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Chronique

Devoir d’inventaire dans la République

Le 14 octobre 1958, le Congrès des Assemblées provinciales, réuni à l’amphithéâtre du Lycée Gallieni, votait pour un «État libre, sous la forme républicaine», par 208 voix contre 26 abstentions. Le lendemain, le Haut Commissaire André Soucadaux s’adressait à ce Congrès: «Autorisé par le Gouvernement de la République, je prends acte en son nom du vote intervenu le 14 octobre 1958. Je proclame en son nom que le Gouvernement de la République reconnait solennellement l’institution de l’État malgache et la caducité de la loi du 6 août 1896».

À cette lecture, on peut se demander quel personnage plus qu’un autre pouvait être qualifié de «Père de l’indépendance». Déjà, l’indépendance, en ce qui concerne Madagascar, remontait à avant Duchesne, Laroche et Gallieni, en 1896. Pour preuve, il y a trois ans, avec la Grande-Bretagne, on avait commémoré le bicentenaire du traité du 23 octobre 1817. Aussi, cette expression de «Père de l’indépendance» sent trop son élément de langage, forgé par le Ministère des Colonies à l’usage des AOF (Afrique occidentale française), AEF (Afrique équatoriale française), ainsi que «Madagascar et Dépen­dances». Nonobstant, une stèle en l’honneur de Philibert Tsiranana (1910-1978), le premier Président de la République malgache, sera dévoilée ce 14 octobre 2020 en sa terre natale d’Anahidrano.

«Père de la démocratie» est l’autre expres­sion choisie pour inaugurer l’autre stèle en la mémoire du Professeur Zafy Albert (1927- 2017), premier Président de la République élu (1993) après la longue parenthèse du FNDR (Front National pour la Défense de la Révolution) et les scores staliniens à chaque réélection de Didier Ratsiraka. Que Zafy Albert soit le «Père de la Démocratie», cela voudrait donc dire que ladite «démocratie» n’existait pas, de 1959 à 1972 (Première République), de 1972 à 1975 (État constitution­nel transitoire), de 1975 à 1991 (Deuxième République), et de 1991 à 1993 (Deuxième Transition). Il est pourtant permis de penser que les libertés démocratiques, symbolisées par l’adoption du Code de la communication audiovisuelle (1992), avaient été respectées par le Premier Ministre Guy Razanamasy (1928-2011).

La République malgache, don t on commémore ce 14 octobre la naissance, n’était donc pas démocratique. Le mot nouveau de République avait été asséné aux Malgaches par le proconsul Gallieni qui venait d’abolir la monarchie et de déporter la Reine Ranavalona III (1861-1917, règne de 1883 à 1897). En 1958, le choix malgache de la République avait été téléguidé par les républicains français dont l’un des ancêtres idéologiques s’appelait Robespierre.

En France, entre 1793 et 1794, les pires atrocités furent commises pour asseoir la République. Ce fut le régime de «La Terreur». La guerre civile en Vendée n’eut rien à envier aux exactions nazies de la Seconde Guerre Mondiale. Comme le mot de génocide ne sera inventé qu’en 1945, on parla d’abord de crime de guerre, mais c’était déjà un crime contre l’Humanité.

On considère souvent la République en déconsidérant la Royauté ou la Monarchie. Les manuels d’histoire feraient oeuvre de salut public en mieux racontant la République, rien que la République, mais toute la République.

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