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Crime contre nature

Notre planète vit un deuil permanent. Chaque seconde résonne comme un glas qui sonne pour l’un de ses êtres chers. Durant ces cinquante dernières années, le rythme de la succession des disparitions a été plus infernal : deux-tiers de la popu­lation des vertébrés sauvages ont été décimés durant ce court temps record. Des chiffres, donnés par la WWF, qui font froid dans le dos. Bien que notre dos, comme le reste de notre corps, soit déjà d’une froideur d’une autre nature, celle du dédain. Car l’ombre de cette immense tristesse ne fait pas le poids face à l’énorme masse d’indifférence qui écrase le cœur des hommes. Une mortelle insouciance qui mène les hommes au crime contre la nature.

Depuis notre entrée dans l’Anthropocène, l’époque actuelle vieille de trois siècles, les activités humaines (les modes d’agriculture nocifs pour les sols, la sur­pêche, les feux de brousse qui ravagent des biotopes, la déforestation qui a dévoré 250.000 ha de nos forêts en 2019, …) ont anéanti des écosystèmes, rendant la biodiversité plus vulnérable que jamais. Un état critique qui demande à être traité comme un cas d’urgence évalué entre 1970 et 2016 à une perte des 68% des animaux vertébrés. Un dérèglement écosystémique qui, tôt ou tard, finira également par nous perdre. Nous qui avons oublié que nous ne sommes pas indépendants de cette Terre qu’on habite. Cette mère-nature bienveillante dont les fruits et le bon fonctionnement de la biosphère assurent notre survie.

Pour l’écologie dite environnementaliste (opposée à l’écologie fondamentaliste pour laquelle la nature a des valeurs intrinsèques) qui ne reconnait comme unique porteur de valeurs que l’homme, la nature doit être protégée pour assurer à l’homme, actuel et futur, les meilleures conditions de vie. Quand la nature est dérèglée, c’est la vie humaine qui se détraque. Et en 300.000 ans d’existence, Homo sapiens, par ses actions, a brisé l’équilibre écologique et menace, en Europe, les abeilles (un exemple parmi beaucoup d’autres) indispensables à la pollinisation de 85% des végétaux. Leur disparition serait donc, pour l’homme, le prélude à une grave crise agricole. Qui a dit que les animaux (comme les abeilles) étaient de trop?

Le 3 janvier 1889, la ville de Turin a été la scène d’un spectacle tragique. Un cheval sévèrement agressé par son cocher a eu un protecteur atypique: le philosophe allemand Friedrich Nietzsche qui fit bouclier de son corps en s’interposant entre le fouet et l’animal. Pour cette action, Nietzsche a sacrifié sa raison en tombant dans une folie incurable. C’est parce que pour Nietzsche, et contrairement à Descartes et sa théorie de l’animal-machine, l’homme, souvent rabaissé par ses mauvais instincts, est parfois inférieur à l’animal. En tout cas, la catastrophe écologique redoutée nous interdit de minimiser l’importance et la place de l’animal au sein de la biosphère.

Le dernier demi-siècle a été celui de la spoliation intensive des richesses de la Terre par l’homme, traduite par la perte considérable de sa faune. D’où l’importance d’augmenter le volume de la sonnette d’alarme pour nous faire comprendre qu’ actuellement, le principal ennemi de l’homme n’est autre que l’homme lui-même.

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