A l’heure du bilan, le général de division Njatoarisoa Andrianjanaka, commandant de la gendarmerie nationale, louvoie entre satisfecit et prudence sur le comportement de ses troupes durant l’année écoulée, marquée par deux fronts. La crise sanitaire et la lutte contre la corruption. Quelle appréciation faites-vous de l’année 2020 qui tire à sa fin? Je dirais qu’il s’agit d’une période délicate qui restera gravée à jamais dans les mémoires collectives. Par la crainte d’une propagation meurtrière de la pandémie du coronavirus comme cela fut et est encore le cas dans des pays mieux armés dans leur système de santé que le nôtre, il a été décidé d’instaurer l’État d’urgence sanitaire. Une situation d’exception accompagnée d’une série de mesures restrictives et de privations. Les citoyens ont été invités à rester chez eux, à se confiner, nous, à la gendarmerie nationale, avec les autres troupes des Forces de l’ordre, avons assuré l’application, le suivi et surtout le respect de ces dispositifs dans la rue. Nous avons déployé plusieurs de nos hommes sur le terrain pour quadriller le pays de long en large. Ce fut une expérience enrichissante unique en son genre. Avez-vous les équipements et matériels requis pour mener cette opération inédite? Je dirais que même s’il y a toujours des besoins, la gendarmerie nationale a été parmi les organes étatique ayant été dotés d’outils de travail assez fournis. Nos brigades, compagnies et groupements les ont utilisés à bon escient. Si la stratégie anti-coronavirus a abouti à des résultats probants, c’est parce la gendarmerie nationale a pris des responsabilités. Mais il y avait des moments compliqués dans la gestion de cette crise sanitaire. Bien entendu, imposer à des millions de personnes à se confiner chez eux à partir d’une certaine heure de la journée alors qu’ils sont habitués à sortir, relevait d’une gageure. Et à une certaine période, il a été interdit de transporter les dépouilles d’une région à une autre, mais nous avons intercepté des cortèges de récalcitrants un peu partout. Cette période a créé des frustrations, généré des agacements, provoqué colères et irritabilité de la population. Mais nos hommes ont fait preuve de patience, de compréhension et d’abnégation pour toujours détendre l’atmosphère. Et éviter ainsi des heurts inutiles. La perception plutôt négative de l’opinion publique nationale envers la gendarmerie a-t-elle changé pour autant? Ces démarches conciliantes ont permis, peu à peu, de rétablir la confiance des simples gens envers nos éléments. Je suis convaincu que sans cette estime réciproque et cette collaboration mutuellement avantageuse, la lutte contre l’insécurité rurale ou urbaine, serait un simple slogan ronflant. Par expérience, il est impensable qu’un individu de Manerinerina, en guise d’illustration, aille commettre des crimes à Ambatolampy. D’où l’importance des infirmations et des renseignements de proximité, émanant des âmes de bonne volonté. De même, les dahalo se fondent dans le paysage parmi les simples gens. Il faudra que des langues se délient pour les dénoncer, les débusquer avant qu’ils ne passent à des actes de barbarie. Mais il existe d’autres paramètres à considérer dans cette guerre contre les dahalo qui, parfois, défient les Forces de l’ordre… Je pense que l’éducation familiale tient aussi une place prépondérante pour que les enfants et surtout les adolescents ne soient pas happés dans le sillage et l’engrenage des entreprises criminelles. Mais les parents ont-ils un contrôle, dans le temps et dans l’espace, sur leurs enfants qui ont souvent l’occasion de côtoyer des personnages peu fréquentables. Je suis aussi persuadé qu’il est impératif de démanteler les réseaux structurés, redoutables d’efficacité, du blanchiment de bovidés. Ce serait mettre un holà sur les vols eux-mêmes. En parallèle, les trafics de cannabis prolifèrent… C’est un phénomène tout aussi inquiétant. Souvent, les bandits de grand chemin en prennent une forte dose pour devenir audacieux, sinon téméraires, inconscients de ce qu’ils font. Aujourd’hui, nous avons constaté que des vastes plantations de « ces mauvaises herbes » se trouvent sur les Hautes Terres centrales. Cela signifie que les flux des transactions vont aussi du centre vers les zones côtières. Si auparavant nous étions vigilants sur le seul sens inverse, maintenant la surveillance s’accentue sur l’amont vers l’aval. Vous avez aussi fait de la lutte contre la corruption dans les rangs, votre cheval de bataille pour asseoir une certaine notoriété quelque peu perdue? Avec le général de Corps d’armée Richard Ravalomanana, Secrétaire d’État à la gendarmerie nationale, nous nous sommes engagés à déraciner ce mal qui gangrène de l’intérieur depuis des années notre si vénérable institution. Qui ne peut-être, quel qu’en soit le motif, et ne peut servir de repaire ou de refuge aux associations de malfaiteurs. Aussi, avons-nous puni et sanctionné les dérives et les déviances, de quelque nature que ce soit, perpétrées par nos subordonnés. Ici, la tolérance zéro est suivie dans sa lettre et dans son esprit. Aucun état d’âme. Les résultats obtenus sont encourageants (ndlr voir tableau). Mais les tentations de retomber dans ces mauvaises habitudes guettent les uns et les autres. Les éventuels fautifs, contrevenants et adeptes de l’indiscipline savent désormais les peines qu’ils encourent. Le concours d’entrée dans les Écoles de la gendarmerie nationale fait l’objet des récriminations comme étant un terre au propice aux « pistons » pour être admis. Avez-vous pu effacer cette mauvaise réputation? Afin de dissiper les doutes et les suspicions, nous travaillons de concert avec le ministère de la Fonction publique et le Bianco pour que les examens se déroulent sans la moindre anicroche. Comme au baccalauréat, ceux qui élaborent les sujets sont mis en conclave, sans contact avec l’extérieur. Mais nous avons pu déceler des manœuvres frauduleuses. Il a été imposé de toise, 1,68m pour les hommes et 1,60m pour les femmes, pour être admis au concours. Des intrus, dont la taille ne satisfait pas cette condition sine qua non ont pu venir jusqu’à Ambositra en faisant peut-être des falsifications sur leurs certificats médicaux, ont été exclus. Nous veillerons au grain jusque dans les détails. Aujourd’hui, les candidats doivent avoir le baccalauréat, si dans le passé, le BEPC était requis. Cela étant, il se peut que des postulants échouent sur une matière tout en étant excellents sur une autre. Vous avez lancé quelques nouvelles unités cette année. De quoi s’agit-il? D’abord le Centre spécial d’aguerrissement opérationnel ou CSAO. L’idée de le créer vient des constatations que des stagiaires à peine sortis de l’école de la gendarmerie ont été aussitôt confrontés aux dures réalités des affrontements armés. Certains y ont perdu la vie. D’où la mise en place des CSAO qui accueillent soixante-quinze d’entre eux, encadrés par vingt-cinq éléments plus aguerris et mieux affûtés. Ces moniteurs, en quelque sorte, connaissent mieux les labyrinthes de ces bleds perdus où sont installés ces CSAO. Ils sont au nombre de six. Il y en a à Beroroha, Malaimbandy, Beravina, Imanombo, Ranotsara Sud et Maromby. À part ces CSAO, quelles autres variantes avez-vous comme entités innovantes? Nous avons aussi lancé les Brigades routière spéciales, BRS, dont les missions des vingt-cinq membres consistent avant tout, à prévenir les accidents de la circulation, de plus en plus fréquents et mortels. Mais ils assurent aussi la sécurité routière sur les axes à vocation touristique comme à Belo sur Tsiribihina. Des BRS sont déjà fonctionnelles à Sahamamy sur la RN 2, Ambalamana- kana pour la RN 7 et Analankininina pour la RN 34. Deux BRS sont en cours à Belo Tsiribihina et à Ramala sur la RN 4. Quant au Peloton de surveillance côtière, il a pour vocation de protéger les eaux territoriales maritimes. Ils sont ancrés à Manambolosy dans la région d’Analanjirofo et à Manantenina, Taolagnaro. Un PSC à Ambohitralanana dans la région Sava est dejà fonctionnel. Que pensez-vous de la recrudescence des viols sur mineurs? L’incitation des autorités et de nombreuses organisations de la Société civile à briser le silence pour dénoncer les bourreaux, a mis à nu un phénomène de société, plus ou moins occulté. À mon avis, l’omniprésence et l’omnipotence des réseaux sociaux sur la vie de tous via les téléphones mobiles, leurs mauvaises influences sur les âmes sensibles, les danses lascives sinon suggestives lors des spectacles en plein air ou véhiculées par des clips, sont autant de facteurs pouvant être à l’origine de cette frénésie de la bestialité. Il est, peut-être temps, d’ériger des balises pour remettre en question ce trop plein de liberté, pour ne pas dire libertinage. Quelles sont les perspectives pour la nouvelle année? Intensifier la lutte implacable contre la corruption à l’interne, poursuivre la chasse aux dahalo « en col blanc » et torpiller davantage le blanchiment de bovidés, étendre notre couverture du territoire national par un effectif plus étoffé et par les modules de formation avec les pays partenaires. Ce sont des pistes de réflexion à explorer pour l’avenir proche.
A l’heure du bilan, le général de division Njatoarisoa Andrianjanaka, commandant de la gendarmerie nationale, louvoie entre satisfecit et prudence sur le comportement de ses troupes durant l’année écoulée, marquée par deux fronts. La crise sanitaire et la lutte contre la corruption. Quelle appréciation faites-vous de l’année 2020 qui tire à sa fin? Je dirais qu’il s’agit d’une période délicate qui restera gravée à jamais dans les mémoires collectives. Par la crainte d’une propagation meurtrière de la pandémie du coronavirus comme cela fut et est encore le cas dans des pays mieux armés dans leur système de santé que le nôtre, il a été décidé d’instaurer l’État d’urgence sanitaire. Une situation d’exception accompagnée d’une série de mesures restrictives et de privations. Les citoyens ont été invités à rester chez eux, à se confiner, nous, à la gendarmerie nationale, avec les autres troupes des Forces de l’ordre, avons assuré l’application, le suivi et surtout le respect de ces dispositifs dans la rue. Nous avons déployé plusieurs de nos hommes sur le terrain pour quadriller le pays de long en large. Ce fut une expérience enrichissante unique en son genre. Avez-vous les équipements et matériels requis pour mener cette opération inédite? Je dirais que même s’il y a toujours des besoins, la gendarmerie nationale a été parmi les organes étatique ayant été dotés d’outils de travail assez fournis. Nos brigades, compagnies et groupements les ont utilisés à bon escient. Si la stratégie anti-coronavirus a abouti à des résultats probants, c’est parce la gendarmerie nationale a pris des responsabilités. Mais il y avait des moments compliqués dans la gestion de cette crise sanitaire. Bien entendu, imposer à des millions de personnes à se confiner chez eux à partir d’une certaine heure de la journée alors qu’ils sont habitués à sortir, relevait d’une gageure. Et à une certaine période, il a été interdit de transporter les dépouilles d’une région à une autre, mais nous avons intercepté des cortèges de récalcitrants un peu partout. Cette période a créé des frustrations, généré des agacements, provoqué colères et irritabilité de la population. Mais nos hommes ont fait preuve de patience, de compréhension et d’abnégation pour toujours détendre l’atmosphère. Et éviter ainsi des heurts inutiles. La perception plutôt négative de l’opinion publique nationale envers la gendarmerie a-t-elle changé pour autant? Ces démarches conciliantes ont permis, peu à peu, de rétablir la confiance des simples gens envers nos éléments. Je suis convaincu que sans cette estime réciproque et cette collaboration mutuellement avantageuse, la lutte contre l’insécurité rurale ou urbaine, serait un simple slogan ronflant. Par expérience, il est impensable qu’un individu de Manerinerina, en guise d’illustration, aille commettre des crimes à Ambatolampy. D’où l’importance des infirmations et des renseignements de proximité, émanant des âmes de bonne volonté. De même, les dahalo se fondent dans le paysage parmi les simples gens. Il faudra que des langues se délient pour les dénoncer, les débusquer avant qu’ils ne passent à des actes de barbarie. Mais il existe d’autres paramètres à considérer dans cette guerre contre les dahalo qui, parfois, défient les Forces de l’ordre… Je pense que l’éducation familiale tient aussi une place prépondérante pour que les enfants et surtout les adolescents ne soient pas happés dans le sillage et l’engrenage des entreprises criminelles. Mais les parents ont-ils un contrôle, dans le temps et dans l’espace, sur leurs enfants qui ont souvent l’occasion de côtoyer des personnages peu fréquentables. Je suis aussi persuadé qu’il est impératif de démanteler les réseaux structurés, redoutables d’efficacité, du blanchiment de bovidés. Ce serait mettre un holà sur les vols eux-mêmes. En parallèle, les trafics de cannabis prolifèrent… C’est un phénomène tout aussi inquiétant. Souvent, les bandits de grand chemin en prennent une forte dose pour devenir audacieux, sinon téméraires, inconscients de ce qu’ils font. Aujourd’hui, nous avons constaté que des vastes plantations de « ces mauvaises herbes » se trouvent sur les Hautes Terres centrales. Cela signifie que les flux des transactions vont aussi du centre vers les zones côtières. Si auparavant nous étions vigilants sur le seul sens inverse, maintenant la surveillance s’accentue sur l’amont vers l’aval. Vous avez aussi fait de la lutte contre la corruption dans les rangs, votre cheval de bataille pour asseoir une certaine notoriété quelque peu perdue? Avec le général de Corps d’armée Richard Ravalomanana, Secrétaire d’État à la gendarmerie nationale, nous nous sommes engagés à déraciner ce mal qui gangrène de l’intérieur depuis des années notre si vénérable institution. Qui ne peut-être, quel qu’en soit le motif, et ne peut servir de repaire ou de refuge aux associations de malfaiteurs. Aussi, avons-nous puni et sanctionné les dérives et les déviances, de quelque nature que ce soit, perpétrées par nos subordonnés. Ici, la tolérance zéro est suivie dans sa lettre et dans son esprit. Aucun état d’âme. Les résultats obtenus sont encourageants (ndlr voir tableau). Mais les tentations de retomber dans ces mauvaises habitudes guettent les uns et les autres. Les éventuels fautifs, contrevenants et adeptes de l’indiscipline savent désormais les peines qu’ils encourent. Le concours d’entrée dans les Écoles de la gendarmerie nationale fait l’objet des récriminations comme étant un terre au propice aux « pistons » pour être admis. Avez-vous pu effacer cette mauvaise réputation? Afin de dissiper les doutes et les suspicions, nous travaillons de concert avec le ministère de la Fonction publique et le Bianco pour que les examens se déroulent sans la moindre anicroche. Comme au baccalauréat, ceux qui élaborent les sujets sont mis en conclave, sans contact avec l’extérieur. Mais nous avons pu déceler des manœuvres frauduleuses. Il a été imposé de toise, 1,68m pour les hommes et 1,60m pour les femmes, pour être admis au concours. Des intrus, dont la taille ne satisfait pas cette condition sine qua non ont pu venir jusqu’à Ambositra en faisant peut-être des falsifications sur leurs certificats médicaux, ont été exclus. Nous veillerons au grain jusque dans les détails. Aujourd’hui, les candidats doivent avoir le baccalauréat, si dans le passé, le BEPC était requis. Cela étant, il se peut que des postulants échouent sur une matière tout en étant excellents sur une autre. Vous avez lancé quelques nouvelles unités cette année. De quoi s’agit-il? D’abord le Centre spécial d’aguerrissement opérationnel ou CSAO. L’idée de le créer vient des constatations que des stagiaires à peine sortis de l’école de la gendarmerie ont été aussitôt confrontés aux dures réalités des affrontements armés. Certains y ont perdu la vie. D’où la mise en place des CSAO qui accueillent soixante-quinze d’entre eux, encadrés par vingt-cinq éléments plus aguerris et mieux affûtés. Ces moniteurs, en quelque sorte, connaissent mieux les labyrinthes de ces bleds perdus où sont installés ces CSAO. Ils sont au nombre de six. Il y en a à Beroroha, Malaimbandy, Beravina, Imanombo, Ranotsara Sud et Maromby. À part ces CSAO, quelles autres variantes avez-vous comme entités innovantes? Nous avons aussi lancé les Brigades routière spéciales, BRS, dont les missions des vingt-cinq membres consistent avant tout, à prévenir les accidents de la circulation, de plus en plus fréquents et mortels. Mais ils assurent aussi la sécurité routière sur les axes à vocation touristique comme à Belo sur Tsiribihina. Des BRS sont déjà fonctionnelles à Sahamamy sur la RN 2, Ambalamana- kana pour la RN 7 et Analankininina pour la RN 34. Deux BRS sont en cours à Belo Tsiribihina et à Ramala sur la RN 4. Quant au Peloton de surveillance côtière, il a pour vocation de protéger les eaux territoriales maritimes. Ils sont ancrés à Manambolosy dans la région d’Analanjirofo et à Manantenina, Taolagnaro. Un PSC à Ambohitralanana dans la région Sava est dejà fonctionnel. Que pensez-vous de la recrudescence des viols sur mineurs? L’incitation des autorités et de nombreuses organisations de la Société civile à briser le silence pour dénoncer les bourreaux, a mis à nu un phénomène de société, plus ou moins occulté. À mon avis, l’omniprésence et l’omnipotence des réseaux sociaux sur la vie de tous via les téléphones mobiles, leurs mauvaises influences sur les âmes sensibles, les danses lascives sinon suggestives lors des spectacles en plein air ou véhiculées par des clips, sont autant de facteurs pouvant être à l’origine de cette frénésie de la bestialité. Il est, peut-être temps, d’ériger des balises pour remettre en question ce trop plein de liberté, pour ne pas dire libertinage. Quelles sont les perspectives pour la nouvelle année? Intensifier la lutte implacable contre la corruption à l’interne, poursuivre la chasse aux dahalo « en col blanc » et torpiller davantage le blanchiment de bovidés, étendre notre couverture du territoire national par un effectif plus étoffé et par les modules de formation avec les pays partenaires. Ce sont des pistes de réflexion à explorer pour l’avenir proche.