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Editorial

Du lait à la bouche

Ils ont pensé avoir bien fait. En déversant dans les rues de la ville d’eau leurs productions laitières. En guise de contestation après la fermeture de l’usine Triple Andranomanelatra, décidée par la Direction général des impôts, DGI. Pour des non-conformités aux législations en vigueur en matière de création d’entreprise. Associées à d’autres motifs comme des arriérés de paiements d’obligations fiscales.

Ces frustrés, proches collaborateurs du Groupe Tiko de Marc Ravalomanana, s’attendaient à une vague de sympathie de la part des activistes des réseaux sociaux. Parce que la DGI a imposé une mesure inappropriée en pleine crise sanitaire où de nombreuses entreprises sont en difficulté. Au point d’envoyer au chômage technique ou de licencier plusieurs de leurs salariés. Comment peut-elle agir de la sorte?

Mais les inquisiteurs sans pitié de facebook ont réagi, pour une fois, avec réflexion et discernement. Estimant que cette forme de manifestation a été tout aussi déplacée que le couperet de la DGI était mal venu. Dans la mesure où des nécessiteux de la société, sevrés depuis des années, auraient pu boire du lait pour la première fois de leur existence. D’autant plus utile pour renforcer les anticorps de cette communauté des vulnérables pour repousser l’assaut insidieux du coronavirus. Le lait étant un aliment complet par excellence dans ses composantes nutritionnelles.

Ces éleveurs emportés par leur irritation, sous l’hypnose des manipulateurs politiques semble-t-il, ont oublié ce côté humain. Auquel les Malgaches attachent une importance particulière. Au pis-aller, selon des juge suprêmes de facebook, plutôt indulgents qu’à l’accoutumée par rapport aux « délits commis », ils ont pu transformer ces gâchis en yaourt maison ou en fromage. Des produits dérivés à forte valeur ajoutée, plus ou moins conservables. Au lieu de « désinfecter » les boulevards d’Antsirabe pour devenir des voies lactées.

Sur le plan économique, leur principal argument a été aussi battu en brèche. Ils ont soutenu que seule Triple A possède les moyens financiers de « ramasser », en vrac ou en gros, les fruits de leurs durs labeurs. Mais dans cette filière, des études menées par des organismes internationaux et des mémoires de fin… d’études des étudiants ont démontré que l’offre est loin de couvrir la demande. Avec une consommation moyenne de 5 à 7 litres par habitant par an, Madagascar est loin d’atteindre le niveau des 20 « unités de compte », fixées par la FAO.

Aussi, ces fournisseurs agrées de Triple A devaient avoir, a contrario, l’embarras de choix pour écouler le contenu de leurs « bidons jaunes », exhibés lors de leur mouvement d’humeur. Un rassemblement qui ressemblait à celui des agriculteurs français, jetant des fruits et légumes sur l’asphalte, mécontents de la concurrence déloyale des pays voisins. Au nom de la mondialisation. Un plagiat dénoncé par des internautes.

Dans la foulée, Lucien Ranarivelo, ministre de l’Agriculture, de l’élevage et de la pêche, annonce l’importation de 1 000 génisses d’ici la fin de l’année. Pour améliorer le volume global de production laitière. Sans la moindre arrière- pensée politique, selon lui. Alors que certains considèrent cette démarche ni plus ni moins, comme un coup vache, infligé à leur encontre.

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