagascar ?

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  • Fianarantsoa : il y a surtout un hôtel grandiose LE Tsara Guest House ! Bon marché, féérie malgache mais confort européen…J’y ai passé un mois en en février 2009 au moment du coup d’état militaire…La vieille ville est une arnaque touristique, un disneyland, une restauration mondialisée comme on en trouve désormais partout sur la planète. Fianarantsoa, c’est un bled perdu mais avec toutes les qualités d’un bled perdu..Bien à vous MOFO LANY