Notes du passé

La Hollande et l’Angleterre, des modèles pour Madagascar

LE comte de Benyo­waski aurait mal choisi le lieu pour son établissement, ce qui lui aurait valu sa fin tragique. C’est l’opinion de Jean-Baptiste Fressanges tel qu’il l’écrit dans son Voyage à Madagascar, 1802- 1803, publié en 1808 (lire précédente Note). Selon l’auteur, tout le Nord de la Grande ile est, en général, la plus belle et la variété des sites, les grands rideaux de bois, les rivières et les ports « en feraient le plus beau pays de la terre pour la Nation qui y formerait des établissements, contrairement à d’autres pays européens.»

Il cite les Anglais qui fréquentent déjà beaucoup la baie de Saint-Augustin, au Sud-ouest, à l’embouchure de l’Onilahy. Les Anglais espèrent, en 1644-1645, y fonder une colonie permanente, sous la direction de John Smart. La tentative se solde par un échec total, mais leurs navires continuent de fréquenter la région. Par contre, poursuit-il, le gouvernement français ne sent pas l’importance de cette ile, découragé par l’insalubrité de l’air considéré comme un motif très puissant, « mais cet obstacle ne peut vaincre la patience armée du courage ».

De leur côté, les Hollandais peuvent donner l’exemple aux Français, poursuit l’auteur du Voyage à Madagascar. Bravan t l’insalubrité de l’air de l’ile de Java, ils sont parvenus à y affermir une des belles villes de l’Inde et à y attirer un commerce immense. « Là où croassait la grenouille, l’on voit s’élever des palais superbes. »

Jean-Baptiste Fressanges insiste que la Grande ile « est d’une plus grande importance qu’on ne le pense pour nos possessions de l’Inde ». La France n’a aucun port dans cette région, capable de contenir une marine en état d’y contrebalancer les Anglais. L’Ile de France(ancienne ile Maurice), d’une trop petite étendue « pour suffire à nourrir une escadre et à la recevoir », son port étant beaucoup trop petit et trop encombré, ne peut être considérée comme un point de réunion pour les forces que la France aurait besoin d’avoir dans ces mers. « Madagascar, par la grande importance de vivres en tous genres, la bonté et la grandeur de quelques ports, peut réunir tous ces avantages. »

Son insistance rappelle que la France vient de perdre Saint-Domingue à la suite d’une révolte des populations autochtones et Madagascar pourrait, selon Fressanges, la remplacer à bien des égards. La grande facilité de se procurer des esclaves sur la côte africaine favoriserait l’agriculture. Le grand nombre de rivières et de lacs faciliterait les communications commerciales, ce qui offrirait de grands avantages aux premiers colons. « Abondante en coton, canne à sucre et indigo, on en ferait l’ile la plus marchande de l’univers. »

Jean-Baptiste Fressanges estime que les Français ne doivent pas craindre l’éloignement pou r former des colonies. Se référant aux Anglais, il rappelle qu’en s’ établissant à la Nouvelle-Hollande, dans le port Jackson, ces derniers ont des vues très étendues et leur établissement pourra devenir un jour « formidable aux espagnols du Pérou ».

Après avoir mis en avant l’utilité générale de l’ile, l’auteur du Voyage à Madagascar présente ses habitants, leurs mœurs au cas où la France a des vues sur elle. Présentant les Madégasses ou Malgaches, il les décrit comme « l’un des plus beaux peuples sauvages connus », d’une stature très grande et d’une figure agréable, bien pris dans leurs formes et d’une couleur olivâtre. « D’un caractère sérieux et réfléchi, adonnés à l’incontinence, vindicatifs et spirituels, enfin susceptibles des plus brillantes qualités et des plus grands vices. » Toutefois, l’hospitalité est l’une de ses plus belles qualités.

Jean-Baptiste Fressanges fait observer la grande différence entre les habitants de l’intérieur et ceux du littoral, les premiers étant d’une petite taille avec des traits malais, des cheveux plats et longs. Les Européens les taxent d’être fourbes, méchants et voleurs, fait-il remarquer, mais ils ne voient pas que leur propre attitude incite ces peuples à se tenir sur leurs gardes et à employer la ruse contre la force. Les Européens leur présentent des objets de curiosité utilitaires et leur donnent ainsi le désir de les acquérir. N’ayant que peu de choses à échanger, certains tâchent de se les procurer par des moyens illicites.

« Les jugements qu’on a portés pour et contre ont été très exagérés. Flacourt les peints avec des couleurs a troces pour colorer ses ac tions envers eux. L’abbé Rochon (Voyages à Madagascar, au Maroc et aux Indes orientales) exagère leur érudition ; il leur accorde des livres d’algèbre, l’astrologie judiciaire, l’art de faire du papier avec le papyrus qui n’existe seulement pas à Madagascar ; il leur donne des écoles publiques. Cela est pardonnable car, comme il le dit, il n’a écrit que sur des mémoires et n’ayant été que peu de temps et très jeune dans cette ile, il n’y a fait que peu de remarques. »

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