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Andrianavalomanana Razafiarison : « Il faut donner plus de marge aux investisseurs nationaux »

Andrianavalomanana Razafiarison est le nouveau visage du Fivmpama (Fivondronanan’ny mpandraharaha malagasy). Cet entrepreneur chevronné du groupement des entrepreneurs malgaches prône un soutien plus prononcé au secteur productif.

L’Express de Madagascar : Quelles sont les grandes lignes de votre mandat à la tête du Fivmpama ?

Nous sommes convaincus que le développement de Madagascar ne peut se faire qu’à travers le secteur productif que nous voulons avant tout promouvoir. Dans ce sens, les acteurs économiques qui se lancent dans le secteur productif doivent être soutenus et aidés. Deuxièmement, nous estimons que le cadre légal doit suivre cette aspiration. Par ailleurs, nous comptons promouvoir le commerce dans le sens où la production doit être tournée vers le marché en l’occurrence local. Le soutien au secteur productif ne peut ne pas aller de pair avec la promotion du commerce et du « consommer local ».

Et les entreprises qui exportent ?

Actuellement, nous avons les entreprises franches dont la production est destinée à l’exportation. Ces entreprises bénéficient de divers allègements fiscaux. Qu’en est-il des entreprises qui ne sont pas des entreprises franches mais qui exportent également ? Chez le Fivmpama, nous proposons que ces entreprises puissent bénéficier d’allègements fiscaux au prorata de leur volume d’exportation dans le sens où elles contribuent également à faire entrer des devises étrangères.

Quelle sera la place du Fivmpama dans l’émergence prônée par le gouvernement ?

Le Fivmpama se retrouve dans la politique actuelle du nouveau gouvernement dans le sens où il est question de promouvoir la production locale avec en point d’orgue le projet Fiharina. J’attire l’attention sur l’entrepreneuriat des jeunes qui figure parmi nos priorités. Dans ce sens, le rôle du Fivmpama est d’accompagner les nouveaux entrepreneurs dans leurs activités en leur faisant bénéficier du réseau des entrepreneurs malgaches dans une logique commerciale. Il est relativement facile de créer une entreprise mais il est plus difficile de la pérenniser. Cela requiert la maitrise du marché et le mieux est d’entrer dans un réseau pour trouver des débouchés. Ainsi, le Fivmpama s’ouvre aux entrepreneurs du Fihariana.

Le gouvernement vient d’entamer la conférence budgétaire régionale. Quelles sont vos attentes vis-à-vis de la fiscalité ?

Tous les entrepreneurs malgaches veulent une stabilité de la politique fiscale. Nous déplorons que la fiscalité change presque chaque année. Nous saluons par ailleurs au sein du Fivmpama que le seuil pour l’impôt synthétique passe de 200 millions à 500 millions d’ariary. Nous pensons que cela peut inciter les entreprises à entrer dans le secteur formel. Dans cette optique, nous invitons le gouvernement à faire plus de gestes fiscaux pour les entreprises qui exportent.

Qu’en est-il de l’environnement des affaires ?

Nous pensons qu’il est important d’améliorer la loi sur les investissements pour donner plus de marge aux investisseurs nationaux. En effet, lorsqu’on parle d’investissement, on a tendance à toujours considérer les IDE. Nous avons certes besoin des investisseurs directs étrangers qui ont une grande surface financière mais nous ne pouvons occulter les Malgaches qui veulent investir au pays. Il faut soutenir cette catégorie d’acteurs afin d’avoir un secteur privé malgache plus florissant. Concrètement, nous demandons que les investisseurs étrangers et les investisseurs nationaux soient logés à la même enseigne.

Donc les investisseurs malgaches sont lésés comparés aux étrangers ?

Pour les investisseurs nationaux, c’est le régime de droit commun qui est en vigueur. Dès que vous créez votre entreprise, vous êtes frappés de divers impôts. C’est difficile pour les PME de s’en sortir dans ces conditions. Elles n’ont pas le temps de s’épanouir qu’elles sont déjà assujetties d’impôts. Ce n’est pas le cas des grandes entreprises étrangères.

Les entrepreneurs se plaignent souvent à demi-mot de harcèlement fiscal. Confirmez-vous cette réalité ?

Il y a bien eu une certaine forme de harcèlement fiscal avant. Nous notons actuellement une amélioration avec l’adoption d’une nouvelle l’approche dans le contrôle basé sur le risque. Cela signifie que le contrôle fiscal n’est plus systématique. Seules les activités et les entreprises qui présentent des risques d’évasion ou de fraudes fiscales sont régulièrement contrôlées. Le contrôle est désormais ciblé et nous trouvons que cela est bénéfique car plus efficace en terme d’amélioration du taux de pression fiscale. Nous demandons d’ailleurs au sein du Fivmpama que les fraudeurs à grande échelle soient dévoilés au grand jour pour montrer que la règle s’applique à tous.

Le Fivmpama est majoritairement composé de PME. Ces petites structures ont-elles leur place dans l’échiquier économique du pays ?

Lorsqu’on se penche sur les statistiques, on sait d’après l’Instat que sur les quelque deux cent seize mille entreprises formellement créées, 95% sont des PME. Par ailleurs, on compte 2.2 millions d’unités informelles. Cela signifie que le tissu économique de Madagascar est dominé par les très petites, petites et moyennes entreprises. Dans les pays développés comme aux Etats-Unis ou en France, il existe des politiques qui s’adressent à ces entreprises, considérées comme les chevilles ouvrières de l’économie. Ce sont les PME qui font vivre la population. Elles ont de ce fait besoin de plus de soutien pour que le secteur productif ait des impacts sur la population à la base. Cela n’est pas encore le cas dans le pays mais cela commence avec le projet Fiharina entre autres.

En Afrique, on parle beaucoup actuellement du rôle de la diaspora. Qu’en pensez-vous au sein du Fivmpama ?

Justement, pour ce mandat nous envisageons de collaborer un peu plus avec la diaspora. Le Fivmpama a des antennes dans quelques pays étrangers, aux Etats-Unis, au Canada, en France, au Benelux, à La Réunion et aux Seychelles. Nous pensons encore étendre notre réseau. La diaspora veut investir au pays et le Fivmpama entend mettre en place un projet pour les aider, toujours dans l’optique de renforcer le secteur productif à Madagascar.