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Atelier de consultation sur le contenu du Plan national de décentralisation émergente le 14 septembre 2022 à Sambava.[/caption]
Alors que les consultations vont bon train dans le cadre de l’élaboration du Plan national de décentralisation émergente, L’Express de Madagascar s’intéresse au volet économique de cette vision de gouvernance que la Grande ile aspire à réaliser.
Les consultations sur le contenu du Plan national de décentralisation émergente (PNDE) dans la région Sava se sont terminées la semaine passée, avec le rappel par le ministre de l'Intérieur et de la décentralisation, Justin Tokely, qu'à Madagascar, la décentralisation n'est pas un choix, c'est une obligation que le pays ambitionne de rendre effective en 2030. Il a aussi souligné, à l’issue de cette rencontre, la volonté des acteurs de développement locaux d'entamer les actions réalisables pour soutenir le processus de la décentralisation à Madagascar et asseoir un développement économique inclusif et équilibré.
Du côté du Programme des Nations unies pour le développement (Pnud) qui a sponsorisé les consultations à travers le programme Rindra, en partenariat notamment avec l'agence américaine Usaid, on soutient qu’il est nécessaire d'outiller l’État malgache- et ses différents démembrements- dans ses choix politiques assurant un développement durable à Madagascar et de s'aligner aux côtés des autres partenaires pour accompagner le processus d’élaboration du plan en cours d’élaboration. À savoir que des ateliers au niveau d’une dizaine de régions (Analamanga, Diana, Boeny, Atsinanana, Sava, Amoron’i Mania, Matsiatra-Ambony, Vakinankaratra, Anosy et Androy) ont été réalisés avec le leadership du ministère de l’Intérieur et de la décentralisation et le soutien des partenaires techniques et financiers dont l’Usaid Madagascar, ProDéCid, GIZ Madagascar ou encore la Banque Mondiale à travers le projet Mionjo.
Concernant la Lettre de Politique de décentralisation émergente (LPDE) pour 2030, le Pnud explique qu’afin de fournir des services publics de proximité et de qualité auprès de la population, l’État a, depuis 2014, fixé des orientations pour la mise en place effective de la décentralisation à Madagascar. Toutefois, des dysfonctionnements majeurs demeurent. Eu égard à cela, de nouvelles orientations pour une Décentralisation émergente sont à définir, à travers des consultations régionales. Il est indiqué, en outre, que l'opérationnalisation de la LPDE se fera à travers la mise en œuvre d'un PNDE, afin d'atteindre la décentralisation effective d’ici huit ans. Pour lancer le processus, une stratégie d'identification des actions à mettre en œuvre dans le cadre du PNDE a été mise en œuvre au niveau des ministères qui composent le Comité technique interministériel et les vingt-trois régions. Des consultations sont effectuées en vue de confronter les informations recueillies aux réalités territoriales. « En tant que partenaire technique du ministère de l'Intérieur et de la décentralisation, le Pnud concourt à la réalisation des concertations régionales, à travers le projet d'Appui à l'effectivité de la décentralisation (AIED), avec les acteurs clés, tels que les collectivités territoriales décentralisées, les services techniques déconcentrés, les organisations de la société civile », ajoute- t-on.
Les échanges sur le terrain pour l'élaboration du PNDE sont donc en cours au niveau des régions de Madagascar. Elles visent, soutient-on, à sensibiliser sur les réformes de la décentralisation engagées à travers les six axes stratégiques de la feuille de route déjà élaborée et recueillir des recommandations des acteurs régionaux pour l’amélioration des actions pré-identifiées afin de mettre en œuvre le processus de décentralisation à Madagascar. Mais c’est aussi l’occasion de mieux cerner les forces et les faiblesses des différentes régions dans la perspective de mieux accompagner le développement des économies locales.
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L’économie locale sera parmi les premiers bénéficiairesde la décentralisation émergente.[/caption] Mener des efforts combinés Avec plus de mille six cents communes réparties dans cent dix-neuf districts, une bonne gouvernance et une décentralisation effective à tous les niveaux deviennent des impératifs pour Madagascar, afin de permettre un développement durable à tous les niveaux et réduire les inégalités. En effet, la Grande ile affiche un indice de développement humain très faible par rapport au reste de l’Afrique, avec de fortes disparités entre les régions. Des indices couplés à un fort taux de pauvreté, surtout pour les régions du Grand Sud qui font face à une forte fragilité climatique, des centaines de milliers de personnes ont été touchées par la sécheresse. Pourtant, les efforts combinés des collectivités territoriales décentralisées, à différentes échelles, contribuent à l’essor du pays. Si les régions qui possèdent les taux de pauvreté les plus faibles du pays sont l’Androy (96,7%), l’Atsimo-Atsinanana (93,1%), le Vakinankaratra (88,6%) et l’Amoron’i Mania (85,5%), celles-ci font aussi partie de celles qui possèdent des atouts économiques certains. Un double constat qui met en évidence la nécessité d’avoir les moyens de relever les défis liés à la croissance locale et régionale, l’insécurité alimentaire, la gouvernance locale, la dégradation de l’environnement, le changement climatique et l’inégalité socioéconomique. Et l’exemple de la commune de Beloha (région Androy) prête à l’optimisme. Des centaines de zébus provenant des sept communes avoisinantes sont mises en vente périodiquement au marché intercommunal de zébus de la localité. Spéculateurs, bouchers ou encore éleveurs s’y rencontrent pour des transactions financières qui peuvent s’élever à des dizaines de millions d’ariary en une seule journée. Une aubaine fiscale pour la commune qui souffre, depuis des années, des conséquences d’une mauvaise gouvernance locale. Depuis l’aménagement du marché de zébus, la localité bénéficie d’une meilleure gestion du flux commercial qui s’y opère. Le nouveau système de balisage, avec une clôture plus solide et des points d’entrée et de sortie officiels, a conduit à un meilleur suivi des transactions sur le marché. Sur chaque vente de zébu, une taxe de 2 000 ariary est prélevée. En une année, la commune a connu une hausse de plus de 40% de ses recettes provenant du marché de zébus. Pour les acheteurs, ce nouveau système est la garantie de ne pas acquérir une bête volée. Cela rassure les opérateurs de la filière car tout est contrôlé. « Grâce à cette réalisation, nous arrivons enfin à capter les taxes dues aux ventes. Avec ces nouvelles ressources nous envisageons d’agrandir le marché de Beloha pour augmenter les flux commerciaux avec les communes avoisinantes », confie-t-on du côté de la commune de Beloha qui fait partie des cinquante-huit communes de la région Androy Pour le Pnud qui a appuyé le projet en partenariat avec le ministère de l’Intérieur et de la décentralisation, l’approche démontre qu’une politique de décentralisation mettant l’économie locale au cœur du dispositif, produit des résultats probants. « L’aménagement du marché de zébus n’a pas été la seule réalisation, les locaux de la Mairie ont aussi bénéficié d’un sang neuf. Les murs fissurés, les armoires en bois, les machines à écrire d’une époque lointaine ont laissé la place à la modernisation pour mettre le cap sur l’efficacité », ajoute l’organe onusien. [caption id="attachment_136817" align="alignleft" width="505"]
Le ministre de l’Intérieur et de la décentralisation en mission d’exploitation, le 1er octobre, dans la région Menabe.[/caption] Une industrialisation à visée locale Les responsables soutiennent également que les résultats de l’approche baptisée « Paquet d’appuis complets » permettent de remarquer qu’avec peu de moyens investis, les communes sont en mesure de devenir plus autonomes et inclusives dans la planification de leurs plans d’actions, la mobilisation de leurs propres ressources, l’amélioration de services aux contribuables, et sont plus aptes à coordonner les initiatives d’intercommunalité telles que les marchés de zébus. Mais Madagascar ambitionne aussi de redimensionner son tissu industriel en misant sur une approche locale. En d’autres termes, il s’agit de matérialiser la vision de la décentralisation émergente dans le secteur productif. Les programmes ODOF (One District One Factory ou une usine pour chaque district) et Zones pépinières industrielles (Taninketsa indostrialy) vont dans ce sens, puisque l’objectif principal est de multiplier les activités de production à partir des matières premières locales, dans les districts et les communes répartis à travers le pays. [caption id="attachment_136818" align="alignright" width="551"]
Asseoir une décentralisation au service de l’industralisation locale.[/caption]
Il s’agit de produire localement les besoins en consommation des populations. Selon les responsables, cette vision était auparavant concrétisée, mais n’avait pas pu être pérenne, notamment à cause du manque de coordination entre le secteur public et les opérateurs économiques. D’où le renforcement des partenariats allant dans ce sens. Ainsi, les actions de mise en place d’unités de production figurent parmi l’appui technique du gouvernement dans la promotion de l’industrialisation à Madagascar, la production locale des besoins des ménages et l’octroi d’un emploi décent pour tous. De plus, le ministère de l’Industrialisation, du commerce et de la consommation collabore étroitement avec les autorités locales au niveau de chaque région et district, dans la localisation des entreprises à appuyer sur le plan technique et financier pour le développement économique local, explique-t-on.
Malgré le ralentissement économique causé par la Covid-19, le pays s’attèle ainsi à mettre en avant un système de gouvernance qui offre la possibilité de mettre sur le marché des produits locaux répondant aux normes et à la qualité, afin de stimuler l’industrie, le commerce et la consommation locale. Une vision des autorités publiques qui s’accorde avec le concept « Malagasy ny antsika » du Syndicat des industries dont l’objectif est de prouver le savoir-faire et le professionnalisme des entrepreneurs nationaux et de faire adhérer les consommateurs aux produits pays.

Natasha van Rijn, Représentante Résidente du Programme des Nations Unies pour le développement (PNUD)