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Chronique

Gaullistes de tous les pays

La «supériorité morale», que j’ai tant scrutée, mais en vain, lors de la crise politique malgache de 2002, je l’ai empruntée à Charles de Gaulle, dans son discours de Bayeux: «une élite qui, bien au-dessus de toute préoccupation de parti ou de classe, se dévoua au combat pour la libération, la grandeur et la rénovation de la France. Sentiment de sa supériorité morale, conscience d’exercer une sorte de sacerdoce du sacrifice et de l’exemple».

Le général de Gaulle auquel on aura reproché un «coup d’État perma­nent», avec son usage particulier du référendum plébiscitaire, avait pourtant averti, au moment de son retour en politique: «Pourquoi voulez-vous qu’à 67 ans, je commence une carrière de dictateur?» (19 mai 1958).

Il aura tenu parole et finalement, les successeurs du général de Gaulle sauront se glisser dans le manteau de lys et d’hermine du «monarque républicain», selon l’expression inventée par Maurice Duverger. Maintenant d’ailleurs que chaque chapelle de la classe politique française revendique sa part d’héritage du gaullisme, qu’adviendra-t-il des Robespierre appelant à renverser la Vème République française (cf. «Madagascar n’est certes pas la France», Chronique VANF 11 octobre 2011) ?

Outre cette évidence que la promulgation d’un texte ne peut décréter une réalité, il semble que la Constitution de 1958 ait maintes fois montré sa souplesse dans les acrobaties que la réalité politique lui imposa. La droite, le centre et la gauche l’ont, tour à tour, expérimentée. Finalement, fidèles aux TDR (termes de référence) fixés par le général de Gaulle dans son discours de Bayeux :

1. «La rivalité des partis revêt chez nous un caractère fondamental, qui met toujours tout en question et sous lequel s’estompent trop souvent les intérêts supérieurs du pays. Il y a là un fait patent, qui tient au tempérament national, aux péripéties de l’Histoire et aux ébranlements du présent, mais dont il est indispensable à l’avenir du pays et de la démocratie que nos institutions tiennent compte et se gardent, afin de préserver le crédit des lois, la cohésion des gouvernements, l’efficience des administrations, le prestige et l’autorité de l’État».

2. «Que les pouvoirs publics : législatif, exécutif, judiciaire, soient nettement séparés et fortement équilibrés et, qu’au-dessus des contingences politiques, soit établi un arbitrage national qui fasse valoir la continuité au milieu des combinaisons».

3. «Au chef de l’État la charge d’accorder l’intérêt général quant au choix des hommes avec l’orientation qui se dégage du Parlement. À lui la mission de nommer les ministres et, d’abord, bien entendu, le Premier, qui devra diriger la politique et le travail du Gouvernement. Au chef de l’État la fonction de promulguer les lois et de prendre les décrets, car c’est envers l’État tout entier que ceux-ci et celles-là engagent les citoyens. À lui la tâche de présider les Conseils du Gouvernement et d’y exercer cette influence de la continuité dont une nation ne se passe pas. À lui l’attribution de servir d’arbitre au-dessus des contingences politiques. À lui, s’il devait arriver que la patrie fût en péril, le devoir d’être le garant de l’indépendance nationale».

De Gaulle ne pouvait pas savoir que cette architecture, qu’il avait tracée à grands traits, voilà 74 ans, allait perdurer dans son essence dans les différentes Constitutions de la République malgache depuis 1959. Malheureusement, nous n’avons pas su placer, une bonne fois pour toutes, un texte fondamental au-dessus des contigences politiques: l’Allemagne a su se réunifier sans abolir la Loi Fondamentale du 23 mai 1949; la France, notre étrangère intime, fonctionne avec la Constitution de Charles de Gaulle depuis le 4 octobre 1958; les États-Unis s’accommodent de la même Constitution depuis le 4 juillet 1776 :

«Thomas Jefferson (1743-1826), futur Président des États-Unis, fut le principal auteur de la Déclaration d’Indépendance tandis qu’Alexander Hamilton, James Madison et John Jay étaient les rédacteurs des 85 articles réunis sous le titre de «The Federalist Papers» et publiés pendant le débat autour de la ratification de la Constitution des États-Unis. Théoriciens, ils auront l’occasion de donner vie à un texte dont ils ont exposé les «motifs»: Alexander Hamilton (1757-1804) sera le premier Secrétaire au Trésor, James Madison (1751-1836) le quatrième président des États-Unis en 1809 et John Jay (1745-1829) le tout premier Président de la Cour Suprême. Il est remarquable que les premiers gouvernants américains aient été ceux-là même qui «philosophèrent» la Déclaration d’indépendance et la Constitution des États-Unis: conjonction rare dans l’histoire que les penseurs aient l’occasion de donner eux-mêmes l’exemple par leurs actes, attitude et comportement (cf. «Independence Day», VANF Antranonkala 4 juillet 2019).

Chaque référendum circonstanciel nous aura privé d’un «texte fonda­teur qui tutoie l’éternité» (cf. Chronique VANF 31 juillet 1997).

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