Editorial

Preuve de pauvreté

On avait reproché avec une rare véhémence les propos de l’ancien président Rajaonarimampianina jugés insolents et provocateurs sur la pauvreté des Malgaches. Des propos détachés de leur contexte par les experts des réseaux sociaux pour attiser la haine de l’opinion publique. L’ancien président avait demandé de lui prouver que les Malgaches étaient plus pauvres que quand il avait pris le pouvoir en 2014.

Une manière de dire que le taux de pauvreté a baissé ainsi que l’indice de pauvreté selon les chiffres des bailleurs de fonds. Des propos déformés pour accabler l’ancien président maladroit dans sa communication pour donner une formule laconique et bien évidemment révoltante. « Donnez-moi des preuves que les Malgaches sont pauvres » c’était les propos incendiaires attribués à tort à l’ancien président. S’il n’a jamais répondu aux attaques de toutes parts suite à ses prétendus propos malheureux, c’est la Banque mondiale qui se charge de trouver une réponse.

Deux millions de dollars soit huit milliards ariary, sont consacrés à une enquête sur la pauvreté auprès de dix-sept mille ménages qui a débuté le 13 janvier. Cent vingt-quatre agents de l’Instat sont mobilisés en brousse, en village ou en ville pendant un an pour voir la consommation des habitants et l’évolution de leur niveau de vie.
Voilà bien un investissement dont on a du mal à saisir la portée et l’utilité. Qu’est-ce qu’il faut encore pour prouver cette pauvreté qui colle à la peau ? Pourquoi dépenser une telle somme pour une enquête dont on connaît déjà les résultats ? Les agents vont enquêter sur leur budget alimentaire, le transport, l’énergie, la téléphonie… comme si les Malgaches pouvaient encore répartir leur maigre revenu de deux dollars par jour selon les chiffres de la Banque mondiale à tous ces postes de dépense.

À quoi serviront les résultats de cette enquête ? À renforcer davantage l’assistanat et la mendicité ? On aurait pu affecter cette somme à d’autres projets plus significatifs dans la réduction de la pauvreté au lieu de faire preuve de cynisme en approfondissant la pauvreté des pauvres.

Si l’enquête révèle qu’ils gagnent un ou deux dollars par jour, qu’est-ce que cela changerait dans leur quotidien ? Si c’était juste pour établir l’état de pauvreté du pays en 2021, les derniers chiffres ayant été publiés en 2012, c’est juste enfoncer une porte ouverte. Le seul point positif dans cette enquête est qu’elle crée un emploi pour cent vingt-quatre jeunes pendant un an. On ne peut pas cracher sur une telle opportunité par les temps qui courent mais il eut été plus rationnel et intelligent d’investir la totalité de la somme dans un projet créateur de valeur et moins avilissant.

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