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Editorial

Noblesse oblige

Une première dans les annales. N’en déplaise au Père Pedro qui l’aurait mérité, il faut saluer les lauréats du Prix Nobel de la paix attribué cette année à deux journalistes en l’occurrence le Russe Dimitri Mouratov de Novaia Gazeta et la Philippine Maria Ressa de Rappler. Le fait est assez rare pour être signalé et curieusement la nouvelle n’a pas eu grand écho dans la presse. Pourtant c’est le tout premier Prix Nobel de la paix récompensant la liberté d’information.

Les deux journalistes mènent un combat acharné contre la censure et le totalitarisme. Novaia Gazeta Est aujourd’hui est une des rares publications encore indépendantes en Russie alors que Rappler est l’ennemi numéro un du président philippin Rodrigo Duterte qui avait fait une campagne antidrogue controversée et meurtrière. Les deux journalistes ont été salués par les grands dirigeants du monde. Le secrétaire des Nations Unies , Antonio Guterres a souligné le triomphe du « droit à la liberté de la presse. Aucune société ne peut être libre et juste sans des journalistes capables d’enquêter sur les méfaits, d’informer les citoyens, de demander des comptes aux dirigeants ». Le président américain Joe Biden quant à lui salue le courage des deux lauréats « pour avoir rendu compte des abus de pouvoir, exposé la corruption et exigé de la transparence ».

La liberté d’expression est menacée dans plusieurs pays. Les journalistes sont de plus en plus surveillés. Certains préfèrent vendre leur âme et faire allégeance à la corruption et à la concussion pour éviter les problèmes et profiter de la situation. De plus en plus de pouvoirs préfèrent avoir des journalistes soumis aux vrais professionnels qui n’obéissent qu’à leur conscience. Ce sont pourtant les moteurs du changement, le gardien de la morale. Ils n’ont jamais eu ni maître ni patron. Hélas, l’espèce devient de plus en plus rare pour pouvoir peser sur la balance de l’échiquier politique. Ceux qui sont jaloux de leur indépendance sont réduits au silence par une majorité de journalistes par nécessité ou par hasard, par les grandes gueules et la voix de son maître. Les interviews préfabriquées où les réponses passent avant les questions sont mieux appréciées que les entretiens en direct et spontanés. Ceux qui rapportent des vérités toutes crues pour éveiller la conscience et susciter des prises de responsabilité sont assimilés à des perturbateurs, des déstabilisateurs de la pire espèce.

Mais Dmitri Mouratov et Maria Ressa ont démontré la noblesse du métier de journaliste dans toute sa dimension. Contraire – ment aux abonnés au Prix Nobel de la…paie.

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